Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, met en garde contre des risques d’inflation persistants
La représentante de la BCE, Isabel Schnabel, a déclaré que les risques d’inflation restent orientés à la hausse, malgré le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, renforçant les attentes de nouvelles hausses de taux pour atteindre l’objectif de 2 %.
Schnabel contre le marché : pourquoi la BCE continuera de resserrer sa politique même si le pétrole s’effondre
Un regard d’initié : le signal faucon caché derrière l’accord de paix, et pourquoi les taux augmenteront quoi qu’il arrive aux prix de l’énergie
L’essentiel : ce qui se passe vraiment
Alors que la plupart des analystes et des traders se réjouissaient de la baisse des prix du pétrole après le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a douché les attentes du marché lors du Dialogue d’été de Petersberg le 27 juin 2026. Son message était on ne peut plus clair : la baisse des prix de l’énergie n’est pas une raison pour baisser la garde, et de nouvelles hausses de taux sont inévitables pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 %.
Cette déclaration modifie fondamentalement la perception du marché. Quelques jours seulement avant le discours de Schnabel, les marchés avaient pour la première fois depuis avril cessé d’anticiper une probabilité de 100 % d’une nouvelle hausse des taux de la BCE d’ici la fin de l’année. Les traders supposaient que la paix au Moyen-Orient résolvait le problème de l’inflation. Schnabel leur a essentiellement dit : « Vous avez tort. »
Le véritable fond de son discours ne se limite pas à une rhétorique faucon. C’est un signal du Conseil des gouverneurs indiquant que la décision du 11 juin d’augmenter les taux de 0,25 point de pourcentage à 2,25 % n’était pas une mesure isolée, mais le début d’un cycle. Elle l’a effectivement confirmé dans une interview accordée à Die Zeit, déclarant que « du point de vue actuel, de nouvelles hausses des taux d’intérêt sont nécessaires pour ramener l’inflation à l’objectif à moyen terme de 2 % ». Notez le terme : non pas « possibles », mais « nécessaires ».
Pourquoi est-ce important ? Parce que Schnabel est considérée comme le membre le plus « faucon » du Conseil des gouverneurs de la BCE. Mais ses déclarations publiques sont toujours soigneusement calibrées et s’écartent rarement de la position collective de la direction. Quand Schnabel parle de la nécessité de nouvelles hausses, ce n’est pas une opinion personnelle — c’est un signal indirect de l’ensemble de la BCE.
Chronologie et contexte
Pour comprendre le poids des déclarations de Schnabel, il faut reconstituer la chronologie complète des événements récents.
Le 15 juin 2026, les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord de paix, mettant fin à un conflit militaire qui avait duré plus de 100 jours. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du commerce pétrolier mondial, a commencé à rouvrir progressivement. Le prix du pétrole brut Brent s’est effondré, passant de sommets supérieurs à 120 dollars le baril à un plus bas de trois mois d’environ 78 dollars le baril.
| Événement | Date | Importance |
|---|---|---|
| Début du conflit États-Unis-Iran | Mars 2026 | Fermeture du détroit d’Ormuz, Brent > 120 $ |
| Accord de paix | 15 juin 2026 | Début d’une phase de négociation de 60 jours, réouverture du détroit |
| Chute du Brent | 18 juin 2026 | 77,41 $ le baril (-2,69 % en un jour), plus bas depuis le 2 mars |
| Réunion de la BCE, hausse des taux | 11 juin 2026 | Taux de dépôt à 2,25 %, première hausse depuis 2023 |
| Discours de Schnabel | 27 juin 2026 | Signal de nouvelles hausses malgré la baisse du pétrole |
| Prévisions d’inflation de la zone euro (juin) | Prévues le 1er juillet 2026 | Globale 3,0 %, sous-jacente 2,6 % |
Point clé : La BCE a relevé ses taux le 11 juin — avant la signature de l’accord de paix. Mais Schnabel, dans une interview au Die Zeit publiée le 19 juin, avait déjà déclaré que la décision était « correcte dans tous les scénarios envisagés, y compris le scénario plus modéré d’une normalisation rapide des prix du pétrole ». Cela signifie que la BCE a pris sa décision en sachant qu’un accord de paix était possible et a tout de même procédé à la hausse.
