Le nouveau guide iranien Khamenei appelle les États du Golfe à ne pas coopérer avec les États-Unis
Dans son message, Mojtaba Khamenei a déclaré que les États de la région ne serviront plus de bouclier pour les bases militaires américaines. Il a souligné que l'influence des États-Unis au Moyen-Orient décline irrémédiablement et a appelé les pays musulmans à renforcer leur coopération.
Gros titre : Le message de Khamenei : pourquoi les marchés ne croient plus au « bouclier du Golfe »
Chers collègues, pendant que les chaînes d'information reprennent les menaces de Mojtaba Khamenei contre les États-Unis, moi, je regarde la réaction des marchés. Et elle parle plus fort que n'importe quel mot du dirigeant iranien. La déclaration selon laquelle les pays du Golfe ne seront plus un « bouclier » pour les bases américaines n'est pas une nouveauté. C'est un constat que les traders de pétrole et les entrepreneurs de défense avaient déjà intégré il y a trois semaines.
Décortiquons ce qui se cache derrière la rhétorique, pourquoi l'Arabie saoudite a déjà fait son choix, et comment ce changement redessine la carte logistique du Moyen-Orient.
[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment
Khamenei a déclaré que « les aiguilles du temps ne peuvent pas revenir en arrière » et que les États-Unis « s'éloignent chaque jour un peu plus de leur statut antérieur ». Ce n'est pas qu'une menace. C'est la légitimation d'un nouvel ordre dans lequel l'Iran revendique le rôle de garant unique de la sécurité dans le détroit.
La phrase clé que les marchés ont déjà intégrée : « Washington n'a plus de refuge sûr pour accueillir des bases militaires. »
Qu'est-ce que cela signifie pour la logistique ? Les installations militaires américaines au Qatar (base aérienne d'Al Udeid), à Bahreïn (5e flotte américaine), aux Émirats arabes unis (base aérienne d'Al Dhafra) et au Koweït (Camp Arifjan) sont désormais officiellement menacées. L'Iran ne peut pas les détruire – il n'en a pas la capacité militaire. Mais il peut les rendre politiquement toxiques pour les monarchies locales.
Chronologie et contexte
La déclaration de Khamenei est une réaction à une série de frappes américaines les 25 et 26 mai contre des lanceurs de missiles iraniens et des navires mouilleurs de mines. Mais le contexte est plus large.
- 8 avril 2026 — Une trêve fragile entre les États-Unis et l'Iran. Elle tient grâce à un gentlemen's agreement et à la médiation du Pakistan et du Qatar.
- 25 mai 2026 — Les États-Unis frappent le sud de l'Iran. Le Pentagone parle de « légitime défense ». L'Iran y voit une violation de la trêve.
- 26 mai 2026 — Khamenei publie son message. Il n'est pas apparu en public depuis son entrée en fonction en mars (après la mort de son père Ali Khamenei lors de frappes américaines et israéliennes). Toutes ses déclarations sont diffusées via Telegram ou la télévision d'État – cela crée une aura de mystère et cache peut-être son état de santé réel.
- 27-28 mai 2026 — Les prix du pétrole chutent de 4 à 5 % malgré les menaces. Le Brent tombe à 92,25 $.
Qu'est-ce qui est important ici ? Le marché n'a pas cru à l'escalade. Pourquoi ? Parce que la déclaration de Khamenei a coïncidé avec deux autres événements qu'il n'a pas mentionnés.
Qui gagne et qui perd
Gagnants : Le Qatar et Oman. Pourquoi ? Parce que Khamenei a appelé « les pays musulmans de la région à renforcer leur coopération ». C'est un signal direct à Doha et Mascate : « vous devenez les principaux médiateurs ». Le Qatar a déjà démenti les rumeurs de « 12 milliards de dollars » pour l'Iran, mais cela ne fait que confirmer que les négociations passent par Doha. Oman, selon les médias iraniens, gérera conjointement avec l'Iran le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz après l'accord.
Gagnants (perspective non évidente) : Les diplomates russes et chinois. La déclaration de Khamenei selon laquelle les États-Unis « s'éloignent de leur statut » est une rhétorique que Pékin et Moscou promeuvent depuis des années. Pour eux, le « retrait » américain du Moyen-Orient est une occasion d'accroître leur influence via le Conseil de sécurité de l'ONU et des contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
Gagnants (encore moins évidents) : La Turquie. Erdogan renforce ses liens avec l'Iran depuis des mois, malgré des divergences sur la Syrie. Si les États-Unis perdent leur « refuge sûr » dans le Golfe, la Turquie devient un garant alternatif pour les monarchies sunnites. Cela pourrait déboucher sur de nouveaux contrats pour les drones turcs (Bayraktar) au lieu des drones américains.
Perdants : L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Ils sont pris entre le marteau et l'enclume : Khamenei dit publiquement qu'ils ne sont plus un « bouclier » pour les États-Unis. S'ils gardent les bases américaines, l'Iran les considérera comme des cibles légitimes. S'ils demandent aux États-Unis de partir, ils perdent la protection contre l'Iran. C'est le dilemme classique de « l'allié abandonné ».
