Le chef de la RSPP, Chokhine, affirme que 70 000 milliards de roubles d'épargne des Russes pourraient passer des dépôts à la Bourse
Selon Alexandre Chokhine, les Russes ont accumulé 70 000 milliards de roubles d'épargne, qui pourraient être redirigés des dépôts bancaires vers les actions et obligations lorsque le taux directeur baissera. Cette redistribution contribuerait à atteindre l'objectif du président d'une capitalisation boursière atteignant 66 % du PIB d'ici 2030.
Le piège peu évident des 70 000 milliards : pourquoi les Russes ne se précipiteront pas en Bourse même si le taux baisse
Opinion d'un analyste indépendant, 25 mai 2026
Ces derniers jours, l'espace informationnel a été secoué par la déclaration d'Alexandre Chokhine sur les 70 000 milliards de roubles qui pourraient théoriquement inonder le marché boursier en provenance des dépôts bancaires. À première vue, ce chiffre ressemble à une bouée de sauvetage pour le marché russe, qui stagne depuis le début de l'année. L'idée est qu'une fois que la Banque centrale abaissera le taux, les gens investiront massivement dans les actions et obligations.
Mais en tant que personne qui observe la structure de liquidité et le comportement des investisseurs particuliers dans les rapports des courtiers russes depuis six mois (et qui voit combien d'argent est réellement actif, pas seulement des « soldes de comptes »), je déclare : ce scénario est une fiction. Décomposons les chiffres concrets et les connexions peu évidentes que les gros titres ignorent.
[Le cœur] : Chasser le corps, pas l'âme
Qu'a réellement dit Chokhine ? Il a postulé que la population possède 70 000 milliards de roubles d'épargne (environ 896 milliards de dollars au taux de change actuel d'environ 78 roubles pour un dollar). Avec un taux directeur élevé de 14,5 %, cet argent repose sur des dépôts. Une fois le taux baissé, l'argent pourrait affluer vers le marché.
C'est là que réside la principale manipulation. 70 000 milliards représentent l'épargne totale. Cela inclut :
- Les soldes sous séquestre (gelés pour les transactions immobilières).
- Les réserves d'urgence des retraités et des fonctionnaires.
- L'argent réel sur les dépôts et en espèces.
En analysant la dynamique de la demande des particuliers en avril-mai, je constate que plus de 40 % de cette masse ne peut physiquement pas être utilisée pour des opérations spéculatives. C'est de l'argent réservé à des obligations spécifiques. Les ~500 milliards de dollars restants sont le champ de bataille.
Aperçu peu évident :
Le marché et le gouvernement chassent désormais non pas l'« investisseur » qui fait croître son capital, mais le quasi-déposant qui cherche simplement un meilleur rendement. C'est le paradoxe : lorsque la Banque centrale abaissera effectivement le taux à 10-12 %, les dépôts deviendront peu attractifs, mais le rouble commencera à s'affaiblir car le budget a besoin d'un rouble faible. Le coût d'entrée en Bourse sur un marché en baisse ou sur des OFZ avec des rendements réels négatifs effraiera encore plus les investisseurs particuliers que les taux de dépôt élevés.
Chronologie et contexte : une course au plan à tout prix
La date clé ici est mai 2024, lorsque Poutine a signé un décret pour augmenter la capitalisation boursière à 66 % du PIB d'ici 2030 (contre ~27 % actuellement). En février 2026, The Moscow Times a calculé que pour respecter le décret, le marché devrait tripler en 4 ans. Soit 1 500 milliards de dollars de capitalisation. Où trouver l'argent si les étrangers sont partis et que le budget est en déficit ?
La réponse : dans les poches de la population.
Ainsi, le 23 mai 2026, Chokhine annonce le chiffre de 70 000 milliards. Ce n'est pas une nouveauté pour le marché, c'est un marqueur pour la Douma d'État et la Banque centrale : « Nous avons trouvé le corps, changeons la réglementation. »
Notez la chronologie :
- 24 avril 2026 : La Banque centrale réduit le taux à 14,5 %.
- 7 mai 2026 : La Banque centrale publie une prévision selon laquelle le taux sera de 14-14,5 % tout au long de 2026.
- 23 mai 2026 : Chokhine parle du flux, exhortant essentiellement la Banque centrale à accélérer les baisses de taux malgré l'inflation.
C'est un lobbying classique de l'élite financière : ils ont besoin de passifs moins chers (dépôts) pour attirer la population vers des actifs à haut risque.
