La Corée du Sud lance une expérience de dépenses publiques via des jetons bancaires
Les autorités sud-coréennes ont commencé à tester une nouvelle méthode de dépense des fonds publics — non pas via des cartes bancaires classiques, mais grâce à des jetons numériques émis par des banques commerciales. Cela pourrait simplifier les rapports, accélérer les achats et réduire la bureaucratie dans le secteur public. Pour les citoyens ordinaires, c’est un pas vers une gestion plus transparente et efficace des finances publiques — même si l’ensemble de l’initiative est pour l’instant limitée à un programme pilote.
Qu’est-ce que les jetons de dépôt et pourquoi sont-ils importants ?
Les jetons de dépôt sont des certificats numériques émis par des banques commerciales, garantis par des fonds réels détenus sur leurs comptes. Imaginez déposer 100 $ dans une banque et recevoir en échange un « bon » électronique de même montant. Ce bon peut être transféré à d’autres, mais uniquement au sein d’un système défini et selon des règles prédéfinies.
Contrairement aux cryptomonnaies comme Bitcoin, ces jetons ne sont pas échangés sur des plateformes et ne fluctuent pas en valeur — ils correspondent toujours à une unité de la monnaie nationale (dans ce cas, le won sud-coréen). Leur objectif n’est pas la spéculation, mais la commodité et le contrôle dans les transferts.
Le ministère sud-coréen de l’Économie et des Finances vise à utiliser ces jetons pour les dépenses opérationnelles des agences publiques : achat de fournitures de bureau, paiement de services, déplacements professionnels, etc. Actuellement, ces dépenses nécessitent souvent une approbation manuelle, surtout si les paiements sont effectués en dehors des heures de bureau ou le week-end. Cela ralentit les opérations et génère des paperasses inutiles.
Comment fonctionnera le pilote à Sejong ?
Le pilote se déroulera à Sejong, la capitale administrative où 13 ministères clés ont été déplacés. Neuf grandes banques — dont KB Kookmin, Shinhan, Woori et Hana — participeront en émettant des jetons et en gérant leurs réserves.
Le système sera intégré à la plateforme existante dBrain — un outil numérique de suivi des budgets publics. Grâce à la blockchain, chaque transaction sera enregistrée dans un registre immuable, simplifiant les audits et réduisant les risques d’erreurs ou de mauvaise utilisation.
Les règles de dépense peuvent être « codées en dur » directement dans les jetons :
- Autoriser les dépenses uniquement pendant les heures de bureau ;
- Restreindre les catégories (par exemple, uniquement les transports ou les communications) ;
- Fixer des limites par transaction.
En cas de succès, les responsables n’auront plus besoin de justifier pourquoi ils ont commandé un taxi à 22 h — le système vérifiera automatiquement si ce type d’achat est autorisé.
Lien avec la CBDC et la nouvelle loi sur les actifs numériques
Cette expérience s’inscrit dans la stratégie plus large de la Corée du Sud visant à numériser son infrastructure financière. En mars, la Banque de Corée a lancé la deuxième phase de test de sa monnaie numérique de banque centrale (CBDC), incluant le won numérique de gros et les mêmes jetons de dépôt. L’objectif est de préparer l’infrastructure pour les futurs paiements gouvernementaux, subventions et règlements interbancaires.
Parallèlement, le parlement travaille à une loi sur les actifs numériques pour réguler les stablecoins, les actifs tokenisés et les ETF cryptos. Bien que son examen ait été temporairement retardé en raison des élections, le simple fait qu’elle soit en cours de rédaction signale que le pays s’engage sérieusement à adopter des instruments financiers numériques — tout en les soumettant à une surveillance stricte.
Ce qui est important
- Les jetons de dépôt ne sont pas des cryptomonnaies ; ce sont des représentations numériques de la monnaie fiduciaire émises par les banques.
- Le pilote vise à automatiser les dépenses publiques et à réduire la bureaucratie.
- Le projet est en cours à Sejong avec la participation de neuf grandes banques.
- La technologie s’intègre au système existant de suivi budgétaire dBrain via la blockchain.
- Cela s’inscrit dans une stratégie nationale liée à la CBDC et à la nouvelle réglementation sur les actifs numériques.
Que signifie cela pour les citoyens ordinaires ?
Actuellement, le projet n’affecte pas directement les citoyens — il cible les opérations gouvernementales. Mais s’il réussit, des systèmes similaires pourraient être étendus à d’autres domaines : paiements sociaux, subventions, voire remboursements d’impôts. L’avantage principal est la transparence. Lorsque chaque centime est automatiquement suivi, il devient plus difficile de perdre des fonds ou de les utiliser à mauvais escient. Cela ne vous rendra pas plus riche, mais il pourrait renforcer la confiance dans la manière dont le gouvernement gère vos impôts.
— Editorial Team