L'économiste Zotov explique pourquoi les investissements sont devenus plus rentables que les dépôts
Dans le contexte de la baisse du taux directeur de la Banque centrale à 14,5 %, l'expert conseille de réduire la part des dépôts bancaires. Selon lui, les actions, les obligations et les fonds, en particulier dans les secteurs de la substitution aux importations, ont un plus grand potentiel dans les conditions actuelles.
Introduction
Le 24 avril 2026, la Banque de Russie a pris une nouvelle décision dans son cycle d'assouplissement de la politique monétaire, en abaissant le taux directeur de 50 points de base à 14,5 % par an. Cet événement a envoyé un signal significatif à tous les acteurs du marché financier, mais surtout aux investisseurs particuliers qui préféraient encore les dépôts bancaires comme principal outil d'épargne.
Le lendemain de la décision du régulateur, le docteur en économie et directeur général adjoint du groupe Alliance, Vladimir Zotov, a fait une déclaration de principe : les investissements deviennent plus rentables que les dépôts, et il est temps de réduire la part des dépôts bancaires au profit du marché boursier.
Cette déclaration reflète un changement structurel qui se produit sur le marché financier russe. Après deux années de taux de dépôt à deux chiffres, qui ont culminé à 30–31 % par an, une nouvelle phase commence. Bien que 14,5 % soit encore un taux élevé d'un point de vue historique, la direction est claire : les taux continueront de baisser, et avec eux, l'attrait des revenus passifs des dépôts s'estompera.
Détails de l'événement et chronologie
Décision de la Banque centrale et prévisions futures
Le conseil d'administration de la Banque de Russie a décidé le 24 avril 2026 de réduire le taux directeur de 15 % à 14,5 %. Cette décision, attendue par la plupart des analystes, a marqué la quatrième baisse consécutive depuis l'été 2025, lorsque le taux avait culminé à 21 %. Le régulateur a également présenté des prévisions actualisées : le taux directeur moyen en 2026 sera de 14,0–14,5 %, et d'ici 2027, il devrait tomber à 8–10 % par an.
Le principal argument en faveur de l'assouplissement de la politique a été le ralentissement de l'inflation. En mars, la croissance des prix en glissement annuel s'élevait à 5,9 %, en dessous des propres attentes de la Banque centrale. L'inflation sous-jacente a été enregistrée à 4,8 %, ce qui signifie que les taux de croissance actuels des prix se sont déjà rapprochés de l'objectif de 4 % du régulateur.
Réaction du secteur bancaire
Suite à la décision de la Banque centrale, les banques ont commencé à ajuster les taux de dépôt. Selon Finuslugi, le taux maximum moyen parmi les 10 premières banques au cours de la deuxième décade d'avril est tombé à 13,39 % par an. Au cours de la semaine du 20 au 27 avril, l'indice des taux de dépôt pour les dépôts à trois et six mois parmi les 20 premières banques a diminué de 0,02 à 0,06 point de pourcentage : les dépôts à trois mois étaient en moyenne à 13,64 %, les dépôts à six mois à 13,12 % et les dépôts à un an à 12,22 % par an.
Parallèlement, le marché propose encore des promotions marketing avec des taux anormalement élevés allant jusqu'à 25 %, mais celles-ci ne sont disponibles que pour une catégorie restreinte de clients (argent nouveau, nouveaux clients, uniquement via les places de marché) et sont de nature limitée.
Position de Vladimir Zotov
Dans un commentaire à la publication « Bloknot », Vladimir Zotov a expliqué pourquoi le moment actuel est un tournant pour les stratégies d'épargne. « La baisse du taux directeur de la Banque centrale à 14,5 % signifie que bientôt les banques paieront nettement moins sur les dépôts ordinaires qu'avant, et compte tenu de la croissance des prix (inflation), une personne ne gagnera presque rien sur les dépôts maintenant, voire perdra un peu », a déclaré l'économiste.
