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Médicaments intelligents contre le cancer et le VIH : développement russe

Des scientifiques russes de l'Institut de biologie chimique et de médecine fondamentale de la branche sibérienne de l'Académie des sciences de Russie développent une plateforme pour créer des « médicaments intelligents » à base d'oligonucléotides capables de cibler précisément les causes génétiques du cancer, du VIH et d'autres maladies. La différence clé du développement est l'utilisation de leurs propres phosphorylguanidines, résolvant le problème de la stabilité des molécules dans l'organisme. La technologie ouvre la voie à la médecine personnalisée et assure la souveraineté technologique du pays.

La Russie développe des « médicaments intelligents » contre le cancer et le VIH
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La Russie développe des « médicaments intelligents » contre le cancer et le VIH à base d’acides nucléiques

Des scientifiques de Novossibirsk, de l’Institut de biologie chimique et de médecine fondamentale de la SB RAS, créent une plateforme de synthèse d’oligonucléotides pouvant être « programmés » pour attaquer la cause profonde d’une maladie.


« Médicaments intelligents » contre le cancer et le VIH : une plateforme russe basée sur les oligonucléotides

Introduction

En avril 2026, la communauté scientifique a pris note d’un développement réalisé par des scientifiques de Novossibirsk de l’Institut de biologie chimique et de médecine fondamentale de la branche sibérienne de l’Académie des sciences de Russie (ICBFM SB RAS). Les chercheurs créent une plateforme de synthèse d’oligonucléotides — des fragments d’acides nucléiques pouvant être « programmés » pour cibler précisément la cause profonde d’une maladie.

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Ces composés sont appelés « médicaments intelligents » en raison de leur capacité à reconnaître et à se lier à des séquences génétiques spécifiques. Contrairement à la chimiothérapie traditionnelle, qui attaque toutes les cellules à division rapide, les médicaments à base d’oligonucléotides agissent de manière sélective — uniquement là où se trouve une mutation ou un épissage incorrect de l’ARN. Les cibles potentielles incluent le cancer, le VIH, la tuberculose et les maladies génétiques telles que la dystrophie musculaire de Duchenne.

Ce développement s’appuie sur une école scientifique fondée dans les années 1970 par l’académicien Dmitri Knorre, et aujourd’hui, il prend un nouvel élan grâce à la propre découverte des scientifiques de l’ICBFM — les phosphorylguanidines, une classe de composés qui promettent de résoudre le problème clé de tous les médicaments à base d’oligonucléotides : l’instabilité dans les fluides biologiques.


Détails de l’événement et chronologie

Que sont les médicaments à base d’oligonucléotides ?

Les oligonucléotides sont de courtes chaînes synthétiques d’acides nucléiques (ADN ou ARN) qui sont des analogues biocompatibles et non toxiques des molécules naturelles. Leur principe d’action de base est la complémentarité : connaissant la structure génétique d’un agent pathogène ou d’un gène mutant, on peut créer un agent qui se liera exclusivement à cette cible, un peu comme une clé s’adapte à une serrure.

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Il existe plusieurs mécanismes d’action :

  • Antisens — l’oligonucléotide se lie à l’ARN messager (ARNm), bloquant la traduction protéique ou déclenchant son clivage par l’enzyme RNase H.
  • Interférence ARN (ARNi) — l’ARN double brin active le complexe RISC (RNA-induced silencing complex), entraînant la dégradation de l’ARNm cible.
  • Modulation d’épissage — les oligonucléotides modifient le processus de maturation du pré-ARNm, « corrigeant » un assemblage incorrect des exons.

Une avancée historique significative a été l’approbation à la fin des années 1990 du Vitravene (fomivirsen) pour le traitement de la rétinite à cytomégalovirus — le premier oligonucléotide antisens approuvé pour un usage clinique.

Développements clés à l’ICBFM SB RAS

Phosphorylguanidines — un « savoir-faire » russe

Le principal problème des oligonucléotides thérapeutiques est leur dégradation rapide. Le corps humain dispose d’un arsenal d’enzymes nucléases qui détruisent les acides nucléiques étrangers. Une molécule non protégée se dégrade dans le sang en environ 20 minutes et est excrétée par les reins.

