La coupure d'Internet en Iran : la plus longue de l'histoire
L'Iran a coupé presque tout accès à Internet mondial depuis plus de cinq semaines — une durée sans précédent, même pendant des conflits armés. Pour les citoyens ordinaires, cela signifie l’absence de Google, de WhatsApp, de banque en ligne, et souvent même d’e-mails. Dans un monde où la vie quotidienne repose sur la connectivité, être isolé numériquement n’est pas seulement gênant : c’est économiquement dévastateur et socialement étouffant.
Un pays hors ligne
Depuis le 28 février 2026, le trafic internet en Iran reste stable à environ 1 % de ses niveaux habituels, selon NetBlocks, un groupe indépendant de surveillance d’Internet. Ce n’est pas une panne temporaire — c’est une décision volontaire du gouvernement pour couper l’accès international tout en maintenant un réseau national restreint. Imaginez remplacer l’intégralité d’Internet par une seule chaîne de télévision contrôlée par l’État, diffusant uniquement du contenu approuvé.
Ce n’est pas la première coupure en Iran. En janvier 2026, une autre fermeture de trois semaines avait écrasé les petites entreprises technologiques et coûté à l’économie des dizaines de millions de dollars par jour. Aujourd’hui, combinée à la coupure liée au conflit, la majorité des Iraniens ont passé près des deux tiers de l’année sans accès réel à Internet.
Pourquoi couper Internet ?
Les gouvernements limitent parfois l’accès à Internet lors de manifestations ou de conflits pour contrôler l’information. En Iran, les autorités affirment que c’est une nécessité de guerre — empêcher les ennemis d’utiliser des outils numériques et bloquer les « fausses narrations ». Mais contrairement à l’Ukraine ou à Gaza, où certaines parties d’Internet sont restées opérationnelles même sous les bombardements, l’Iran a poussé plus loin : il a mis tout un pays hors ligne.
Seule une petite élite peut encore accéder au web mondial : les hauts fonctionnaires, les médias d’État et quelques entreprises agréées. Tous les autres dépendent de rumeurs, de la télévision par satellite ou de services proxy coûteux et instables, qui disparaissent souvent en quelques heures lorsque les autorités les bloquent.
Des vies concrètes, des conséquences réelles
L’impact humain est immédiat et brutal :
- Les emplois s’effondrent : des travailleurs tech comme Kamran, concepteur produit près de Téhéran, ont perdu leur poste car leurs entreprises ne peuvent fonctionner sans connexion.
- Les entreprises sont paralysées : boutiques en ligne, applications de livraison et plateformes de freelancing sont complètement arrêtées.
- La survie quotidienne devient difficile : sans mises à jour du réseau électrique ou alertes sur les systèmes d’eau (souvent transmises via apps ou sites), les gens craignent des pannes critiques.
Un résident de Téhéran a décrit organiser des réunions avec des amis juste pour partager des nouvelles fragmentaires collectées durant de courtes fenêtres de connexion, des appels téléphoniques ou la télévision d’État — une version moderne de passer des notes manuscrites dans une classe silencieuse.
Un Internet en deux niveaux pour l’avenir ?
Encore plus inquiétant, l’Iran semble construire un système permanent à deux niveaux. De nouveaux programmes comme « Internet Pro » promettent un accès futur à certains business et individus — mais au prix fort et sous surveillance stricte. Ces services ne sont pas publics : ce sont des licences premium vendues par des opérateurs liés à l’État, bien plus chères que les forfaits classiques.
En parallèle, les citoyens ordinaires continuent de payer pour des données qu’ils ne peuvent utiliser, sans remboursement. Certains signalent que leurs forfaits se vident plus vite — probablement à cause d’applications en arrière-plan qui tentent (et échouent) de contacter des serveurs à l’étranger.
Que signifie cela pour les citoyens ordinaires ?
Pour les Iraniens, cette coupure ne concerne pas seulement les réseaux sociaux manquants. C’est la perte de revenus, d’accès à l’éducation, aux soins de santé, et à la famille à l’étranger. Elle les isole des marchés mondiaux d’emploi, de l’aide d’urgence, voire des mises à jour logicielles essentielles à la sécurité des appareils. En pratique, elle fait reculer le pays — technologiquement, économiquement et socialement — au moment où il en a le moins besoin.
Points clés
- L’Iran a imposé la plus longue coupure d’Internet nationale jamais enregistrée — depuis plus de cinq semaines.
- Seulement 1 % du trafic normal reste actif, principalement sur un intranet contrôlé par l’État.
- Les pertes économiques sont sévères : licenciements, fermetures d’entreprises, baisse de productivité.
- Le gouvernement teste un système payant d’« Internet premium », laissant présager une ségrégation numérique durable.
- Les citoyens ordinaires subissent chaque jour des difficultés — du chômage à l’incertitude sur l’électricité et l’eau.
— Editorial Team