Investec fait état d'un cessez-le-feu fragile au Moyen-Orient et des risques d'une nouvelle escalade
Les économistes d'Investec notent dans leur revue de mai que le cessez-le-feu reste très fragile, le principal risque étant un blocus prolongé du détroit d'Ormuz, qui pourrait déclencher une nouvelle flambée des prix de l'énergie et entraîner une récession.
Article d'analyse : Investec qualifie le cessez-le-feu de « très fragile ». Ce que les marchés ignorent obstinément
Auteur : analyste financier indépendant
[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment
Les prévisions officielles d'Investec du 27 mai 2026 semblent trompeusement calmes : le scénario de base est une croissance du PIB mondial de 3,0 % en 2026 et de 3,1 % en 2027, en supposant une réouverture rapide du détroit d'Ormuz.
Mais ces chiffres sont un masque. Lisez entre les lignes : les économistes d'Investec admettent ouvertement que le cessez-le-feu reste « très fragile », et le principal risque – un blocus prolongé d'Ormuz – pourrait déclencher une nouvelle flambée des prix de l'énergie et entraîner une récession.
Un décalage colossal. Les marchés continuent de trader comme si le conflit était terminé. CNBC a rapporté le 28 mai que le pétrole Brent oscille entre 87 et 96 dollars selon les gros titres. Les traders réagissent à chaque déclaration de Washington ou de Téhéran comme si tout allait revenir à la normale demain. Mais la réalité décrite par Investec dit le contraire : « les flux physiques de pétrole restent contraints en raison des routes perturbées, des temps de transit plus longs et des coûts de fret et d'assurance plus élevés ».
Le point clé que personne ne veut entendre : même si un accord est signé demain, le pétrole ne reviendra pas à 60-70 dollars. Callum Macpherson, responsable des matières premières chez Investec, déclare directement que tout dépend de « la confiance que la guerre est vraiment terminée et qu'il n'y aura pas de nouvelle flambée ». Et cette confiance n'existe pas et n'existera pas.
Chronologie et contexte
Décortiquons ce qui se passe réellement au Moyen-Orient, selon Investec et CNBC.
27 mai 2026 — Les États-Unis et l'Iran parviennent à un accord pour prolonger le cessez-le-feu de 60 jours et lancer de nouvelles négociations nucléaires. Apparemment un progrès. Mais le même jour, l'Iran lance une attaque de drone ratée contre une base militaire américaine et une frappe de missile sur le Koweït (interceptée par les forces koweïtiennes). Ce n'est pas un « cessez-le-feu ». C'est une guerre avec des pauses-thé.
28 mai 2026 — CNBC publie une interview de Macpherson d'Investec. Il dit que les marchés trouvent « incroyablement difficile » de comprendre ce qui se passe, les signaux de Washington et de Téhéran changent toutes les heures, et les progrès diplomatiques sont souvent réfutés en quelques heures.
Un exemple concret de contradictions — Le 28 mai, des rapports émergent selon lesquels des responsables iraniens ont discuté d'un protocole d'accord avec les États-Unis. La Maison Blanche qualifie rapidement cela de « faux ».
Situation actuelle (30 mai 2026) — Le détroit d'Ormuz est partiellement bloqué, les navires iraniens continuent d'inspecter les pétroliers, et la marine américaine bloque les ports iraniens. Selon Kpler, l'Iran exporte encore environ 1,85 million de barils par jour, mais sous des restrictions strictes.
Pourquoi c'est critique pour les marchés : les données de mai ont montré que le taux d'épargne américain est tombé à 2,6 % – un plus bas en quatre ans. Les ménages américains ressentent déjà la pression des prix élevés de l'essence et de l'alimentation. Si le pétrole bondit à nouveau à 110-120 dollars, les ventes au détail s'effondreront, et avec elles, l'économie.
Qui gagne et qui perd
Gagnants :
- Secteur de l'énergie. Même à 90-100 dollars le baril, les compagnies pétrolières réalisent des superprofits. Investec déclare directement que les analystes continuent de relever les prévisions de bénéfices pour le secteur de l'énergie.
- Positions courtes sur le pétrole ? Non, longues. Les marchés sous-estiment encore le risque. Matt Britzman de Hargreaves Lansdown note que les prix autour de 90-95 dollars montrent une « prime de risque claire », mais pas complète.
- Chine. Selon FSMOne, les gagnants structurels de la crise sont le Japon, la Corée, Taïwan, Singapour et la Chine, qui bénéficient de la restructuration de la sécurité énergétique et du cycle actuel des semi-conducteurs. Pékin continue de recevoir du pétrole via Ormuz, tandis que l'Europe et les États-Unis se battent pour chaque pétrolier.
Perdants :
- Europe. Les prévisions d'Investec pour la zone euro sont une croissance de seulement 0,2 % en glissement trimestriel aux T2 et T3 2026. L'inflation annuelle a déjà atteint 3,0 %, et ce n'est que le début. La BCE sera contrainte de relever ses taux (deux hausses de 25 points de base en juin et juillet), ce qui tuera la reprise déjà fragile.
- Investisseurs particuliers et ménages américains. Le taux d'épargne est tombé à 2,6 % – un plus bas depuis 2022. Les gens dépensent leurs économies pour couvrir la hausse des factures de carburant et d'alimentation. Ce n'est pas de l'optimisme des consommateurs – c'est un épuisement forcé de l'épargne.