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Les entreprises internationales ont résolu ce problème par des modifications chimiques (phosphorothioate, 2’-O-méthyl et autres dérivés), mais ces modifications sont brevetées. L’ICBFM SB RAS a emprunté sa propre voie, développant les phosphorylguanidines — une classe de composés décrits pour la première fois par les scientifiques de Novossibirsk.

| Propriété | Phosphorylguanidines |

|-----------|----------------------|

| Stabilité dans les fluides biologiques | Absolue (selon les résultats des tests) |

| Toxicité | Non démontrée |

| Facilité de synthèse | Synthèse facile sur équipement standard |

| Pénétration cellulaire | Problèmes existants, travaux en cours |

| Propriété intellectuelle | Entièrement russe |

Comme l’a noté le directeur adjoint de l’ICBFM SB RAS, docteur en sciences chimiques Dmitri Pyshny : « Il reste encore quelques problèmes pour assurer la pénétration du médicament dans la cellule, mais il existe aussi certaines avancées. »

Systèmes d’administration ciblée

Même la molécule la plus parfaite est inutile si elle n’atteint pas sa cible. Les scientifiques de l’ICBFM développent des systèmes d’administration liposomaux basés sur des lipides cationiques — des particules jusqu’à 100 nanomètres de taille qui se lient à l’oligonucléotide, le protègent dans le sang et facilitent l’entrée dans la cellule.

Caractéristiques clés :

  • Biodégradation — les lipides se décomposent dans le corps en molécules naturelles non toxiques.
  • Aucune réponse immunitaire — les systèmes ne provoquent pas de réaction immunitaire spécifique.
  • Capacité de ciblage — l’ajout d’un ligand (par exemple, l’acide folique) permet de diriger le complexe vers les cellules tumorales qui surexpriment les récepteurs de l’acide folique.

Collaboration avec « Vector » et partenaires internationaux

Les médicaments à base d’oligonucléotides sont testés dans plusieurs domaines :

| Cible | Partenaire | Statut |

|-------|------------|--------|

| VIH | Centre national de recherche en virologie et biotechnologie « Vector » | Analyse d’activité |

| Tuberculose | ICBFM SB RAS (laboratoire de D.A. Stetsenko) | Étude d’efficacité |

| Dystrophie musculaire de Duchenne | Scientifiques anglais | Analyse d’efficacité |

Autres réalisations de l’Institut

En parallèle des médicaments à base d’oligonucléotides, l’ICBFM SB RAS a développé le premier médicament antitumoral russe basé sur un virus oncolytique génétiquement modifié VV-GMCSF-Lact pour le traitement du cancer du sein. En mai 2022, des essais cliniques ont débuté au Centre national de recherche médicale en oncologie N.N. Petrov. Il n’existe pas d’analogues directs, ni en Russie ni à l’étranger.

Des systèmes de test ont également été créés pour détecter les mutations somatiques (y compris les mutations du gène KRAS) pour la sélection d’un traitement anticancéreux ciblé.

Chronologie

  • 1967 — D.G. Knorre et N.I. Grineva proposent le concept de médicaments thérapeutiques basés sur les oligonucléotides.
  • 1975 — premières études fondamentales sur les acides nucléiques modifiés à Novossibirsk.
  • 2022 — essais cliniques du virus oncolytique VV-GMCSF-Lact.
  • 2024–2026 — développement actif de la plateforme phosphorylguanidine, collaboration internationale.
  • 28–31 juillet 2026 — conférence panrusse « Biologie d’ingénierie et biopharmacie » à l’Akademgorodok de Novossibirsk, dédiée au 100e anniversaire de D.G. Knorre.

Impact et importance

Pour la science médicale

Créer une plateforme de synthèse de médicaments à base d’oligonucléotides ne consiste pas à développer un seul médicament, mais à établir une base technologique pour toute une classe de thérapies. Comme l’explique Marina Zenkova, responsable du laboratoire de biochimie des acides nucléiques : une fois l’équipement de production de ces acides construit, il n’est pas nécessaire de modifier la chaîne technologique pour un nouveau médicament — il suffit de reprogrammer la machine.

Cela signifie que lorsqu’un nouveau virus émerge ou qu’une nouvelle mutation est identifiée chez un patient, le temps entre le diagnostic et l’obtention d’un médicament personnalisé pourrait passer de plusieurs années à quelques semaines.

Le principe « la cible existe — il y a un agent dirigé » fait des oligonucléotides un outil idéal pour l’ère de la médecine personnalisée, où le traitement est adapté au profil génétique individuel de la maladie.

Pour l’industrie pharmaceutique russe

Les phosphorylguanidines sont un développement entièrement national, n’utilisant pas de brevets étrangers. Dans le contexte des sanctions et de la nécessité de souveraineté technologique, cela revêt une importance stratégique.

Comme le note Dmitri Pyshny : les entreprises internationales ont dressé toute une liste de composés oligonucléotidiques proches d’être réalisés comme médicaments, mais « nous n’avons pas le droit d’utiliser une plateforme basée sur le travail des autres, car ce n’est pas notre propriété intellectuelle. » Une plateforme propriétaire supprime cette limitation.

