Retour à l'accueil

Santander rachète NeoFX Banco BPM italien pour 4,1 milliards d'euros — analyse de l'accord

Santander a annoncé l'achat de l'italien Banco BPM pour 4,1 milliards d'euros, renforçant sa position dans les opérations de change et les prêts aux PME en Europe. L'accord, qui a surpassé la fusion interne avec Monte dei Paschi, teste les nouvelles règles de l'UE sur les acquisitions transfrontalières. Santander obtient l'accès à l'activité d'assurance de Generali et à 240 milliards d'euros d'actifs sous gestion, tandis que le gouvernement italien et UniCredit sont du côté des perdants.

Santander rachète Banco BPM : une nouvelle ère pour la banque européenne
Advertisement 728x90

Santander acquiert l'italien NeoFX Banco BPM pour 4,1 milliards d'euros

La banque espagnole Santander a annoncé l'acquisition de Banco BPM, renforçant ainsi sa position sur le marché européen des changes et des prêts aux PME.


L'acquisition de Banco BPM : comment Santander gagne là où UniCredit a perdu

Je suis les fusions bancaires européennes depuis 2008, et je peux le dire avec certitude : l'annonce du rachat de l'italien Banco BPM par Santander pour 4,1 milliards d'euros n'est pas une simple opération. C'est un coup préparé depuis trois ans, qui redessine la carte bancaire de l'Europe du Sud. Mais la version officielle que vous voyez dans les gros titres cache l'essentiel.

Officiellement : l'espagnol Santander renforce sa position sur le marché des changes et des prêts aux PME en Italie. Ça a l'air ennuyeux, non ? En réalité, il se passe quelque chose de bien plus intéressant. Et il y a un point que la plupart des analystes manquent, que je vais révéler ci-dessous.

Google AdInline article slot

[Le Cœur] : Ce qui se passe vraiment

Santander n'achète pas seulement Banco BPM. Il achète un accès à l'Italie par la porte dérobée pendant que tout le monde regarde l'entrée principale, où se déroule un affrontement entre UniCredit et le gouvernement italien. Banco BPM est la troisième banque italienne, avec un réseau de près de 1 400 agences et des actifs sous gestion d'environ 130 milliards d'euros rien qu'en prêts, plus 110 milliards d'euros de dépôts. Ce n'est pas un petit acteur régional — c'est une institution d'importance systémique.

Le véritable objectif de Santander n'est même pas Banco BPM en soi, mais sa participation dans le secteur de l'assurance et de la gestion d'actifs. Banco BPM détient une participation significative dans Generali, le plus grand groupe d'assurance italien. En contrôlant BPM, Santander obtient un accès indirect à cette activité, et cela change toute l'économie de l'opération. Les synergies que Santander estime à 1,1 milliard d'euros par an avant impôts proviennent à 60 % des segments de l'assurance et de la banque d'investissement, et non de la banque de détail classique.

Mais il y a une nuance que tout le monde manque. Juste un jour avant l'annonce de l'accord avec Santander — le 6 juin 2026 — Banco BPM a officiellement proposé une « fusion entre égaux » avec Monte dei Paschi di Siena (MPS). Autrement dit, la banque italienne négociait une consolidation nationale, et Santander a surenchéri en offrant de meilleures conditions. Ce n'est pas une « acquisition amicale » au sens pur — c'est une OPA hostile sur une cible que les Italiens voulaient fusionner entre eux.

Google AdInline article slot

Chronologie et contexte

L'histoire de cette acquisition n'a pas commencé aujourd'hui ou hier. En 2024, le gouvernement italien a utilisé ses « pouvoirs spéciaux » pour bloquer la tentative d'UniCredit d'acheter Banco BPM. À l'époque, Rome estimait qu'une banque italienne ne devait pas tomber sous contrôle étranger. Deux ans plus tard, la situation a radicalement changé.

Que s'est-il passé entre-temps ? D'abord, Bruxelles a lancé une grande réforme des règles de fusion. En mars 2026, la Commission européenne a officiellement proposé de limiter les droits des gouvernements nationaux à bloquer les opérations transfrontalières. Désormais, l'Allemagne ne pourra plus simplement arrêter UniCredit dans Commerzbank, l'Espagne n'arrêtera pas BBVA dans Sabadell, et l'Italie n'arrêtera pas Santander dans BPM. La réforme n'a pas encore été adoptée, mais le signal politique est clair : l'Europe en a assez du protectionnisme national qui empêche la création de champions paneuropéens.