- Afrique du Sud et pays en développement dépendants des importations d'énergie. Investec, dans sa revue sur l'Afrique du Sud, a relevé le poids du scénario de base à 55 %, mais reconnaît que les risques sont orientés à la baisse en raison de la guerre au Moyen-Orient.
Ce que les médias ne disent pas
Voici maintenant mon principal éclairage, que vous ne trouverez pas dans les rapports officiels.
Investec décrit trois scénarios. Mais il y en a en réalité quatre, et le quatrième est le plus probable.
La revue mondiale d'Investec décrit les options suivantes :
- Scénario de base (probabilité ?) — résolution relativement rapide du conflit, ouverture du détroit, croissance du PIB de 3,0-3,1 %
- Scénario de blocus prolongé — nouvelle flambée des prix, récession
- Scénario du pire — retour aux hostilités
Mais il y a un quatrième scénario dont Investec ne parle pas, mais qui émerge de leur propre analyse : une confrontation prolongée de faible intensité avec un détroit partiellement fonctionnel et une prime de risque structurellement élevée.
Notez ce que dit Macpherson : « Il y a des preuves que certains navires traversent le détroit, mais peu de signes d'un retour à la normale. » Sim Moh Siong d'OCBC prévient que les baisses des prix du pétrole ne seront probablement pas rapides, et que « les dommages aux infrastructures, le réapprovisionnement stratégique et une prime de risque structurelle plus élevée devraient maintenir les prix à un niveau élevé ».
Qu'est-ce que cela signifie en pratique ? Le pétrole ne reviendra jamais à 60-70 dollars. Le nouvel équilibre est de 85-95 dollars. La prime de risque géopolitique, qui était auparavant de 5-10 dollars, est désormais de 20-25 dollars.
Le deuxième fait caché : les marchés boursiers sont complètement déconnectés de la réalité des flux physiques. Le Washington Post (cité dans l'analyse) avertissait déjà en avril d'un « décalage » entre les signaux du marché et la réalité sur le terrain. En mai, ce décalage ne s'est qu'accentué. Le S&P 500 a atteint des sommets historiques, tandis que l'économie réelle des pays occidentaux étouffe sous le poids des prix élevés de l'énergie.
Une citation du Washington Post qui décrit parfaitement la situation : « Les investisseurs ne semblent pas réaliser que nous sommes toujours en état de guerre. Ce n'est pas aussi simple que d'ouvrir un robinet pour que le pétrole recommence à couler. »
Prévisions : 30 prochains jours et 90 prochains jours
30 jours (jusqu'à fin juin 2026) :
- Le cessez-le-feu de 60 jours annoncé le 27 mai sera formellement respecté, mais les incidents (comme l'attaque de drone du 28 mai) continueront.
- La BCE relèvera ses taux de 25 points de base le 11 juin. Investec prévoit deux hausses – en juin et juillet – ce qui est étonnamment agressif pour l'Europe.
- Le pétrole Brent se négociera dans la fourchette de 90 à 105 dollars. Sans escalade, la partie inférieure ; avec de nouvelles frappes, la partie supérieure.
- Le S&P 500 entamera une correction de 3 à 5 % alors que les investisseurs réaliseront que la « normalisation imminente » n'aura pas lieu.
90 jours (jusqu'à fin août 2026) :
- Indicateur clé : l'écart entre les prix spot du pétrole et les contrats à terme. Actuellement d'environ 10 à 15 dollars (spot plus élevé). S'il s'élargit à 20-25 dollars, cela signale une pénurie physique.
- L'économie européenne affichera une croissance nulle ou négative au T2. Cela forcera la BCE à revoir ses plans hawkish.
- Le taux d'épargne américain tombera en dessous de 2 % – un plus bas historique. Cela déclenchera une baisse des dépenses de consommation et peut-être un pivot de la Fed vers un assouplissement.
- L'or – le principal bénéficiaire. Si le pétrole reste au-dessus de 100 dollars et que les marchés boursiers se corrigent, l'or franchira les 2 600 dollars l'once.
Prévisions éditoriales
Actif : Pétrole Brent
Direction : Hausse dans les 72 prochaines heures – les marchés sous-estiment encore le risque d'un effondrement du cessez-le-feu
Niveaux clés : Valeur actuelle autour de 94-96 dollars. Résistance la plus proche – 100 dollars. Support – 90 dollars. Une cassure au-dessus de 100 dollars ouvre la voie vers 108-110 dollars.
Niveau de confiance : Moyen (55 %)
Risque principal : Si dans les 72 prochaines heures il y a confirmation de progrès dans les négociations (par exemple, une déclaration conjointe États-Unis-Iran sur des mesures concrètes pour ouvrir le détroit), le pétrole pourrait tomber à 88-90 dollars. Cependant, étant donné que le 27 mai un cessez-le-feu de 60 jours a été annoncé, et que le lendemain l'Iran a attaqué une base américaine, toute déclaration diplomatique ne peut être digne de confiance. Les marchés commencent progressivement à le comprendre, créant un risque asymétrique à la hausse pour les prix.
Opinion éditoriale. Pas un conseil en investissement.
— Editorial Team