La synthèse automatisée permet de passer de l’échelle du milligramme à des lots de plusieurs kilogrammes, et l’utilisation d’équipements standard abaisse les barrières à la commercialisation.

Pour les patients et la société

Pour les patients atteints de cancer, de VIH et de pathologies génétiques, les « médicaments intelligents » signifient :

  • Action ciblée — seules les cellules affectées sont attaquées, épargnant les cellules saines.
  • Surmonter la résistance aux médicaments — un mécanisme de résistance des cellules cancéreuses à la chimiothérapie implique la surexpression du gène de résistance multiple aux médicaments mdr1. Des oligonucléotides antisens sont déjà créés contre ce gène.
  • Traitement personnalisé — la capacité d’adapter le médicament à une mutation spécifique dans la tumeur d’un patient.

Réactions des acteurs clés

Dmitri Pyshny, directeur adjoint de l’ICBFM SB RAS, docteur en sciences chimiques :

« Le professeur Altman lui-même qualifie ces composés à base d’oligonucléotides d’antibiotiques du futur. » Selon lui, ces recherches se trouvent actuellement à un moment pré-révolutionnaire.

Concernant le statut du projet, Pyshny a précisé : « Nous avons actuellement les agents les plus prometteurs, mais un certain nombre de travaux restent à faire... Nous sommes maintenant à l’étape de l’approche in vivo. » Il a également souligné que le laboratoire créé sous la direction du prix Nobel Sidney Altman sera préservé et que les recherches se poursuivront.

Marina Zenkova, responsable du laboratoire de biochimie des acides nucléiques à l’ICBFM SB RAS :

Sans la création de l’école de chimie des acides nucléiques soutenue par l’académicien Knorre, les « médicaments intelligents » du futur ne seraient pas développés à Novossibirsk aujourd’hui. Elle a également noté qu’avec une modification excessive, l’acide perd son activité biologique, donc un équilibre est nécessaire — ne modifier que les régions sujettes à la dégradation.

Collaboration internationale :

Les développeurs des phosphorylguanidines sont en contact avec des collègues de Moscou, de Suède et du Royaume-Uni. Des tests effectués « par d’autres mains » confirment également la présence des propriétés souhaitées.


Prévisions et conclusions

Perspectives à court terme (2026–2028)

Les principales tâches des scientifiques sont de terminer les recherches fondamentales, de sélectionner les candidats les plus prometteurs pour les essais précliniques et de passer aux tests in vivo sur des animaux de laboratoire. Pour cela, ils prévoient d’utiliser les installations propres de l’ICBFM et de collaborer avec le Centre fédéral de recherche Institut de cytologie et de génétique SB RAS.

En juillet 2026, la conférence panrusse « Biologie d’ingénierie et biopharmacie » se tiendra à l’Akademgorodok de Novossibirsk, où ces développements seront présentés à la communauté scientifique.

Évaluation réaliste

Il est important de comprendre : l’application de masse est encore loin. Comme l’admet honnêtement Dmitri Pyshny : « Nous approchons de la fin du projet, mais pas de la fin du travail. » La recherche fondamentale pose les bases, mais le chemin vers un médicament enregistré comprend :

  • Études précliniques chez l’animal (efficacité, pharmacocinétique, toxicologie)
  • Essais cliniques de phases I–III chez l’humain (sécurité, efficacité)
  • Procédures d’enregistrement

Dans un scénario optimiste, ce processus pourrait prendre 5 à 10 ans.

Des problèmes non résolus subsistent, principalement l’administration cellulaire. Comme le note Marina Zenkova, les tumeurs les plus malignes ont peu de récepteurs de surface — des « marques d’identification » — donc beaucoup plus de travail est nécessaire.

Conclusions clés

Le développement des scientifiques de Novossibirsk n’est pas un « remède universel » mais une plateforme technologique fondamentale qui peut donner naissance à toute une famille de médicaments contre diverses maladies.

Les phosphorylguanidines, créées à l’ICBFM SB RAS, sont un développement russe unique qui n’est pas inférieur aux analogues étrangers dans les caractéristiques clés (stabilité, non-toxicité, facilité de synthèse) et est exempt de restrictions de brevet.

Pour le système de santé russe, le développement d’une expertise nationale dans les médicaments à base d’oligonucléotides est une question de souveraineté technologique dans le domaine pharmaceutique de haute technologie, comparable en importance au développement de vaccins à ARNm nationaux.

Comme le dit le professeur Altman, prix Nobel et responsable du laboratoire russo-américain, ces composés pourraient effectivement devenir les « antibiotiques du futur ». Et la Russie a toutes les chances de figurer parmi les leaders de cet avenir.

— Editorial Team

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