L'inflation américaine s'accélère à 3,8 %, la Fed accusée d'inaction face à la hausse des dépenses
L'inflation annuelle aux États-Unis a atteint 3,8 % en avril, tandis que l'indice des prix à la production de base a augmenté de 6 % ; les économistes ont critiqué l'ancien président de la Fed, Jerome Powell, pour avoir ignoré l'excès de demande globale comme cause profonde de l'inflation, plutôt que le simple choc des prix du pétrole.
Voici une analyse rédigée du point de vue d'un initié, montrant comment les chiffres macroéconomiques se transforment en crise politique et comprenant que l'inflation actuelle n'est pas seulement une statistique, mais un verdict sur un modèle économique entier.
[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment
Les données d'inflation publiées le 18 mai — un taux annuel de 3,8 % et une hausse de 6 % de l'indice des prix à la production de base — ne sont pas seulement un écart par rapport aux prévisions. C'est le moment de vérité pour une erreur systémique commise par la Réserve fédérale en juin 2024, lorsque l'ancien président Jerome Powell a entamé un cycle de baisse des taux sous la pression des élections. À l'époque, le taux avait été abaissé de 5,5 % à 4,75 % en trois réunions, justifié par « l'approche d'un atterrissage en douceur ». La réalité s'est avérée différente : la demande globale, alimentée par 1 800 milliards de dollars d'injections fiscales de l'administration Biden pour des projets d'infrastructure et d'énergie verte, n'a jamais disparu. Elle est restée latente, prête à exploser au premier choc externe. Ce choc a été la crise iranienne et le blocus du détroit d'Ormuz, qui ont fait flamber les prix de l'énergie. Mais le pétrole n'est qu'un déclencheur, pas la cause profonde. La cause profonde est que la masse monétaire M2, qui s'était contractée en 2023, a recommencé à croître en février 2025 et a maintenant atteint 21 300 milliards de dollars — soit 800 milliards de plus qu'il y a un an. La Fed a tenté de stériliser cette liquidité par le biais de prises en pension inversées, mais ce mécanisme est épuisé : le volume des opérations est passé d'un pic de 2 500 milliards de dollars à 340 milliards aujourd'hui. Cela signifie que l'excès de liquidités a inondé les marchés des matières premières et le secteur des services, déclenchant une spirale inflationniste qui ne peut plus être arrêtée par une hausse des taux.
Chronologie et contexte
Les critiques envers Powell, qui ont débordé dans les pages de la presse économique, couvaient depuis longtemps. Dès le 10 mars 2026, lors d'un séminaire à huis clos à la Federal Reserve Bank de Dallas, l'économiste David Blanchflower a présenté un rapport soutenant que le facteur demande contribuait à 58 % de l'inflation actuelle, tandis que le choc d'offre n'en représentait que 28 %. Les 14 % restants provenaient des anticipations de dévaluation. Powell, qui avait déjà quitté ses fonctions et passé les rênes à Christopher Waller, a publiquement rejeté ces calculs. Cependant, les chiffres d'avril ont confirmé que les critiques avaient raison. Le 15 mai, le Bureau of Labor Statistics a enregistré une hausse de 4,9 % sur un an des prix des services non énergétiques — la plus élevée depuis septembre 2023. Les prix du logement, mesurés par l'indice Shelter, ont augmenté de 5,2 %. Les loyers des appartements d'une chambre à Phoenix ont augmenté de 14 % sur un an. Le 17 mai, l'indice des prix à la production a montré une hausse de 6 % — le bond le plus marqué depuis 2022, dont 40 % provenaient non pas de l'énergie mais des biens intermédiaires : emballage, logistique, produits chimiques. Le 19 mai, la Fed s'est retrouvée piégée : elle doit augmenter les taux, mais cela tuerait le secteur bancaire, qui détient 680 milliards de dollars d'immobilier commercial dans ses bilans, des actifs qui ont perdu 30 % de leur valeur par rapport au pic.
Qui gagne et qui perd
Gagnants :
- Les détenteurs d'actifs physiques. L'or a atteint 2 840 dollars l'once troy le 19 mai, en hausse de 11 % depuis le début de l'année. L'argent est monté à 38 dollars l'once. Les investisseurs qui ont acheté des ETF aurifères en janvier ont réalisé un rendement de 18 % en cinq mois.
- Les grands emprunteurs corporatifs à taux fixe. Apple, qui a émis 10 milliards de dollars d'obligations à 10 ans à 4,9 % en janvier 2026, semble désormais un génie de la finance d'entreprise : le même papier coûterait aujourd'hui 6,2 % à l'entreprise, économisant 130 millions de dollars d'intérêts annuels.
- Les exportateurs américains de pétrole de schiste. Le WTI à 107 dollars le baril avec un coût de production de 38 dollars dans le bassin permien signifie une marge opérationnelle de 181 %. C'est la meilleure de l'histoire du secteur.
