La Banque centrale de Russie achète pour 1,2 milliard de roubles de devises dans le cadre de la règle budgétaire
La Banque de Russie a effectué le 18 mai des opérations d'achat de devises étrangères sur l'instrument 'yuan chinois — rouble' avec règlement 'demain' pour un total de 1,2 milliard de roubles afin de mettre en œuvre la règle budgétaire.
Voici une analyse détaillée rédigée du point de vue d'un initié du secteur.
1,2 milliard de yuans : comment la Banque centrale de Russie remodèle discrètement la carte des réserves de change
L'essentiel : ce qui se passe vraiment
L'opération d'achat de devises de la Banque centrale de Russie d'un montant de 1,2 milliard de roubles le 18 mai ressemble à une transaction technique de routine dans le cadre de la règle budgétaire. En réalité, c'est la partie émergée de l'iceberg. Le régulateur ajuste le taux de change, en équilibrant deux objectifs contradictoires : reconstituer le Fonds national de prévoyance en yuans et empêcher un renforcement excessif du rouble dans le contexte de la flambée du pétrole. Le volume net d'achat est de 1,18 milliard de roubles par jour — la différence entre l'achat brut du ministère des Finances (5,8 milliards de roubles) et la vente de contrepartie de la Banque centrale (4,62 milliards de roubles) dans le cadre du miroir des dépenses du FNP. Le marché remarque à peine ce volume car le chiffre d'affaires quotidien de la section des changes de la Bourse de Moscou se chiffre en centaines de milliards de roubles.
La véritable histoire ne porte pas sur le montant mais sur la structure. Le FNP est reconstitué exclusivement en yuans et en or — les devises des pays inamicaux sont exclues des réserves depuis 2025. Chaque rouble dépensé par la Banque centrale pour acheter des yuans réduit le volume libre de monnaie chinoise sur le marché intérieur et accroît la dépendance du rouble vis-à-vis de la balance commerciale avec la Chine.
Chronologie et contexte
La reprise des achats en mai 2026 est le résultat d'une pause de trois mois que le marché a perçue de manière extrêmement ambiguë.
Février 2026 : Le ministère des Finances suspend les opérations sur les devises et l'or sur le marché intérieur. La raison officielle est la faiblesse des prix du pétrole russe due aux décotes liées aux sanctions et au risque d'épuisement du FNP.
28 février 2026 : Fermeture du détroit d'Ormuz après des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran. Le pétrole s'envole, mais le ministère des Finances temporise. Le rouble reste artificiellement surévalué, suscitant les critiques des analystes.
Mars-avril 2026 : Les opérations sont complètement gelées. Le ministère des Finances discute d'un changement du prix de base du pétrole dans la règle budgétaire, mais finalement le ministre Anton Silouanov maintient le seuil à 59 dollars le baril.
8 mai – 4 juin 2026 : Le ministère des Finances reprend les achats avec une vigueur doublée. Le plan inclut les volumes différés de mars et avril, soit 110,3 milliards de roubles par mois ou 5,8 milliards de roubles par jour en achats bruts.
18 mai 2026 : La Banque centrale de Russie achète des yuans pour 1,2 milliard de roubles avec règlement 'demain' — la position nette après miroir.
Qui gagne et qui perd
Gagnants :
- Les exportateurs qui perçoivent des revenus en dollars et en euros. Les achats de yuans par la Banque centrale atténuent la pression sur le rouble. Cela compense partiellement l'effet du pétrole cher qui, compte tenu de la balance courante, créerait un renforcement excessif de la monnaie russe.
- Le ministère des Finances et le budget. Les recettes pétrolières et gazières ont chuté de 38,3 % au premier trimestre 2026 pour atteindre 2 298 milliards de roubles (environ 30,95 milliards de dollars au taux de change de 74,2 roubles pour un dollar). La reprise des achats de yuans signale que le ministère constate une reprise des recettes et commence à reconstituer les réserves.
- La Banque populaire de Chine. La part croissante du yuan dans les réserves russes renforce le statut de la monnaie chinoise en tant qu'ancre régionale. C'est une victoire à long terme pour Pékin dans le projet de dédollarisation.
Perdants :
- Les importateurs d'équipements chinois. La demande de yuans de la Banque centrale réduit l'offre de devises pour les achats commerciaux. À un taux de change de 10,625 roubles pour un yuan, chaque milliard retiré par le régulateur crée une demande supplémentaire qui peut pousser le cours croisé à la hausse.