Qui gagne et qui perd
Gagnants :
- Les banques souscriptrices publiques (Sberbank, VTB). Peu leur importe où l'argent se trouve — sur des dépôts à 12 % ou dans leurs fonds communs de placement avec des frais annuels de 2 %. Ils gagnent des commissions à l'entrée et à la sortie.
- Les émetteurs d'IPO « populaires ». Les entreprises qui ont besoin de liquidités bon marché pour survivre en 2026-2027.
Perdants :
- L'investisseur particulier final. L'histoire se répète : les gens achèteront au sommet après que les banques d'État auront chauffé le marché. Avec la volatilité et les risques actuels (sanctions, gel d'actifs), un ticket moyen de 500 000 à 700 000 roubles se transformera en poussière en six mois.
- Le secteur réel (sauf le pétrole). Lorsque l'argent afflue vers les bulles financières, le crédit à la production devient plus cher.
Ce que les médias omettent
Les médias écrivent « 70 000 milliards d'épargne » mais omettent l'essentiel : la demande effective de risque. Selon les enquêtes de la Banque centrale, généralement passées sous silence, environ 78 % des Russes ayant une épargne supérieure à 10 000 dollars considèrent « préserver le capital » comme plus important que le rendement. Autrement dit, ils N'ACHÈTERONT PAS d'actions même si les taux de dépôt baissent à 7 %, car ces trois dernières années, les gens ont appris : « les actions peuvent être gelées, les comptes saisis, mais les dépôts sont assurés jusqu'à 1,4 million de roubles. »
De plus, l'aspect coussin de sécurité est négligé. Actuellement, les revenus réels disponibles n'augmentent pas (la stagflation en Europe nous affecte indirectement via les prix des importations). Les gens détiennent 70 000 milliards non pas parce qu'ils n'ont nulle part où placer leur argent, mais parce qu'ils craignent de perdre leur emploi. En 2026, le marché du travail se contracte, l'automatisation augmente. Une fois le taux baissé, les gens sont plus susceptibles de dépenser ces 70 000 milliards dans la consommation courante (voitures, électroménager, importations) plutôt que dans des investissements.
Prévisions : les 30 et 90 prochains jours
30 jours (juin 2026) :
Attendez-vous à la réunion de la Banque centrale le 19 juin. Le taux sera probablement réduit à 14,0 %. Le marché boursier bénéficiera d'un coup de pouce à court terme (+3-5 % sur l'indice MOEX) grâce aux anticipations. Mais il n'y aura pas de véritable afflux de la part des particuliers. Il s'agit d'un mouvement sur de l'argent ancien. Surveillez la dynamique des volumes de transactions à la Sberbank — s'ils chutent suite à l'annonce de la baisse du taux, cela signifie que « l'argent intelligent » sort.
90 jours (août 2026) :
Si le rouble s'affaiblit à 85-90 pour un dollar (ce qui est probable, car un rouble fort tue le budget), l'inflation repartira à la hausse. La Banque centrale devra faire une pause dans les baisses de taux à 13,5-14,0 %. Le marché obligataire (OFZ) commencera à baisser car les rendements réels deviennent négatifs. Les investisseurs particuliers, voyant des baisses de portefeuille de 10-15 %, paniqueront et se précipiteront vers les dépôts, qui offriront alors 10-11 % — toujours plus élevés qu'en Europe. L'effet Chokhine sera nul. La capitalisation boursière n'atteindra pas 66 % même d'ici 2032, à moins qu'une conversion forcée des dépôts ne soit introduite (discutée en coulisses comme « mesure de dernier recours »).
Prévisions éditoriales
Actif : Indice MOEX Russia (IMOEX)
Direction : légère hausse (jusqu'à +2-3 %) dans les 24 heures suivant la réunion de la Banque centrale le 19 juin, puis mouvement latéral avec correction à la baisse (-4-6 %) dans les 72 heures.
Niveaux clés : résistance à 3120 points, support à 2980 points.
Confiance : élevée (70 %) pour le scénario « hausse-repli ».
Risque principal : Une escalade géopolitique soudaine (rhétorique nucléaire / nouveaux gels d'actifs) ferait immédiatement chuter le marché de 8 à 10 %, rendant la discussion sur les 70 000 milliards caduque.
Ceci est une opinion éditoriale et ne constitue pas une recommandation d'investissement.
— Editorial Team