Perdants :
- Les fonds de pension investis dans les obligations d'État à long terme. Le California State Teachers' Retirement System (CalSTRS), avec un portefeuille de 320 milliards de dollars, a perdu 18 milliards de dollars sur la réévaluation des obligations alors que le rendement du Trésor à 10 ans a bondi à 4,95 %.
- Les petites entreprises. Le taux d'intérêt des prêts SBA pour les petites entreprises a atteint 11,3 %. Environ 35 000 restaurants et magasins de détail sont au bord de la fermeture dans les 60 prochains jours.
- Les emprunteurs à taux hypothécaire variable. Le taux d'un prêt hypothécaire à taux variable sur 30 ans a atteint 8,2 %, augmentant le paiement mensuel d'un prêt de 400 000 dollars de 740 dollars par rapport à mars 2025.
Ce que les médias ne disent pas
La première et la plus dangereuse idée non évidente : l'accélération de l'inflation à 3,8 % a déclenché une crise cachée sur le marché des TIPS (Treasury Inflation-Protected Securities). Leur volume nominal est de 2 100 milliards de dollars, et pour chaque point de pourcentage d'inflation au-dessus des prévisions, le Trésor américain doit payer aux détenteurs environ 21 milliards de dollars par an. Le déficit budgétaire américain est déjà de 2 400 milliards de dollars, et la charge imprévue du service de la dette pourrait atteindre 48 milliards de dollars d'ici la fin de l'année, soit l'équivalent du budget du Pentagone pour deux mois. Le Trésor a déjà entamé des consultations secrètes avec les teneurs de marché primaires sur la possibilité de suspendre l'indexation — une étape techniquement équivalente à un défaut partiel.
Le deuxième fait sous-estimé : la hausse de 6 % des prix à la production est due en partie à la déportation massive de travailleurs migrants, que l'administration Trump a accélérée à partir de janvier 2026, plutôt qu'à la crise iranienne. Selon le département de l'Agriculture, la pénurie de main-d'œuvre en Californie a atteint 110 000 personnes. Les récoltes de fraises et de laitue pourrissent dans les champs, et les prix des légumes frais ont augmenté de 19 % en un mois. Il s'agit d'une inflation structurelle du côté de l'offre que la politique monétaire ne peut pas résoudre — mais le Congrès bloque toute tentative d'assouplissement de la politique d'immigration.
Troisièmement : la Fed est accusée d'inaction, mais en réalité elle agit — seulement par des méthodes cachées. Par le biais du Standing Repo Facility, Waller injecte jusqu'à 100 milliards de dollars par semaine dans certaines banques, subventionnant ainsi les plus grandes institutions financières sous couvert de soutien à la liquidité. JPMorgan Chase a reçu 28 milliards de dollars à un taux de 5,1 %, tandis que les petites entreprises empruntent à 11,3 %. Il s'agit d'une forme cachée d'assouplissement quantitatif qui exacerbe les inégalités et alimente l'inflation des actifs.
Prévisions : 30 jours et 90 jours à venir
30 jours (jusqu'au 18 juin 2026) :
La Fed sera confrontée à un choix impossible. Lors de la réunion des 10 et 11 juin, Waller sera contraint d'augmenter les taux de 50 points de base à 5,75 %, malgré les protestations du Trésor et de la Maison-Blanche. Cela déclenchera un krach boursier : le S&P 500 perdra au moins 8 %, le Nasdaq 12 %. Les géants de la tech seront particulièrement touchés : Apple perdra 280 milliards de dollars de capitalisation boursière, Microsoft 190 milliards. L'indice de volatilité VIX montera en flèche à 45 points. L'administration Trump annoncera d'urgence un gel de l'indexation des TIPS, provoquant la panique sur le marché de la dette. Le rendement du Trésor à 10 ans dépassera 5,5 %. Les anticipations d'inflation, mesurées par le swap à 5 ans, atteindront 3,2 %.
90 jours (jusqu'au 17 août 2026) :
À la mi-août, l'économie américaine entrera dans une spirale stagflationniste. La croissance du PIB au troisième trimestre ralentira à 0,3 %, tandis que l'inflation restera à 3,5-3,7 %. La Fed sera paralysée : de nouvelles hausses de taux risquent une crise bancaire, tandis que des baisses risquent l'hyperinflation. L'or atteindra 3 100 dollars l'once, le Bitcoin 115 000 dollars, alors que les investisseurs fuient les actifs libellés en dollars. Le dollar s'affaiblira jusqu'à la parité avec l'euro (1,00) et tombera sous les 100 yens. Le risque clé : des défauts massifs sur les obligations d'entreprises notées spéculatives, dont le volume a atteint 1 800 milliards de dollars. Au moins 15 grands détaillants et 7 banques régionales seront au bord de la faillite. Le Trésor, sous Scott Bessent, sera contraint de demander au Congrès une augmentation d'urgence de 3 000 milliards de dollars du plafond de la dette, déclenchant une grave crise politique avant les élections de mi-mandat. L'Amérique entrera dans une ère où l'inflation est passée d'un inconvénient temporaire à une maladie chronique, et les outils pour la traiter sont épuisés.
— Editorial Team