Perdants : Les entrepreneurs américains de la défense (Lockheed Martin, RTX) basés dans la région. Toute instabilité dans les bases signifie des renégociations de contrats pour la maintenance et le stationnement. Les actions de Lockheed, qui avaient grimpé sur la rhétorique de guerre en avril, stagnent depuis 10 jours – le marché intègre le risque d'un retrait du Qatar et de Bahreïn.
Ce que les médias ne disent pas
Voici mon principal éclairage. Ce qui n'apparaîtra pas dans les gros titres de CNN mais qui est déjà discuté à Riyad.
La déclaration de Khamenei sur les « boucliers » est la version publique. En coulisses, l'Iran a déjà conclu des accords séparés avec le Qatar et Oman qui rendent cette menace creuse.
L'Iran ne peut pas expulser les États-Unis de la région. Mais il peut négocier avec les élites locales pour que les bases américaines restent mais soient « neutralisées » – c'est-à-dire qu'elles ne seront pas utilisées pour des frappes contre l'Iran en échange de quoi l'Iran ne ciblera pas ces bases et n'interférera pas avec leur navigation nationale.
Confirmations indirectes :
- Le Qatar dément les « 12 milliards de dollars » – mais ne dément pas le fait des négociations. Le démenti a été trop rapide et trop catégorique (« pure invention »). C'est souvent le signe que le montant réel ou les conditions étaient différents.
- Oman devient coordinateur maritime – selon les médias iraniens et confirmé par ADNOC, Oman gérera le détroit conjointement avec l'Iran. Oman est un médiateur traditionnel entre les États-Unis et l'Iran. Les canaux officieux passent par lui.
- Retrait de porte-avions – Le député iranien Azizi a affirmé que deux porte-avions américains (USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford) et 9 000 soldats américains quittent la région. Les États-Unis n'ont pas commenté. Si c'est vrai, le « bouclier » s'amincit non pas à cause des menaces de l'Iran mais d'un redéploiement réel des forces.
Conclusion : Khamenei parle pour les audiences nationales et l'aile radicale des Gardiens de la révolution. Ce qui importe pour les marchés, c'est ce qu'il n'a pas fait. Il n'a pas déclaré le djihad. Il n'a pas ordonné un blocus du détroit. Il a simplement décrit une nouvelle réalité où les pays du Golfe navigueront entre les États-Unis et l'Iran, sans être le « bouclier » de personne.
Prévisions : 30 jours et 90 jours
30 jours (d'ici fin juin 2026) :
- Les pourparlers à Doha se poursuivent malgré la rhétorique. La question principale n'est pas « les États-Unis vont-ils partir ? » mais « quelles seront les règles de navigation ? ». Attendez-vous à une annonce d'un accord de « gestion conjointe du détroit » impliquant Oman et peut-être le Qatar.
- Le pétrole Brent restera dans la fourchette 90-95 $, mais la volatilité diminuera. Les marchés s'habitueront aux menaces de Khamenei et cesseront d'y réagir (comme ils ont cessé de réagir aux tirs de missiles).
- Les actions des entreprises logistiques qataries et omanaises (si vous y avez accès) augmenteront de 5 à 8 %. Elles deviennent la « porte d'entrée du Golfe ».
90 jours (d'ici fin août 2026) :
- Les États-Unis retireront partiellement leurs forces du Qatar et de Bahreïn, les redéployant vers Oman (qui reste un « neutre amical ») et vers des porte-avions dans l'océan Indien. Cela sera présenté comme une « optimisation », non un repli.
- L'Iran obtiendra un dégel partiel de ses avoirs (pas 10 milliards de dollars, mais moins – 4 à 5 milliards) et la levée du blocus naval en échange du gel de son programme nucléaire pendant 6 mois.
- Les marchés boursiers régionaux (Arabie saoudite, Émirats arabes unis) augmenteront de 3 à 5 % car la menace d'un conflit direct diminue et les revenus pétroliers restent stables.
Mais il existe un risque de scénario dur. Si Khamenei (qui n'est jamais apparu en public) meurt ou est jugé incapable, la lutte pour le pouvoir à Téhéran pourrait conduire à une véritable escalade. L'aile radicale des Gardiens de la révolution pourrait provoquer un incident pour venger la mort du père de Khamenei (Ali Khamenei, tué le 28 février 2026 lors de frappes américaines et israéliennes). Probabilité : 15-20 %. Dans ce cas, le pétrole monterait à plus de 110 $.
Prévisions éditoriales
Actif : Pétrole brut Brent — stable avec tendance à la baisse dans les 24 à 72 prochaines heures. Niveau actuel : 92,50 $. Fourchette : 91,00 $ - 94,00 $. Niveau de confiance : moyen (60 %). Risque principal : une nouvelle soudaine d'un retrait effectif des troupes américaines du Qatar (pas seulement les déclarations de Khamenei) ferait monter le pétrole de 3 à 5 $, car les investisseurs verraient le « bouclier » disparaître réellement. Surveillez les déclarations officielles du Pentagone, pas Paydar. La rhétorique de Khamenei est déjà intégrée ; les actions réelles, non.
— Editorial Team