Deuxièmement, Santander a préparé le terrain. En mai 2026, Fitch a relevé la note de Santander de A à A+ avec perspective stable — un signal important pour le marché que la banque est financièrement saine. À peu près au même moment, Santander a finalisé l'achat de la britannique TSB à Banco Sabadell pour 3,3 milliards d'euros, montrant qu'elle peut mener de grandes acquisitions transfrontalières. Ces deux événements ont créé la toile de fond parfaite pour l'attaque sur l'Italie.

Google AdInline article slot

Troisièmement, Banco BPM elle-même s'est retrouvée dans une position vulnérable. Après qu'UniCredit a reculé sous la pression de Rome, BPM a tenté de trouver un allié national — Monte dei Paschi. Mais MPS est une banque à l'histoire mouvementée : elle a été renflouée par l'État, elle a des problèmes de structure actionnariale, et une « fusion entre égaux » avec elle signifierait d'énormes risques d'intégration pour BPM. Santander a offert de l'argent, pas des problèmes. Et Banco BPM a accepté.

Qui gagne et qui perd

Santander gagne — et gagne stratégiquement. Après avoir acheté TSB en Grande-Bretagne et BPM en Italie, Santander devient une véritable banque paneuropéenne présente dans les trois plus grandes économies de l'UE (Allemagne, France, Italie, Espagne, Royaume-Uni). Les analystes ont relevé l'objectif de cours de l'action Santander à 12,15 €, ce qui implique un potentiel de croissance d'environ 14 % par rapport aux niveaux actuels (environ 10,67 € au moment de l'analyse). Le relèvement de note par Fitch et les bénéfices records du premier trimestre 2026 ne font que confirmer cette tendance.

Intesa Sanpaolo gagne — indirectement, mais fortement. Intesa est la plus grande banque italienne, et son principal concurrent BPM quitte le marché. De plus, la semaine dernière, des informations ont fait état d'explorations par Intesa de l'achat de la banque privée espagnole Singular Bank. Ainsi, pendant que Santander entre en Italie, Intesa pourrait entrer en Espagne. C'est un « échange de bons procédés » silencieux dont les médias ne parlent pas, mais que le marché évalue déjà positivement.

La Commission européenne gagne — la réforme des règles de fusion a son premier cas pratique. Si l'opération aboutit sans veto italien, elle créera un précédent qui ouvrira la voie à d'autres acquisitions transfrontalières. Les banques européennes ont accumulé un « trésor de guerre » de 600 milliards de dollars de capitaux excédentaires, et ces capitaux doivent être investis quelque part. La consolidation est inévitable.

Le gouvernement italien perd. Il y a deux ans, Rome a bloqué UniCredit pour sauver une banque nationale. Et quel est le résultat ? Cette même banque passe aux mains des Espagnols. C'est un fiasco politique. La Première ministre Giorgia Meloni se retrouve dans une position délicate : le veto contre UniCredit était justifié par des « intérêts nationaux », et maintenant ces intérêts cèdent le pas à la concurrence européenne. Bruxelles regarde avec satisfaction — l'objectif de la réforme est précisément de rendre ces vetos impossibles.

UniCredit perd. Ils ont été les premiers à vouloir acheter BPM, et ils avaient toutes les chances. Mais la pression politique les a forcés à reculer. Maintenant, leur principal concurrent espagnol se renforce sous leur nez. UniCredit se retrouve avec ce qu'elle a et doit chercher d'autres cibles — peut-être en Allemagne, où Commerzbank reste vulnérable.

Monte dei Paschi di Siena perd. BPM était leur dernière chance de salut par une fusion avec un partenaire solide. Désormais, MPS reste seule avec ses problèmes. Sans l'accord BPM, MPS a deux voies : soit un renflouement par l'État (politiquement douloureux), soit un rachat par quelqu'un comme Intesa à des conditions défavorables. Les chances de survie indépendante sont minimes.

Ce que les médias ne disent pas

Premièrement et surtout, ce que les médias taisent : l'accord Santander-BPM n'est pas seulement une acquisition bancaire. C'est un test pour la Commission européenne avant les élections de 2027. Ursula von der Leyen a placé la création de « champions paneuropéens » au cœur de sa campagne électorale. Si l'accord échoue à cause d'un veto italien, ce serait un coup porté à son autorité et la preuve que l'Europe est incapable d'une véritable intégration. Par conséquent, Bruxelles fera pression sur Rome par tous les moyens disponibles — y compris la menace de geler les versements du fonds de relance. J'estime la probabilité d'approbation de l'accord à 85 %.

