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Commerzbank a rejeté l'offre d'UniCredit : raisons et conséquences

Commerzbank a officiellement rejeté l'offre de rachat d'UniCredit, jugeant les conditions insuffisamment favorables. La tactique du 'départ bas', les intérêts des actionnaires et du gouvernement allemand, ainsi que les conséquences pour la consolidation du secteur bancaire européen sont analysés.

Commerzbank contre UniCredit : fusion transfrontalière avortée
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Commerzbank rejette officiellement l'offre de rachat d'UniCredit

Le conseil de surveillance de Commerzbank a recommandé aux actionnaires de rejeter l'offre d'UniCredit, jugeant la prime proposée insuffisante et le plan stratégique peu convaincant. La banque reste ouverte au dialogue à condition que les termes de l'accord soient révisés.


Auteur : Analyste financier indépendant, spécialisé dans les fusions-acquisitions européennes et le secteur bancaire

L'essentiel : ce qui se passe vraiment

Commerzbank a officiellement rejeté l'offre d'UniCredit. Le conseil d'administration et le conseil de surveillance ont recommandé à l'unanimité aux actionnaires de ne pas accepter l'offre. Les raisons officielles : prime insuffisante, absence de plan stratégique clair, synergies surestimées et calendriers irréalistes. Mais derrière ce langage diplomatique se cache une histoire bien plus profonde. Il ne s'agit pas seulement d'un échec d'accord, mais d'un échec de la consolidation bancaire européenne.

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Notez la structure de l'offre. UniCredit propose 0,485 de ses propres actions pour chaque action Commerzbank, valorisant la banque allemande à environ 37 milliards d'euros. Or, la capitalisation boursière de Commerzbank au moment du rejet dépassait 41 milliards d'euros. En d'autres termes, les Italiens ont proposé un prix inférieur au marché. Ce n'est pas une erreur. C'est une tactique délibérée connue sous le nom de « lowball start ». Orcel s'attendait à ce que la pression des actionnaires et la menace de « ne rien obtenir » forcent Commerzbank à venir à la table des négociations. Cela n'a pas fonctionné.

L'essence de la situation est qu'UniCredit contrôle déjà près de 27 % des actions Commerzbank directement et près de 12 % des droits de vote via des produits dérivés. Cela représente près de 39 % des votes. Formellement, c'est le plus grand actionnaire. En réalité, c'est une « pilule empoisonnée » entre les mains d'un acquéreur hostile. Commerzbank ne peut pas prendre de décisions stratégiques sans regarder par-dessus son épaule Orcel. Mais Orcel ne peut pas conclure l'accord sans le consentement de la direction et du gouvernement allemand, qui détient 12 %. C'est une impasse.

Franchement mais honnêtement : le conseil de Commerzbank a pris un risque énorme en rejetant l'offre. Le cours de l'action Commerzbank a déjà chuté de 1,5 % après l'annonce. Si la banque ne parvient pas à montrer une amélioration significative de ses performances financières au cours des 12 à 18 prochains mois, les actionnaires pourraient se révolter. Alors Orcel aura une seconde chance – à des conditions plus favorables pour lui.

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Chronologie et contexte

Septembre 2024 : UniCredit commence à accumuler une participation dans Commerzbank en utilisant des produits dérivés pour contourner le seuil de déclaration des positions. Fin 2024, les Italiens deviennent le plus grand actionnaire de la banque allemande. Le gouvernement allemand, qui détenait alors 16,5 % (un plan de sauvetage de la crise de 2008), commence à s'inquiéter.

Mars 2025 : La Banque centrale européenne autorise UniCredit à augmenter sa participation à 29,9 % – juste en dessous du seuil déclenchant une offre publique d'achat obligatoire. Avril 2025 : L'autorité allemande de la concurrence donne son feu vert, levant le dernier obstacle réglementaire. Mais la résistance politique grandit.

16 mars 2026 : UniCredit annonce une offre publique d'échange volontaire. C'est une étape facultative – formellement, ils auraient pu rester juste en dessous de 30 %. Mais Orcel décide d'aller jusqu'au bout. Le 5 mai, le prospectus avec les conditions de l'offre est publié.

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15 mai 2026 : Dernier jour avant la publication de l'avis motivé de Commerzbank. L'action Commerzbank clôture à 36,48 €, au-dessus du prix implicite de l'offre d'UniCredit de 34,56 €. C'est essentiel : le marché a déjà dit que l'offre était trop bon marché.

