GameStop propose d'acheter eBay pour 56 milliards de dollars
Le PDG de GameStop, Ryan Cohen, a fait une offre non sollicitée pour acquérir eBay pour environ 56 milliards de dollars en espèces et en actions, GameStop détenant déjà une participation d'environ 5 % et ayant obtenu 20 milliards de dollars de financement par emprunt auprès de TD Bank.
GameStop contre eBay : comment une action « meme » de 12 milliards de dollars a décidé d'acquérir un géant du commerce électronique
Introduction
Le week-end dernier, le marché des fusions-acquisitions aux États-Unis a été secoué par une nouvelle digne d'un scénario hollywoodien. GameStop — une chaîne de vente au détail de jeux vidéo avec une capitalisation boursière d'environ 12 milliards de dollars — a annoncé son intention d'acquérir l'un des pionniers du commerce électronique, eBay, que le marché valorise à près de quatre fois ce montant — 46 milliards de dollars. La valeur de la transaction proposée par le charismatique PDG de GameStop, Ryan Cohen, est de 56 milliards de dollars (soit environ 47,8 milliards d'euros au taux de change actuel). Cette décision a immédiatement secoué Wall Street, laissant les investisseurs perplexes : s'agit-il du début d'une grande transformation ou simplement d'un coup de relations publiques bruyant dans le style des actions « meme » ?
Détails de l'événement et chronologie
L'offre formelle, qualifiée par le marché de « non sollicitée », a été faite le 3 mai 2026. GameStop est prêt à payer 125 dollars par action eBay, la structure de paiement répartissant ce montant à 50 % en espèces et 50 % en actions GameStop. La prime proposée est d'environ 20 % au-dessus du cours de clôture d'eBay le vendredi 1er mai.
Malgré l'apparente soudaineté, Cohen prépare l'attaque depuis le début de l'année. GameStop a discrètement accumulé des actions eBay à partir du 4 février, sans attirer l'attention, ce qui a abouti à une participation d'environ 5 % dans l'actif cible. La structure financière de la transaction est extrêmement agressive : les réserves de trésorerie propres de GameStop s'élèvent à environ 9 milliards de dollars, ce qui est clairement insuffisant. Le pont manquant au-dessus du gouffre doit être construit avec 20 milliards de dollars de financement par emprunt, garantis par la banque canadienne TD Bank. La partie restante devrait être couverte par une émission d'actions, ce qui diluera inévitablement les participations des actionnaires actuels de GameStop. Comme source de capital supplémentaire, l'implication de fonds souverains du Moyen-Orient n'est pas exclue.
Cohen joue dur : si le conseil d'administration d'eBay rejette l'offre, il a l'intention de lancer une lutte par procuration et de s'adresser directement aux actionnaires de la société.
Motifs et synergies : parier sur l'« économie de la passion »
À première vue, une alliance entre un vendeur de consoles de jeux et une place de marché mondiale peut sembler étrange, mais elle repose sur une logique commerciale froide ciblant le marché en pleine croissance des objets de collection (cartes à collectionner, baskets, jeux rétro et articles de luxe). GameStop transforme déjà ses points de vente physiques, passant de magasins de vente de disques à des centres d'échange et d'authentification d'objets de collection.
Ryan Cohen prévoit de transformer les 1 600 magasins physiques de GameStop en points de dépôt et de vérification pour les vendeurs eBay. Selon sa vision, cela résoudrait le principal problème de la revente en ligne — la confiance et l'authenticité — et permettrait à eBay de devenir un « concurrent légitime d'Amazon ». La mesure clé de la synergie financière : Cohen a promis de réduire les dépenses d'exploitation annuelles de la société combinée de 2 milliards de dollars dans les 12 mois suivant la clôture de la transaction. C'est un jeu direct sur l'échelle : eBay génère un volume brut de marchandises (GMV) massif de 22,2 milliards de dollars rien qu'au premier trimestre 2026, avec 135 millions d'acheteurs actifs. GameStop accède à ce vaste public, tandis que la plateforme gagne une présence physique et un contrôle qualité rigoureux.
Réactions des acteurs clés et du marché
Le monde financier a accueilli l'initiative avec un mélange d'ironie, d'admiration pour son audace et de profond scepticisme. Les actions d'eBay ont bondi d'environ 10 % dans les échanges avant l'ouverture, atteignant environ 118 dollars, ce qui reste inférieur aux 125 dollars offerts par Cohen. Cela suggère que le marché ne croit pas que la transaction se conclura au prix annoncé. Les actions de GameStop ont chuté d'environ 3 % suite à la nouvelle, les investisseurs commençant à intégrer les risques d'une charge de dette massive et de dilution des capitaux propres.
Les analystes de Bloomberg Intelligence ont jugé la probabilité de la transaction faible, citant un risque d'exécution important et une dilution inévitable. Michael Burry, le célèbre visionnaire de la crise de 2008, a également exprimé son scepticisme, qualifiant une acquisition complète de « difficile » pour GameStop compte tenu de l'énorme écart de valorisation. Des préoccupations réglementaires se profilent également : les experts s'attendent à une intervention antitrust tant aux États-Unis que dans l'UE en raison d'une potentielle entrave à la concurrence sur le marché secondaire de l'électronique.
Prévisions et conclusions
C'est un cas classique de « David contre Goliath », où David est armé d'une planche à billets et de charisme. L'exécution pratique de la transaction est extrêmement difficile. L'écart entre la poche de l'acheteur et l'échelle de la cible est de près de 37 milliards de dollars, qui devrait être comblé par une nouvelle dette ou une émission d'actions très risquée.
Néanmoins, il est trop tôt pour compter Cohen hors jeu. Il a déjà annoncé un nouveau plan d'incitation pour lui-même lié à la capitalisation boursière de la société atteignant 100 milliards de dollars. L'acquisition, ou même la tentative, crée un puissant catalyseur pour remodeler l'image de GameStop en conglomérat technologique plutôt qu'en simple magasin de centre commercial poussiéreux. Le sort de la transaction dépend de la réceptivité du conseil d'administration d'eBay. S'ils entament des négociations, on peut s'attendre à une restructuration fascinante. Sinon, une sale guerre par procuration pour les votes des actionnaires, ce qui en soi pourrait faire grimper les cours des deux sociétés à court terme. Quoi qu'il en soit, cette histoire devient un test décisif pour le pouvoir de l'argent « meme » dans l'économie moderne.
— Editorial Team