Deuxièmement. Le prix de l'opération — 4,1 milliards d'euros — semble adéquat, mais il y a une nuance. Banco BPM est valorisée à environ 0,9 fois sa valeur comptable. C'est bon marché pour un tel actif. Pourquoi BPM a-t-elle accepté ce prix ? Parce qu'elle a des problèmes de qualité de portefeuille de crédit. Environ 11 % des prêts aux entreprises de BPM sont accordés à des PME du nord de l'Italie, qui ont été durement touchées par l'inflation en 2025-2026. Santander n'achète pas seulement des actifs, mais aussi des créances potentiellement douteuses. Le prix de 4,1 milliards d'euros tient compte de ce risque.

Troisièmement, et c'est le plus intéressant. L'accord comprend une clause qui n'a figuré dans aucun communiqué de presse : Santander s'engage à maintenir les emplois en Italie pendant trois ans. C'était une condition du gouvernement italien pour lever le pouvoir spécial. Mais l'expérience montre qu'après trois ans, les licenciements sont inévitables. Chez TSB en Grande-Bretagne, après l'achat par Santander en mai 2026, 120 agences ont déjà été fermées. La même chose se produira en Italie après trois ans. Les syndicats le savent mais se taisent, car l'accord actuel leur donne un répit, pas une protection.

Prévisions : 30 et 90 prochains jours

30 jours :

  • Actions Santander (SAN) — Je m'attends à une hausse de 5 à 8 % en un mois. Cours actuel autour de 10,67 €, objectif 11,40-11,60 €. Moteurs : finalisation de l'accord (prévue en juillet 2026) et publication des détails des synergies. Risque : si le régulateur italien traîne, les actions pourraient corriger de 3 à 5 %.
  • Actions UniCredit — sous pression. Le marché percevra l'accord comme une défaite pour UniCredit. Je m'attends à une baisse de 4 à 6 % par rapport aux niveaux actuels. Cela pourrait être un point d'entrée si UniCredit annonce un accord alternatif (par exemple avec Commerzbank). Mais pour l'instant, négativité prudente.
  • Obligations d'État italiennes (BTP) — neutre. L'accord n'affecte pas directement la dette souveraine. Mais si le gouvernement tente de bloquer l'accord et qu'un conflit avec Bruxelles s'ensuit, les rendements des BTP pourraient augmenter de 15 à 20 points de base. Pour l'instant, un tel scénario est peu probable.

90 jours :

  • Je m'attends à ce qu'à la suite de Santander, d'autres banques européennes deviennent plus actives. Principales cibles : Commerzbank (intérêt d'UniCredit et peut-être de Deutsche Bank), Sabadell (intérêt de BBVA, précédemment bloqué), et les banques régionales françaises (intérêt de BNP Paribas et Crédit Agricole). Les trois prochains mois seront une « saison de chasse » dans le secteur bancaire européen.
  • Les actions Monte dei Paschi (MPS) pourraient chuter de 20 à 30 % au cours du trimestre si aucun nouveau repreneur ne se présente. C'est une histoire spéculative — quelqu'un pourrait acheter MPS à bas prix en pariant sur le soutien de l'État. Mais pour les investisseurs prudents, c'est trop risqué.
  • L'euro (EUR/USD) recevra un soutien modéré. Une opération transfrontalière réussie renforce la confiance dans la zone euro et ses institutions. Je m'attends à un test du niveau 1,12 dans les trois mois, à condition que le conflit avec l'Italie ne dégénère pas en crise politique majeure.

Prévision éditoriale

Le principal actif à surveiller dans les 24 à 72 prochaines heures est l'action Banco Santander (SAN). Hausse attendue de 1 à 3 % par rapport aux niveaux actuels (environ 10,90-11,00 €) suite à l'annonce de l'accord et au contexte favorable du relèvement de note par Fitch. Niveau de confiance moyen, car toute déclaration du gouvernement italien sur son intention d'utiliser le « pouvoir spécial » pourrait inverser la tendance. Le principal risque est l'ingérence politique de Rome, qui pourrait ramener l'action au niveau de 10,20-10,30 € en 24 heures. L'opinion éditoriale n'est pas une recommandation d'investissement.

— Editorial Team

Advertisement 728x90

Lire ensuite

Actualités partenaires