La santé reproductive au cœur des préoccupations des femmes
Les résultats de l'étude annuelle « Indice de santé des femmes » ont été présentés. Depuis 10 ans, cette étude enregistre les changements dans la culture de l'auto-soin. 58 % des femmes n'ont aucune condition empêchant une grossesse, mais 27 % sont confrontées à des problèmes de santé reproductive.
La santé reproductive au cœur des préoccupations des femmes : comment la culture de l'auto-soin a évolué en dix ans
Introduction
Avril 2026 a marqué un événement important dans l'agenda médical et social russe : les résultats de la dixième étude annuelle « Indice de santé des femmes », menée par la société pharmaceutique Gedeon Richter en collaboration avec le Centre d'analyse NAFI, ont été publiés. En dix ans, le projet, qui avait débuté comme une série d'enquêtes sur les attitudes des femmes en matière de contraception et de planification familiale, est devenu un instantané longitudinal unique capturant les changements profonds dans la culture de l'auto-soin.
Les chiffres de cette année sont mitigés. D'un côté, 58 % des femmes interrogées ont déclaré n'avoir aucune condition empêchant une conception naturelle. De l'autre, 27 % des répondantes ont admis être confrontées à des problèmes de santé reproductive, et la part des Russes qui consultent un gynécologue chaque année est passée de 76 % à 58 % en une décennie. Ces données soulèvent une question cruciale : pourquoi, malgré la valeur déclarée de la santé, l'activité préventive réelle diminue-t-elle, et que se passe-t-il avec les attitudes reproductives à travers les générations ?
Détails de l'événement et chronologie
Le 14 avril 2026, une conférence de presse s'est tenue à Moscou pour présenter les résultats de l'étude. Participaient notamment Oliver Kenke, PDG de Gedeon Richter Pharma ; la sociologue Irina Gildebrandt ; et la professeure Irina Kuznetsova, présidente de l'Association internationale des gynécologues, endocrinologues et thérapeutes (MAGET).
Les principales conclusions de l'étude, qui a couvert des milliers de femmes dans plus de 50 régions de Russie, ont révélé des tendances préoccupantes :
- Baisse de l'activité préventive : En 2016, 76 % des femmes effectuaient régulièrement des examens gynécologiques de prévention ; en 2026, seulement 58 %. Une baisse de 18 points de pourcentage.
- Évolution des intentions reproductives : Chez les femmes de 18 à 24 ans, la part de celles qui planifient une grossesse dans les cinq prochaines années est passée de 66 % en 2016 à 50 % en 2026. Parallèlement, la part des indécises est passée de 2 % à 11 %.
- Maternité tardive en hausse : Dans le groupe des 35-45 ans, la planification d'une grossesse est passée de 20 % en 2016 à 24 % en 2026. Cela correspond aux données de Rosstat montrant que l'âge moyen du premier accouchement en Russie a atteint 26 ans.
- État de santé reproductive : 58 % des femmes ont déclaré n'avoir aucune condition entravant la conception, mais 27 % ont signalé de tels problèmes. La prévalence de l'infertilité dans les régions russes, selon les publications scientifiques, varie de 15 % à 25 %.
L'obstétricienne-gynécologue Naira Markarova (réseau de cliniques Ekaterininskaya) a commenté : environ 36 % des femmes ne consultent pas de gynécologue parce qu'elles « n'ont pas de plaintes » — une position qu'elle a qualifiée de « assez dangereuse », car de nombreuses maladies (HPV, endométriose, kystes, fibromes) sont asymptomatiques à un stade précoce.
Impact et signification (pour le monde/l'industrie/la société)
Les données de l'« Indice de santé des femmes 2026 » ont des implications qui dépassent largement les statistiques médicales.
Pour le système de santé, l'étude identifie un problème systémique : alors que l'État développe activement des programmes de santé maternelle et infantile (la mortalité infantile a atteint un minimum historique, et la couverture des citoyens en âge de procréer par des examens médicaux a atteint 35 %), le niveau primaire de la santé des femmes — les examens préventifs réguliers — reste en danger. La baisse de 18 % des consultations gynécologiques en une décennie est un signal alarmant : les femmes ne perçoivent plus la prévention comme nécessaire, repoussant le diagnostic de nombreuses maladies à des stades plus avancés.
Pour la société, l'étude révèle un changement de valeurs difficile à caractériser sans ambiguïté. D'un côté, la sensibilisation augmente : 91 % des femmes considèrent l'auto-soin comme une nécessité, et 74 % ont accordé plus d'attention à leur confort personnel et à leur état intérieur au cours des trois dernières années. De l'autre côté, cette focalisation sur le « soi ici et maintenant » se combine paradoxalement avec le report des visites chez le médecin et le flou des projets reproductifs.