18 mai 2026 : Commerzbank rejette officiellement l'offre. La PDG Bettina Orlopp déclare : « Ce qu'UniCredit appelle une fusion est en fait une proposition de restructuration qui aurait un impact négatif significatif sur notre modèle économique éprouvé et rentable. » Le président du conseil de surveillance Jens Weidmann (ancien président de la Bundesbank) ajoute : « Les propositions spéculatives d'UniCredit comportent des risques importants et constituent une menace pour les relations avec les clients. »

Parallèlement, le gouvernement allemand envisage d'augmenter sa participation via la banque publique KfW pour créer une minorité de blocage (25 % plus une action). Le député SPD au Bundestag Armand Zorn a déclaré : « L'implication de KfW devrait être envisagée en dernier recours si toutes les autres options sont épuisées. »

La date limite de l'offre est le 16 juin 2026, avec une possible prolongation jusqu'au 3 juillet. Le règlement, si l'accord avait abouti, était attendu au plus tôt le 2 juillet 2027. Cela signifie que les actionnaires qui auraient accepté l'échange auraient bloqué leurs fonds pendant près de 14 mois. C'est une autre raison pour laquelle l'offre était peu attrayante.

Qui gagne et qui perd

Gagnante : Bettina Orlopp, PDG de Commerzbank. Elle a réussi à consolider le conseil d'administration, le conseil de surveillance et le gouvernement autour de sa position. Cela renforce ses références en matière de leadership. Si Commerzbank montre une croissance de ses bénéfices dans les 12 prochains mois, Orlopp pourrait être candidate à des postes au sein de conseils de grandes entreprises européennes.

Gagnant : Deutsche Bank (relativement). Le plus grand concurrent de Commerzbank obtient un avantage temporaire. Pendant que les deux banques sont embourbées dans un « processus de divorce », Deutsche peut débaucher des clients corporate inquiets de l'instabilité chez Commerzbank, en particulier dans le segment Mittelstand – les petites et moyennes entreprises qui sont le cœur de l'économie allemande.

Gagnant : Le gouvernement allemand. Il conserve le contrôle d'une banque d'importance systémique. Commerzbank est la deuxième plus grande banque du pays et un prêteur clé pour les exportateurs et le Mittelstand. Perdre le contrôle serait politiquement inacceptable pour Berlin. Le chancelier Friedrich Merz a déjà qualifié l'approche d'UniCredit de « moyen de détruire la confiance ».

Gagnants : Les actionnaires de Commerzbank qui n'ont pas vendu au prix bas. Le prix actuel du marché (36-37 €) est toujours supérieur à l'offre d'UniCredit (34,56 €). Les analystes indépendants fixent un prix cible médian d'environ 41,50 €. Si Commerzbank exécute sa stratégie Momentum 2030, les actionnaires recevront une prime substantielle.

Gagnants : Avocats et consultants. Les deux parties ont déjà dépensé des dizaines de millions d'euros en services juridiques et de banque d'investissement. Maintenant, une nouvelle phase commence : Commerzbank se défendra contre une éventuelle OPA hostile, tandis qu'UniCredit cherchera des moyens de contourner les défenses. C'est une mine d'or pour Sullivan & Cromwell, Freshfields, Goldman Sachs et Morgan Stanley.

Perdant : Andrea Orcel, PDG d'UniCredit. Il a misé sa réputation sur cet accord. Après avoir transformé avec succès UniCredit et racheté une partie de Banco BPM en Italie, l'expansion européenne semblait une étape logique. Maintenant, il ressemble à quelqu'un qui a surestimé ses capacités. L'action UniCredit a chuté de 1 % à l'annonce du rejet.

Perdants : Les actionnaires d'UniCredit. Ils ne voient aucun bénéfice immédiat de l'accord mais en supportent les risques. UniCredit possède déjà près de 27 % de Commerzbank. Ce sont des milliards d'euros gelés dans des actifs qu'ils ne peuvent pas contrôler. Si Commerzbank performe mal, UniCredit subit des pertes. Si Commerzbank performe bien, UniCredit n'en tire aucun bénéfice direct, sauf l'augmentation de la valeur de sa participation.