Schnabel a également souligné un facteur fondamental que les marchés ignorent : même si le détroit d’Ormuz rouvre, les prix de l’énergie resteront nettement supérieurs aux niveaux d’avant-guerre. La reprise du transport maritime sera progressive. Les réserves stratégiques de pétrole, épuisées pendant la guerre, doivent être reconstituées. Le stockage de gaz en Europe est presque vide et doit être rempli avant l’hiver. Les primes d’assurance pour le transport maritime dans la région pourraient rester élevées de manière permanente.
Gagnants et perdants
À première vue, une hausse des taux est une victoire pour l’euro et pour les banques disposant d’importants dépôts. Mais la répartition réelle des gains et des pertes est bien plus complexe.
Le plus grand bénéficiaire de la décision de Schnabel et de la BCE est le secteur des assurances et des fonds de pension allemands. Ils ont souffert pendant des décennies de taux négatifs et proches de zéro qui ont détruit leurs modèles d’affaires. Pour eux, chaque point de hausse des taux est un retour à la normale. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement allemand est l’un des principaux partisans d’une politique monétaire restrictive, même au prix d’un ralentissement économique.
Les ménages créditeurs en Allemagne et aux Pays-Bas y gagnent également. Mais il s’agit d’un groupe restreint d’épargnants âgés qui votent aux élections. Les jeunes familles avec un crédit immobilier en Espagne ou au Portugal sont perdantes, mais leur poids politique est moindre.
Le plus grand perdant est le gouvernement italien et tous les pays fortement endettés. L’Italie a un ratio dette/PIB d’environ 140 %. Chaque hausse de 0,25 point de pourcentage des taux augmente le coût du service de cette dette de plusieurs milliards d’euros. L’écart entre les BTP italiens et les Bunds allemands a déjà commencé à se creuser après la déclaration de Schnabel, et cela ne fera que s’intensifier.
Le deuxième grand perdant est le secteur manufacturier européen, en particulier l’industrie chimique allemande. BASF et d’autres géants délocalisent déjà leur production vers les États-Unis et la Chine en raison des coûts énergétiques élevés. Les hausses de taux ne font que renforcer cette tendance, rendant les investissements en Europe plus coûteux. Dans sa présentation, Schnabel a reconnu que les producteurs répercutent la hausse des coûts sur les consommateurs, notamment dans le secteur manufacturier. Cela signifie que l’inflation persistera en raison de changements structurels, et non de chocs temporaires.
Un gagnant inattendu est la Chine. Dans son discours, Schnabel a noté que la croissance de la zone euro est soutenue par les investissements dans l’IA et le boom mondial de ce secteur. La Chine est un bénéficiaire clé de ce boom. Parallèlement, la baisse du pétrole réduit les coûts de production en Chine. Les exportations européennes deviennent plus chères en raison d’un euro plus fort (s’il se renforce grâce aux hausses de taux), ce qui donne à la Chine un avantage concurrentiel.
Ce que les médias ne disent pas
Les médias se concentrent sur la rhétorique « faucon » de Schnabel. Mais trois éléments restent dans l’ombre.
Élément n°1 : Schnabel protège en réalité la BCE de son propre succès. Si l’inflation commence à chuter fortement grâce au pétrole bon marché, la BCE se retrouvera piégée : augmenter les taux trop tard et les baisser trop vite nuirait à la confiance dans l’institution. Schnabel adopte une « orientation faucon » préventive pour donner à la BCE une marge de manœuvre. Si l’inflation tombe vraiment à 2 %, ils peuvent s’arrêter. Sinon, ils disposent d’une justification publique pour agir. C’est une gestion classique des risques par une banque centrale.
