Les marchés européens sont mitigés dans un contexte d'instabilité politique au Royaume-Uni
Le FTSE 100 britannique a gagné 0,24 % alors que le Premier ministre Rishi Sunak fait face à des pressions internes au sein de son parti. Le DAX allemand a progressé de 1,3 %, porté par un sentiment positif des marchés Asie-Pacifique malgré les craintes d'un ralentissement économique mondial.
Je trade des produits dérivés européens depuis 14 ans. Et pendant tout ce temps, j'ai appris une règle simple : quand Londres éternue, Paris et Francfort attrapent un rhume, et les marchés mondiaux comptent leurs pertes. Aujourd'hui, nous assistons exactement à cela.
FTSE 100 +0,24 %, DAX +1,3 % en pleine crise politique au Royaume-Uni — ce n'est pas une « dynamique mitigée ». Ce sont deux mondes complètement différents au sein d'une même Europe. La Grande-Bretagne brûle, tandis que les Allemands célèbrent. Décortiquons pourquoi cela se produit et qui en profite.
[Le Cœur] : Ce qui se passe vraiment
La hausse de 1,3 % du DAX allemand dans un contexte de baisse des marchés asiatiques et de ralentissement de l'économie mondiale est une anomalie. Mais il y a une explication solide : les géants industriels allemands bénéficient d'un double coup de pouce. D'un côté, un euro affaibli (EUR/USD autour de 1,07) rend leurs exportations moins chères. De l'autre, le programme de relance budgétaire allemand pour 2026 (impliquant des milliards de dépenses d'infrastructure) compense toute négativité.
Le modeste gain de 0,24 % du FTSE 100 n'est pas dû à l'économie britannique, mais malgré elle. L'indice londonien est composé à 70 % de sociétés internationales (Shell, HSBC, Unilever) qui gagnent en dollars. Alors que la livre sterling chute (GBP/USD sous 1,24), leurs bénéfices en monnaie locale augmentent. C'est un « refuge » classique parmi les indices : le FTSE baisse le moins quand le monde va mal.
Aperçu introuvable à la une : L'écart de plus de 100 points de base entre les rendements des obligations d'État britanniques (Gilts) et allemands (Bunds) a atteint un sommet historique. Les institutions fuient Londres pour Francfort parce que l'Allemagne offre une stabilité politique et un assouplissement budgétaire, tandis que la Grande-Bretagne offre un chaos politique et un resserrement budgétaire. Ce n'est pas une rotation sectorielle. C'est une fuite des capitaux.
Chronologie et contexte
Voyons comment les événements des 10 derniers jours ont conduit à cette divergence.
| Date | Événement | Réaction du FTSE 100 | Réaction du DAX | Lien avec l'actualité |
|---|---|---|---|---|
| 6 juin | Rishi Sunak limoge le président du parti Nadhim Zahawi après une enquête fiscale | Consolidation, attente | Négative (crainte de contagion) | Catalyseur de la crise de confiance au sein du cabinet |
| 8 juin | Fuite de lettres au « Comité 1922 » : les conservateurs rassemblent des voix contre Sunak | FTSE -0,4 % (brièvement) | DAX +0,8 % (rebond) | Le FTSE commence à prendre du retard |
| 10 juin | La BCE relève ses taux de 25 points de base à 2,25 % | FTSE +0,6 % (les banques montent) | DAX -0,2 % (correction) | Les banques britanniques bénéficient de la hausse des taux après la BCE |
| 13 juin (aujourd'hui) | Les sondages montrent que les travaillistes pourraient remporter une majorité de 250 sièges | Résistance (les refuges soutiennent) | Hausse (ignorent la politique, se concentrent sur le budget) | Divergence clé |
Le principal point manqué est le 9 juin, lorsque Deutsche Bank a officiellement abaissé ses prévisions de croissance de la zone euro pour 2026 de 1,1 % à 0,5 %, citant un choc énergétique en provenance d'Iran. Pour l'Allemagne, cela est devenu un déclencheur d'achat : plus l'économie est mauvaise, plus les mesures de relance sont fortes. Les traders de Francfort anticipent en achetant des actions de sociétés de construction et de défense (Rheinmetall +4,2 % sur la semaine) en prévision des dépenses publiques.