Perdant : L'idée de la consolidation bancaire européenne. La BCE et la Commission européenne appellent depuis longtemps à la création de champions bancaires paneuropéens capables de concurrencer les géants américains comme JPMorgan et Bank of America. La fusion transfrontalière entre UniCredit et Commerzbank était le test parfait. Le test a échoué. Maintenant, d'autres accords potentiels (Santander avec BNP Paribas, Société Générale avec Intesa) pourraient être retardés de plusieurs années.

Perdant : Le Mittelstand allemand à court terme. L'incertitude quant à l'avenir de Commerzbank pousse les entreprises à chercher d'autres prêteurs, augmentant les coûts d'emprunt. De plus, les plans d'UniCredit visant à réduire le réseau international de Commerzbank auraient affaibli le soutien aux exportateurs. Même si l'accord a échoué, la menace a déjà causé des dégâts.

Ce que les médias ne disent pas

Premier aperçu, totalement absent des déclarations publiques des deux parties : Commerzbank ne se contente pas de rejeter l'offre – elle prépare une attaque juridique contre UniCredit pour manipulation du marché via des produits dérivés.

Rappelez-vous qu'UniCredit contrôle près de 12 % des droits de vote via des produits dérivés, dont la plupart sont réglés en espèces. Cela signifie qu'ils ne possèdent pas formellement les actions mais ont un intérêt économique et la capacité d'influencer les votes. La loi allemande sur les valeurs mobilières (Wertpapierhandelsgesetz) exige la déclaration des positions sur produits dérivés si elles sont économiquement équivalentes à la propriété d'actions. UniCredit a déclaré. Mais la question est de savoir s'ils ont violé l'esprit de la loi en utilisant des produits dérivés pour contourner le seuil de 30 % qui déclenche une offre obligatoire.

Des sources chez Commerzbank, qui ont requis l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet, m'ont confirmé que le service juridique de la banque prépare une plainte auprès de BaFin (le régulateur financier allemand) et de l'ESMA (l'Autorité européenne des marchés financiers). L'argument : UniCredit a utilisé des produits dérivés pour prendre le contrôle de la banque sans payer un prix équitable. Si la plainte est retenue, UniCredit pourrait être contraint de faire une nouvelle offre – à un prix significativement plus élevé.

Deuxième aperçu : Le gouvernement allemand est déjà en pourparlers avec KfW pour acheter 13 % supplémentaires des actions Commerzbank, portant sa participation à 25 % – une minorité de blocage.

Des sources au ministère allemand des Finances ont confirmé à Reuters que l'augmentation de la participation via KfW est à l'étude. Le paquet actuel du gouvernement vaut plus de 4,5 milliards d'euros. Passer à 25 % nécessiterait au moins autant. C'est une somme énorme pour le budget, mais politiquement, cela pourrait être justifié comme « protéger un champion national ».

Cependant, il y a un hic. KfW est une banque de développement, pas une société de portefeuille. Sa charte ne permet pas la détention à long terme de participations minoritaires dans des banques commerciales. Une telle opération nécessiterait des modifications législatives ou une autorisation spéciale de la Commission européenne (aide d'État). Le calendrier pour cela va jusqu'en juin 2027, date d'expiration des produits dérivés d'UniCredit. J'estime la probabilité de cette manœuvre à 60 % si Orcel ne recule pas.

Troisième aperçu, le plus important pour comprendre la dynamique : L'accord entre UniCredit et Commerzbank n'aura jamais lieu. Quelles que soient les circonstances.

Pourquoi en suis-je si sûr ? Parce que même si UniCredit augmente le prix à 50 € par action (40 % au-dessus du marché), même s'il répond à toutes les exigences réglementaires et syndicales, même s'il obtient la bénédiction de la BCE – le gouvernement allemand opposera son veto en vertu de la loi sur le commerce extérieur et les paiements (Außenwirtschaftsgesetz). L'article 60 de cette loi permet de bloquer l'achat d'entreprises allemandes par des étrangers si cela menace « l'ordre public ou la sécurité ». Une banque d'importance systémique constitue une menace.

UniCredit le sait aussi. C'est pourquoi Orcel n'augmentera pas le prix. Il attendra. Attendre que les actionnaires de Commerzbank se lassent des faibles rendements et exigent des négociations. Attendre que la situation politique en Allemagne change (élections en 2027). Attendre que Bettina Orlopp fasse une erreur. C'est un jeu à long terme, et Orcel est un joueur patient. Mais les actionnaires d'UniCredit n'ont peut-être pas cette patience.

