La génération perdue de Gaza : des jeunes en attente après l'effondrement économique
Avant la guerre, Mahmoud Shamiya était diplômé universitaire et formait pour devenir enseignant. Aujourd'hui, il passe ses journées à marcher jusqu'à la mer, ramasser de l'eau et chercher du bois pour cuisiner. Son histoire n'est pas exceptionnelle — elle est typique. Près de 70 % de la population de Gaza a moins de 30 ans, et la plupart vivent désormais dans des tentes au milieu des ruines. Les Nations Unies qualifient cette situation de plus rapide effondrement économique de l'histoire moderne.
Imaginez que toutes les écoles, boutiques, banques et routes de votre ville disparaissent en une nuit — et que vous ne puissiez pas partir. Vous seriez coincé, comme à Gaza aujourd'hui. Les opérations militaires israéliennes ont détruit la majorité des universités, écoles et entreprises. Avec les frontières bloquées, même les étudiants admis à l'étranger ne peuvent pas voyager.
Mona Al-Mashharawi avait été acceptée dans une université en Algérie et devait partir en novembre 2023. Mais quand la guerre a éclaté en octobre, Israël a fermé toutes les frontières. Deux ans plus tard, elle attend toujours — son éducation figée, son potentiel inutilisé. « Ces années s’évanouissent automatiquement de nos vies », dit-elle.
Quand l’emploi disparaît du jour au lendemain
Le secteur privé de Gaza employait autrefois plus de la moitié de la main-d’œuvre. Aujourd’hui, 90 % des entreprises et infrastructures ont disparu. Les pertes économiques totales dépassent 70 milliards de dollars — autant que d’années de développement anéanties en deux ans.
Muhannad Qasem dirigeait un gymnase à Gaza City accueillant hommes, femmes et personnes handicapées. Ce n’était pas qu’un business — c’était la survie de sa famille. Lorsque les forces israéliennes ont rasé son quartier, son immeuble s’est effondré. Il n’a pu extraire que 1 % de son matériel. Sans moyens de payer le loyer ni d’importer du nouvel équipement, il a vendu les barres cassées dans la rue juste pour acheter de la nourriture.
Ce n’est pas seulement une perte de revenus. C’est une perte d’identité, de dignité et de sens. Quand le travail disparaît, disparaît aussi la conviction que votre effort compte.
Survivre, pas profiter d’opportunités
Aujourd’hui, 80 % des habitants de Gaza dépendent entièrement de l’aide humanitaire pour manger. Mais même celle-ci est instable. Les convois sont limités à deux passages frontaliers, et les livraisons restent bien en dessous des besoins. La nourriture fraîche, les médicaments et le carburant manquent ou sont interdits.
Sans matières premières ni électricité, la production locale s’est arrêtée. Les agriculteurs ne peuvent pas planter. Les usines ne peuvent pas rouvrir. Les étudiants ne peuvent pas étudier en ligne faute de courant ou d’internet. C’est un cercle vicieux où la survie bloque la reprise, et la reprise semble impossible sans paix.
Faits clés qui montrent l’ampleur du drame :
- Le chômage a atteint 80 %
- Le PIB a chuté de 87 % depuis 2024
- Le PIB par habitant est désormais de seulement 161 $ par an
- Plus de 72 000 Palestiniens ont été tués
- Toutes les grandes universités de Gaza sont détruites ou endommagées
Que signifie cela pour les citoyens ordinaires ?
Même si vous vivez loin de Gaza, cette crise affecte la stabilité mondiale, les systèmes humanitaires et les choix moraux que nous partageons tous. Quand une génération entière perd l’accès à l’éducation et au travail, cela engendre une instabilité à long terme qui peut se propager au-delà des frontières. En outre, le coût de la reconstruction incombera aux donateurs internationaux — y compris aux contribuables de nombreux pays — pendant des décennies. Plus important encore, cela nous rappelle à quel point l’opportunité est fragile lorsqu’elle repose sur la sécurité fondamentale et la liberté de mouvement.
Points clés :
- L’économie de Gaza s’est effondrée plus vite et plus profondément que toute autre enregistrée dans l’histoire moderne.
- Les jeunes — la majorité de la population — sont coupés de l’éducation, de l’emploi et des voyages.
- La destruction des écoles, des entreprises et des infrastructures a effacé 22 ans de progrès.
- L’aide humanitaire est insuffisante en raison des contrôles stricts israéliens sur les passages frontaliers.
- Sans économie fonctionnelle ni frontières ouvertes, la reprise reste hors de portée.
— Editorial Team