Selon lui, il est temps de réduire la part des dépôts bancaires et de passer à des instruments d'investissement à long terme : actions de sociétés éprouvées, obligations, fonds et produits indiciels. La logique clé est simple : c'est précisément pendant une période de refroidissement économique que ceux qui investissent dans des entreprises réelles — qui ont fortement ralenti pendant la période de taux élevés et commencent maintenant à se redresser — s'en sortent gagnants.
Impact et signification (pour le monde / l'industrie / la société)
Pour l'industrie financière
La déclaration de Zotov reflète une tendance plus large observée par les acteurs du marché. Comme le note Vsevolod Lobov, directeur des investissements de la société de gestion Dokhod, « une tendance claire se dessine d'une partie importante des dépôts qui se dirigent vers les instruments du marché boursier ». Ce processus ne fera que s'intensifier à mesure que le taux directeur continuera de baisser.
Galina Gvetadze, responsable du multi-family office chez BCS Ultima Private Banking, ajoute que les habitudes d'investissement des Russes ont considérablement changé au cours des trois dernières années. Alors qu'avant 2022, le principal objectif des clients fortunés était le rendement et un risque confortable, l'accent s'est désormais fortement déplacé vers la préservation et la protection du capital. Parallèlement, la part des actifs réels, y compris les actions et les obligations des sociétés russes, a augmenté.
Pour la société et les investisseurs particuliers
Pour des millions de Russes ayant des économies dans les banques, le moment actuel porte un signal important. L'ère des revenus garantis à deux chiffres sur les dépôts touche à sa fin. Comme le note Igor Rastorguev, analyste principal chez Amarkets, « la fenêtre pour verrouiller des rendements de dépôt encore acceptables se rétrécit mais n'est pas fermée ». Les dépôts à trois et six mois offrent encore plus de 13 % dans les principales banques, ce qui est encore nettement supérieur à l'inflation annuelle prévue de 4,5–5,5 %. Cependant, d'ici l'été, le rendement moyen des dépôts en roubles tombera à 12 %, et d'ici la fin de l'année dans la fourchette de 11–12 %.
Zotov souligne : « Il n'y a pas de taux magique unique auquel vous devez tout retirer d'un dépôt : l'essentiel est de ne pas regarder le taux lui-même, mais ce qu'il fait à votre argent après l'inflation et où il se dirige — vers le bas ou vers le haut. »
Pour l'économie dans son ensemble
Le flux de fonds des dépôts vers les investissements crée des conditions préalables à la reprise de l'activité économique. Le taux directeur élevé en 2024–2025 a comprimé l'activité de prêt et d'investissement des entreprises. Maintenant, à mesure que les taux baissent, les entreprises ont accès à un financement moins cher, et le marché boursier a accès à de « l'argent long » des investisseurs particuliers.
Zotov a mis en évidence les secteurs ayant le plus grand potentiel d'investissement dans les conditions actuelles : l'agriculture et la transformation, la fabrication de haute technologie, les services informatiques, l'énergie, la médecine et les produits pharmaceutiques. « Ici, nous voyons déjà une demande croissante, un soutien gouvernemental et le besoin de substitution aux importations », a expliqué l'économiste.
Réactions des acteurs clés
Analystes et experts
La communauté professionnelle est généralement d'accord avec la thèse du déclin de l'attrait des dépôts, mais appelle à la prudence. Vladimir Chernov, analyste chez Freedom Finance Global, s'attend à ce que l'indice MOEX se négocie dans la fourchette de 2685–2735 points dans les prochains jours, notant que le pétrole cher (Brent au-dessus de 112 dollars le baril) et les rapports de résultats des entreprises pourraient soutenir le marché.
Les experts de la communauté financière de Krasnoïarsk interrogés par DK.RU ont identifié trois instruments clés pour 2026. Maxim Zhdanov, directeur de la succursale de Krasnoïarsk de Sinara Investment Bank, nomme les obligations (en particulier les OFZ et les fonds communs de placement basés sur celles-ci), les actions (le marché russe est considérablement sous-évalué) et les instruments de change.