Élément n°2 : La BCE craint moins l’inflation que la désinflation de la confiance. Schnabel a directement souligné que « les anticipations d’inflation des consommateurs ont augmenté ». C’est un signal d’alarme. Si les gens croient à une inflation élevée, ils modifient leur comportement — en exigeant des hausses de salaires, en stockant des biens, en déplaçant leur argent vers des actifs réels. La BCE est prête à accepter un ralentissement économique pour éviter une spirale inflationniste comme dans les années 1970. Parallèlement, Schnabel a reconnu qu’il n’y avait pas de « signes d’accélération de la croissance des salaires ». Mais la BCE n’attend pas — c’est une frappe préventive.
Élément n°3 : Les marchés financiers sous-estiment le risque que la BCE elle-même crée. Dans sa présentation, Schnabel a spécifiquement mis en garde contre « des risques croissants pour la stabilité financière en raison de valorisations gonflées des actifs risqués et d’un effet de levier accru ». C’est un aveu voilé : la BCE sait que le resserrement de la politique monétaire pourrait déclencher une correction du marché. Mais elle est prête à l’accepter. Elle estime que le risque d’inflation est plus grave que le risque d’un krach boursier. C’est un signal crucial pour les investisseurs : la BCE ne renflouera pas les marchés s’ils s’effondrent en raison de la hausse des taux.
Prévisions : 30 et 90 prochains jours
30 prochains jours (juillet 2026) : Le 1er juillet, les données d’inflation de la zone euro pour juin seront publiées. Prévisions : globale 3,0 % (en baisse par rapport à 3,2 %), sous-jacente 2,6 % (inchangée). Si l’inflation sous-jacente dépasse 2,6 %, la BCE aura un mandat direct pour une nouvelle hausse en septembre. Si elle est inférieure, Schnabel pourrait adoucir sa rhétorique, mais il est peu probable qu’elle abandonne le signal sur la nécessité d’agir. Le facteur clé en juillet est la vitesse de reprise du transport maritime via le détroit d’Ormuz. Si le trafic revient à 70-90 % des niveaux normaux d’ici fin juillet (comme le suppose Goldman Sachs), le pétrole pourrait se stabiliser autour de 75-80 dollars. Mais même dans ce scénario, les prix resteront environ 20 dollars le baril au-dessus des niveaux d’avant-guerre.
90 jours (septembre-octobre 2026) : La réunion de la BCE en septembre sera cruciale. Les marchés anticipent actuellement une probabilité d’environ 50 % d’une nouvelle hausse. J’estime cette probabilité plus élevée — autour de 65-70 %, si l’inflation sous-jacente reste à 2,5 % ou plus. La raison : Schnabel et ses partisans pousseront à agir jusqu’à ce qu’ils voient une baisse durable de l’inflation sous-jacente vers l’objectif de 2 %. Même si l’économie de la zone euro affiche une croissance nulle ou une légère contraction, la BCE préférera probablement le risque de récession au risque d’une spirale inflationniste. C’est un choix douloureux mais conscient.
Les prévisions à long terme de Goldman Sachs pour le pétrole brut Brent en 2027 sont de 75 dollars le baril. Cela signifie que d’ici fin 2026, la BCE aura de moins en moins de justifications pour maintenir des taux élevés. Mais jusqu’en septembre-octobre 2026, l’inflation restera le principal moteur de la politique monétaire. Le taux pourrait atteindre 2,50 % d’ici la fin de l’année si les données se détériorent.
Prévisions éditoriales
Dans les 72 heures suivant le discours de Schnabel, la paire EUR/USD bénéficiera d’un soutien à court terme, mais les gains seront limités par la résistance à 1,1050 en raison de l’écart de taux persistant avec la Fed. Niveaux clés : support à 1,0850, résistance à 1,1020-1,1050. La confiance est modérée ; le principal risque est un affaiblissement inattendu des données d’inflation de la zone euro le 1er juillet ou une escalade des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine qui pourrait modifier l’appétit pour le risque mondial. Il s’agit d’une opinion éditoriale, et non d’un conseil en investissement.
— Editorial Team