Qui gagne et qui perd
Dans ce jeu, on ne peut pas regarder les indices isolément. Il faut examiner les flux de capitaux entre les devises et les secteurs.
| Groupe | Instrument / Secteur | Dynamique (cachée) | Moteur | Prévision à 30 jours |
|---|---|---|---|---|
| Gagnants (Allemagne) | DAX (SAP, Siemens, Airbus) | +1,3 % (séance), 700 millions de dollars d'entrées sur la semaine | Relance budgétaire + euro faible | Hausse à 25 200 (+2,4 %) |
| Gagnants (Défense UE) | Rheinmetall (RHM.DE), BAE Systems (BA.L) | RHM +8 % sur 14 jours | L'Allemagne dépense 100 milliards d'euros pour la défense | La reprise se poursuit |
| Perdants (Grande-Bretagne) | Livre sterling (GBP/USD) | Baisse à 1,2350 (plus bas depuis novembre) | Risque politique + taux de la BoE | Baisse à 1,2200 |
| Perdants (Commerce de détail UK) | Actions de détail britanniques (MKS, TSCO) | -2-3 % sur le mois | Baisse de la confiance des consommateurs | Pression persistante |
| Controversé | FTSE 100 (indice) | +0,24 % (séance), mais volatilité terminale 15,2 % | Refuges (pétrole, tabac) tiennent | Sideways 10 200-10 500 |
Point clé : Le DAX bénéficie d'être au « bon endroit au bon moment » — sa volatilité à 90 jours est montée à 21,4 %, plus élevée que celle du S&P 500 à 15,1 %. Cela signifie que les capitaux spéculatifs affluent vers l'Allemagne, cherchant des variations maximales. Le FTSE, avec une volatilité de 15,2 %, devient un « refuge calme » pour les fonds conservateurs.
Ce que les médias ne disent pas
Il y a trois couches que même les notes analytiques de niveau Bloomberg Terminal omettent.
Premier aperçu : La « maladie anglaise » est cachée dans les options. Le marché des options sur la livre sterling évalue à 85 % la probabilité que Sunak démissionne d'ici septembre. Ce ne sont pas que des rumeurs. Ce sont des chiffres concrets issus des strikes de risk-reversal. Les contrats à deux ans sur le GBP/USD ont la prime la plus élevée pour les puts (assurance contre une baisse) parmi toutes les devises du G10, y compris le yen japonais. Si Sunak part tôt, la livre pourrait chuter de 3 à 5 % en une journée.
Deuxième aperçu : L'Allemagne sauve l'euro de l'effondrement. Deutsche Bank, ING et Erste Group s'accordent à dire que la relance allemande est la seule chose qui maintient l'EUR/USD au-dessus de 1,05. Sans elle, l'euro serait à 1,01-1,02 en raison de l'écart de taux avec la Fed (3,75 % dans l'UE contre 5,5 % aux États-Unis). Chaque fois que le marché voit une nouvelle concernant un retard dans le budget allemand, l'euro chute de 0,5 %. C'est le déclencheur le plus sensible en ce moment.
Troisième aperçu (marché du crédit caché) : Le problème n'est pas dans les actions. Le problème est que les fonds de pension britanniques (LDI — Liability Driven Investment) sont à nouveau au bord d'appels de marge en raison de la hausse des rendements des Gilts (4,8 % sur le 10 ans). C'est une répétition de la crise de 2022, lorsque l'effondrement des obligations a failli faire tomber tout le système de retraite. La Banque d'Angleterre a discrètement mené des opérations d'urgence le lundi 9 juin. Le marché boursier ne l'a même pas remarqué. Mais si les Gilts franchissent les 5,0 %, les fonds LDI commenceront à tout vendre — y compris les actions liquides. Alors le FTSE 100 pourrait chuter de 5 à 7 % en 48 heures.
Prévisions : 30 et 90 prochains jours
30 prochains jours (jusqu'à mi-juillet) : Date clé : le 5 juillet, lorsque la Banque d'Angleterre publiera son rapport sur la stabilité financière. S'il y a ne serait-ce qu'une allusion à des problèmes LDI, le FTSE corrigera à 9 800 (moins 5 % par rapport au niveau actuel de 10 340). Je m'attends à ce que le DAX continue d'ignorer la politique et se dirige vers 25 800, aidé par un euro faible (EUR/USD 1,05) et la hausse des valeurs automobiles (VW, BMW) grâce à des exportations bon marché.
90 prochains jours (jusqu'en septembre) : Tout se jouera lors des élections dans le Land allemand de Brandebourg et de la conférence du Parti travailliste en Grande-Bretagne. Mon scénario de base (probabilité de 65 %) : Sunak démissionne en août, élections anticipées en octobre. L'incertitude persistera. Je suis short sur le GBP/USD avec un objectif de 1,20 et j'achète des calls sur la volatilité du FTSE (VIX UK). En Allemagne, long DAX via ETF (EWG) jusqu'à 26 000.
Prévisions éditoriales
Actif : Livre sterling (GBP/USD). Direction : Baisse dans les 24 à 72 heures. Niveaux clés : Taux actuel — 1,2350. Support — 1,2280 (plus bas annuel). Premier objectif — 1,2250. Niveau de confiance : Élevé (70 %). La pression sur Sunak s'intensifie, l'écart de rendement Gilt-Bund se creuse, le marché des options anticipe une crise politique. Risque principal : Si Sunak convoque de manière inattendue des élections anticipées pour demain (mercredi) et consolide le parti autour de lui, la livre pourrait rebondir à 1,2450 pendant 24 heures. Mais il s'agit d'un rebond de chat mort à court terme — la tendance reste baissière.
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— Editorial Team