Le financier Evgeny Grankin ajoute : « 2026 est une période de risque calculé. Il n'est plus nécessaire d'aller complètement dans un 'refuge sûr' ; vous pouvez commencer à fermer des dépôts et à construire des positions dans d'autres classes d'actifs. »
Banques et institutions financières
La réaction du secteur bancaire est mitigée. D'une part, les banques sont intéressées à conserver leur base de dépôts et continuent d'offrir des taux promotionnels pour les nouveaux clients. D'autre part, elles participent elles-mêmes activement aux placements obligataires et développent des produits d'investissement. Sur Finuslugi, par exemple, on peut acheter des obligations de grandes sociétés avec des coupons flottants liés au taux de la Banque centrale : Cherkizovo offre une prime de +0,7 pp, Gazprom Neft +0,5 pp, et Sovcombank +0,3 pp.
Investisseurs particuliers
Selon les statistiques boursières, les derniers mois ont vu un afflux constant d'investisseurs particuliers sur le marché boursier. L'auteur d'un blog sur BCS Express partage sa stratégie : « J'achète activement des actions lors des baisses depuis un an. À long terme, les prix des actions sont attractifs et se négocient en dessous des moyennes historiques. J'utilise activement les obligations, les fonds du marché monétaire et les actifs financiers numériques. »
Prévisions et conclusions
Où investir ?
Sur la base des avis d'experts, plusieurs directions d'investissement les plus prometteuses dans le nouvel environnement peuvent être identifiées :
- Obligations à coupon fixe. Aux taux actuels, on peut verrouiller des rendements d'environ 12–16 % en roubles pour 2–4 ans. Les placements primaires et les OFZ à long terme, qui bénéficieront de nouvelles baisses de taux, sont particulièrement attractifs.
- Obligations à taux variable — obligations avec coupons flottants liés au taux directeur. Elles restent attractives dans un cycle d'assouplissement prolongé.
- Actions à dividendes. Avec des rendements de dividendes de 10–12 % plus une potentielle appréciation du prix, elles peuvent offrir des rendements totaux supérieurs aux taux de dépôt.
- Fonds du marché monétaire et fonds communs de placement ouverts — un moyen simple d'investir dans des obligations, à partir de seulement 100 roubles.
Stratégie d'entrée
Vladimir Zotov souligne que la transition des dépôts vers les investissements ne doit pas être brutale. « Pour l'instant, vous n'avez pas besoin de tout mettre dans un seul instrument ; il est préférable de 'sortir des dépôts' progressivement et de répartir l'argent à différents endroits — une partie dans des obligations et des titres d'État relativement fiables, une partie dans des actions ou des fonds détenus pendant 3 à 5 ans. »
Les proportions spécifiques dépendent de la tolérance au risque et de l'horizon d'investissement de l'investisseur. Pour un portefeuille conservateur, la structure recommandée est : 40–50 % d'actions à dividendes, 30–40 % d'obligations, 10–20 % de devises ou d'or.
Conclusion
La décision de la Banque centrale de réduire le taux directeur à 14,5 % est un signal clair que le cycle d'assouplissement se poursuit. Si l'inflation continue de ralentir, nous pourrions assister à une nouvelle baisse lors de la prochaine réunion le 19 juin. Pour les investisseurs particuliers, cela signifie que la « fenêtre » pour verrouiller des rendements de dépôt élevés se ferme et que les instruments d'investissement prennent le devant de la scène.
Comme le résume Zotov : « Les actifs croîtront dans le secteur de l'économie réelle, donc simplement cacher de l'argent 'sous le matelas' ou même investir uniquement pour un intérêt maximum ne sera pas aussi rentable. Avec l'inflation, l'argent a tendance à se déprécier. »
Le moment actuel n'est pas un moment de panique, mais pour une révision consciente des stratégies d'épargne. Les investissements deviennent effectivement plus rentables que les dépôts, mais cette transition nécessite une approche équilibrée, une diversification et un horizon de planification à long terme.
— Editorial Team