- Les détenteurs de dépôts en roubles. Le léger affaiblissement du rouble face au yuan nuit au pouvoir d'achat de l'épargne en roubles. Contrairement à l'épargne en dollars, le public n'a pas un accès massif aux instruments libellés en yuans.
Ce que les médias ne disent pas
Information privilégiée n°1 : Le prix réel du pétrole pour le budget n'est plus de 59 dollars.
Officiellement, le seuil de la règle budgétaire reste à 59 dollars le baril. Cependant, le ministère des Finances n'a été contraint de reprendre les achats que lorsque le Brent s'est solidement installé au-dessus de 90 dollars et que le grade russe a commencé à générer des recettes excédentaires avec un décalage de trois mois. Si l'on combine le déficit des recettes pétrolières et gazières du premier trimestre (en baisse de 38,3 % sur un an) avec la croissance des recettes non pétrolières et gazières (en hausse de 10,2 %), il devient clair que la règle budgétaire fonctionne non pas en mode procyclique mais en mode anticrise. Le ministère des Finances achète des devises non pas parce qu'il y a un excédent, mais pour créer un coussin en cas de nouvelle baisse des prix.
Information privilégiée n°2 : L'achat net de 1,18 milliard de roubles est un chiffre sous-estimé.
Alexandre Potavine, analyste chez Finam, a estimé le volume d'achat réel sans miroir à 13 milliards de roubles par jour. La différence entre 13 et 1,18 milliard de roubles correspond au volume caché de devises que la Banque centrale vend depuis le FNP pour couvrir les dépenses courantes. En substance, le ministère des Finances achète et vend simultanément des devises, masquant la dépense réelle des réserves sous couvert de miroir. Cela permet de maintenir le taux de change du rouble en dessous de son niveau fondamentalement justifié.
Information privilégiée n°3 : L'or revient discrètement dans la structure des opérations.
Le ministère des Finances achète non seulement des yuans mais aussi de l'or. Contrairement aux opérations de change, le métal précieux est acquis par l'intermédiaire de structures affiliées, ce qui ne crée pas de pression visible sur le taux de change. La part de l'or dans les réserves augmentera à mesure que les sanctions occidentales rendent la détention de yuans de plus en plus risquée en raison de la menace de sanctions secondaires.
Prévisions : les 30 et 90 prochains jours
Horizon à 30 jours (jusqu'au 18 juin 2026).
Le plan du ministère des Finances est en vigueur jusqu'au 4 juin, après quoi un nouveau volume pour le mois suivant sera annoncé. Étant donné que le Brent oscille autour de 110 dollars le baril et que l'inflation en Russie a ralenti à 3,11 % en janvier-avril, le ministère des Finances aura une marge de manœuvre pour augmenter les achats. Le volume net quotidien projeté pourrait passer à 3-5 milliards de roubles. Le taux de change du dollar, que la Banque centrale a fixé le 19 mai à 72,3497 roubles, devrait évoluer dans la fourchette de 75-77 roubles pour un dollar. Le rouble s'affaiblira également face au yuan — le cours croisé atteindra 11 roubles pour un yuan.
Horizon à 90 jours (jusqu'au 17 août 2026).
D'ici la fin de l'été, l'effet cumulé des opérations commencera à modifier la structure du marché des changes. Si le Brent reste au-dessus de 100 dollars et que les décotes liées aux sanctions sur le pétrole russe se réduisent, l'afflux de devises deviendra stable. Dans ce scénario, la Banque centrale pourrait augmenter les volumes d'achat à 8-10 milliards de roubles par jour en volume brut et 5-6 milliards de roubles en net. Le taux de change du dollar passera à 85 roubles et la part du yuan dans les réserves atteindra un sommet historique. L'analyste Potavine de Finam s'attend à cela vers la fin de l'année.
Le principal risque est un renversement de la tendance pétrolière. Si le conflit au Moyen-Orient est résolu et que le Brent tombe en dessous de 80 dollars, le ministère des Finances repassera aux ventes. Cela entraînerait un net renforcement du rouble et remettrait en cause les recettes budgétaires provenant des droits d'exportation. Quoi qu'il en soit, l'ère du dollar et de l'euro dans les réserves russes est révolue — et chaque opération d'un montant de 1,2 milliard de roubles le confirme.
— Editorial Team