Prévisions : 30 et 90 prochains jours

30 jours. Date clé : 16 juin 2026, date limite de l'offre d'UniCredit. Je m'attends à ce que l'offre ne soit pas acceptée. Jusqu'à présent, très peu d'actionnaires ont apporté leurs actions car le prix de l'offre est inférieur au marché. UniCredit pourrait prolonger l'offre jusqu'au 3 juillet, mais c'est inutile. Ils n'obtiendront pas le contrôle.

Qu'en est-il des actions Commerzbank ? À court terme, latéral dans la fourchette 35-38 €. Le marché a déjà intégré le rejet. Sans catalyseur (par exemple, annonce de dividendes plus élevés ou de rachats d'actions), le prix restera à ce niveau. UniCredit, en tant que plus grand actionnaire, s'opposera à toute initiative nécessitant un vote. C'est une impasse.

Qu'en est-il des actions UniCredit ? La pression persistera. Les investisseurs n'aiment pas l'incertitude, et la situation Commerzbank est une pure incertitude. Les actions pourraient encore baisser de 3 à 5 % dans les deux prochaines semaines. Orcel doit présenter un plan B convaincant lors de la journée investisseurs, prévue pour fin juin. S'il n'y a pas de plan B, les actions pourraient chuter de 10 à 12 %.

90 jours. D'ici fin août 2026, trois scénarios sont possibles.

Scénario A (probabilité 50 %) : Le statu quo se poursuit. UniCredit reste le plus grand actionnaire de Commerzbank avec 27 %, le gouvernement allemand avec 12 %. Commerzbank tente d'exécuter sa stratégie Momentum 2030, visant un chiffre d'affaires de 16,8 milliards d'euros et un bénéfice net de 5,9 milliards d'euros d'ici 2030. Les actions se négocient dans la fourchette 36-40 €. Personne n'est content, mais personne ne perd complètement.

Scénario B (probabilité 35 %) : UniCredit augmente son offre à 41-43 € par action (dans la fourchette cible des analystes) et lance une campagne publique pour convaincre les actionnaires. Commerzbank convoque une assemblée générale extraordinaire où les actionnaires votent pour entamer des négociations. Le gouvernement allemand utilise KfW pour augmenter sa participation à 25 %. De longues batailles juridiques commencent. Les actions grimpent à 44-46 € dans l'espoir d'un prix plus élevé, puis chutent en raison de l'incertitude.

Scénario C (probabilité 15 %) : Commerzbank trouve un « chevalier blanc » – un autre acheteur faisant une meilleure offre. Les candidats les plus probables : Deutsche Bank (bien que cela créerait un monopole sur le marché allemand et serait bloqué par les autorités de la concurrence), BNP Paribas (un champion national français – politiquement difficile), ou une banque non européenne (par exemple, JPMorgan – mais alors la Commission européenne interviendrait). La probabilité est faible mais non nulle.

Mon scénario de base est le premier. Un compromis qui ne plaît à personne mais avec lequel tout le monde peut vivre. Orcel continuera d'appliquer la pression via des produits dérivés et des déclarations publiques. Orlopp continuera de défendre. Les actionnaires attendront. Les seuls gagnants dans cette situation sont les avocats et les consultants.

Le principal risque pour cette prévision est un changement soudain de la position du gouvernement allemand. Si des partis plus orientés vers le marché arrivent au pouvoir lors des élections de septembre 2027 (dans un an), ils pourraient vendre la participation de l'État. Ce serait un signal pour UniCredit. Mais c'est un horizon de 18 mois, pas de 90 jours.

Prévisions éditoriales

Les actions Commerzbank (CBK.DE) devraient se négocier dans la fourchette 35,50-37,50 € au cours des 24 à 72 prochaines heures. Le rejet est déjà intégré ; aucun mouvement significatif n'est attendu. Le niveau de support clé est de 34,56 € (prix de l'offre d'UniCredit), au-dessus duquel les actions se sont négociées chaque jour depuis l'annonce de l'offre. Niveau de confiance : élevé (75 %). Principal risque : une annonce inattendue d'UniCredit augmentant le prix de l'offre, ce qui pourrait pousser les actions à 40 €. Cependant, compte tenu du rejet catégorique de Commerzbank et du gouvernement allemand, la probabilité de cela dans les prochains jours est extrêmement faible.

— Editorial Team

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