# L'Ukraine bat un record d'exportation de poulet, mais encaisse moins : que signifie-t-il pour le marché mondial ?
En mars, l'Ukraine a exporté 43 500 tonnes de poulet, un record en quatre ans et le plus haut niveau enregistré depuis janvier 2022. Pourtant, les recettes ont chuté de près de 4 %. Pourquoi une hausse des volumes de viande se traduit-elle par moins d'argent, et quel impact cela aura-t-il sur vos courses ? Analyse.
Pourquoi ce record n'est pas si joyeux ?
Imaginez : vous vendez deux fois plus de pommes, mais à un prix trois fois inférieur. Votre chiffre d'affaires baissera, même si les volumes augmentent. C'est exactement ce qui s'est produit avec le poulet ukrainien. En mars, les livraisons ont progressé de 5,3 % par rapport à février, mais les cours mondiaux ont plongé à 1,96 dollar le kilogramme. De fait, les recettes en dollars se sont contractées à 85 millions de dollars.
Cela rappelle le marché des fruits : quand la récolte est abondante, les prix chutent et les agriculteurs gagnent moins, malgré des ventes records. Pour l'Ukraine, dont l'économie est fortement tributaire de l'agriculture, ces fluctuations constituent un signal d'alarme sérieux. L'agro-exportation représente aujourd'hui l'une des principales sources de revenus du pays en pleine guerre.
Qui achète le poulet ukrainien ?
Principaux acheteurs au premier trimestre 2026 :
- Pays-Bas (18,9 % du total des exportations)
- Royaume-Uni (12,4 %)
- Slovaquie (10,1 %)
- Émirats arabes unis (7,9 %)
L'Union européenne dans son ensemble a absorbé 35,8 % du volume, mais a généré 46,4 % des recettes. C'est comme vendre le même produit dans deux magasins différents : dans l'un, il est moins cher mais s'écoule davantage, dans l'autre, il est plus cher mais les volumes sont plus faibles. Pour les éleveurs avicoles, l'Europe reste le marché le plus rentable, les prix y étant plus élevés qu'ailleurs.
De nouveaux marchés et problèmes persistants
L'Ukraine élargit activement sa géographie d'exportation. La Moldavie vient récemment de rouvrir ses frontières à un producteur ukrainien disposant déjà d'une autorisation d'exportation vers l'UE. Le Sultanat d'Oman a, quant à lui, entamé ses premières importations de poulet ukrainien. Au total, 22 entreprises ukrainiennes ont obtenu l'autorisation d'exporter vers l'Union européenne, dont 12 spécialisées dans l'élevage avicole.
Ces démarches sont cruciales non seulement pour l'Ukraine. Lorsque de nouveaux pays intègrent les chaînes d'approvisionnement mondiales, cela influence les prix à l'échelle internationale. Par exemple, si l'Oman commence à importer davantage de poulet d'Ukraine, les éleveurs d'autres régions pourraient devoir baisser leurs tarifs pour rester compétitifs.
Les points clés
- Le poulet ukrainien retrouve des volumes d'exportation records, mais la chute des cours mondiaux pèse sur les recettes.
- L'Europe demeure le marché le plus rentable : moins de volume, mais plus de marge.
- L'Ukraine étend son rayonnement : ouverture vers l'Oman, retour en Moldavie.
- La croissance des exportations témoigne de l'adaptation du secteur agricole à la guerre, tout en restant tributaire des cours internationaux.
Qu'en est-il pour le grand public ?
Si vous résidez en Europe, au Royaume-Uni ou aux Émirats arabes unis, il est possible que le poulet ukrainien envahisse bientôt les linéaires des supermarchés, potentiellement à des prix plus bas. Pour les agriculteurs ukrainiens, il s'agit de bonnes ventes, mais la faiblesse des prix grève leurs revenus. À l'échelle mondiale, ces chiffres rappellent une réalité fondamentale : le coût des denrées alimentaires dépend des flux d'approvisionnement internationaux. Lorsqu'une région accroît ses exportations, cela peut rendre la nourriture plus accessible partout ailleurs.
— Editorial Team