Les sociologues notent une transformation des rôles féminins : si la famille et la stabilité financière restent des priorités, les femmes prennent de plus en plus de décisions « en leur faveur » basées sur des systèmes de valeurs internes. Cependant, la moitié des répondantes (50 %) admettent ressentir régulièrement une pression liée à l'image de la « femme idéale » — des attentes sur l'apparence à la carrière et à la famille.
Pour la politique démographique, les données de l'Indice posent un défi. La baisse du nombre de jeunes femmes planifiant une grossesse, combinée à l'augmentation du groupe des « indécises », crée des turbulences pour les prévisions de natalité. La professeure Irina Kuznetsova lie l'augmentation de la planification chez les femmes de 35 à 45 ans au soutien de l'État pour les programmes de FIV : « De nombreux quotas sont fournis. Cela vise en grande partie les femmes plus âgées, car elles rencontrent plus de problèmes de fertilité. »
Réactions des acteurs clés
La communauté médicale et experte a réagi avec inquiétude aux résultats de l'étude. Les médecins soulignent que la réduction des examens préventifs présente des risques directs pour la santé. Comme l'a noté Naira Markarova : « Les tumeurs ovariennes bénignes, l'endométriose, les maladies inflammatoires pelviennes, les infections sexuellement transmissibles, les kystes, les fibromes, les polypes, les états précancéreux du col de l'utérus — tout cela peut être détecté lors d'une visite chez un spécialiste. »
Paradoxalement, on observe une dynamique positive au niveau de la pratique clinique. À la même clinique Ekaterininskaya, le nombre de consultations gynécologiques a augmenté de 19 % sur un an — passant de 5 790 à 6 866. Cela peut indiquer que la baisse globale des visites n'est pas due à toutes les femmes, mais à celles qui n'ont jamais consulté un médecin « sans raison ».
L'industrie pharmaceutique, représentée par Gedeon Richter, utilise la décennie du projet pour construire une communication durable autour de la santé des femmes. La société positionne l'Indice comme un outil de suivi pour ajuster les campagnes d'information et les programmes éducatifs.
L'État, quant à lui, continue d'étendre les programmes de soutien aux technologies de reproduction. La couverture des citoyens en âge de procréer par des examens médicaux a atteint 35 %, et le nombre de procédures de procréation médicalement assistée (PMA) en Russie a été multiplié ces dernières années. Cependant, comme le montrent les études, l'attitude des Russes envers ces technologies reste complexe : 71 à 73 % sont prêts à les utiliser si nécessaire, mais beaucoup citent des coûts élevés, la peur des complications ou des considérations religieuses.
Prévisions et conclusions
Que peut-on attendre dans les 3 à 5 prochaines années sur la base des tendances capturées par l'« Indice de santé des femmes 2026 » ?
Premièrement, l'écart entre la valeur déclarée de la santé et le comportement préventif réel persistera à moins de changements systémiques dans l'éducation des femmes. 36 % ne consultent pas de gynécologue « parce qu'elles n'ont pas de plaintes » — un indicateur de faible littératie en santé qui doit être amélioré par des communications de masse, des écoles de patients et l'intégration des examens préventifs dans les programmes de bien-être en entreprise.
Deuxièmement, la structure par âge de la maternité continuera de se déplacer vers le haut. L'augmentation de la planification des grossesses chez les femmes de 35 à 45 ans, parallèlement à la baisse chez les jeunes, est une tendance stable. Cela signifie que la demande pour les technologies de procréation assistée (FIV, congélation d'ovules) augmentera, et l'État devra augmenter les quotas et améliorer la législation dans ce domaine.
Troisièmement, la catégorie même d'« auto-soin » deviendra de plus en plus holistique. Les études montrent que les femmes associent de plus en plus la santé non seulement à l'absence de maladie, mais aussi au bien-être mental, à l'indépendance financière et à la qualité des relations. Cela ouvre un espace pour intégrer la prévention gynécologique dans des programmes de bien-être plus larges.
Conclusion : L'« Indice de santé des femmes » sur une décennie a capturé une image complexe et ambivalente. D'un côté, les femmes sont devenues plus conscientes de leurs propres besoins et valeurs. De l'autre, cette prise de conscience ne se traduit pas toujours par des actions pour préserver la santé reproductive. La baisse de 18 % des consultations gynécologiques régulières est un défi qui doit être relevé par le système de santé, les établissements d'enseignement, les employeurs et les médias. La santé reproductive n'est plus une « question de femmes » mais une question de sécurité démographique nationale. Et ici, la prévention, et non le traitement, doit devenir la stratégie principale.
— Editorial Team