Ferrari : le titre chute de 8,4 % après le dévoilement de sa première voiture électrique, la Luce
Le dévoilement tant attendu de la Ferrari Luce électrique a déçu les investisseurs, provoquant la plus forte chute quotidienne du titre depuis octobre dernier. Les actions du constructeur italien ont été les moins performantes parmi les composantes du Stoxx Europe 600.
Ferrari Luce : comment tuer un mythe en une soirée
Une chute de 8,4 % n'est pas une correction. C'est une déroute. L'action Ferrari a chuté à son plus bas niveau depuis octobre dernier, et le problème ne vient pas des spécifications techniques. La Luce affiche 1 050 chevaux, un 0-100 km/h en 2,5 secondes et une autonomie de 530 km. Des chiffres respectables. Mais investisseurs et fans ont ignoré les specs. Ils ont vu autre chose : une trahison de l'ADN.
Pourquoi le marché a-t-il réagi plus durement qu'à toute crise récente ? Parce que Ferrari ne vend pas du transport, mais du statut et de l'esthétique. Et la Luce, il s'avère, ne correspond ni à l'un ni à l'autre.
[Le cœur du problème] : ce qui se passe vraiment
Le principal problème de la Luce n'est pas la batterie, c'est le design. Pour la première fois de son histoire, Ferrari a fait appel à un gourou extérieur : l'ancien designer en chef d'Apple, Jony Ive, et son studio LoveFrom. Le résultat a été si étranger que même l'ancien président de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo, qui a donné 20 ans à l'entreprise, a déclaré : « J'espère qu'ils enlèveront au moins le cheval cabré de cette voiture. C'est une trahison de l'histoire de Ferrari. »
Aperçu non évident : La chute du titre n'est pas simplement « ils n'ont pas aimé le nouveau modèle ». C'est une crise du modèle d'affaires. Ferrari a vécu pendant des décennies sur la rareté et le contrôle du marché secondaire. La Luce est un hayon-crossover cinq portes de plus de cinq mètres de long. Elle est conçue pour attirer de nouveaux clients de la Silicon Valley et de Chine, mais elle tue « l'exclusivité » pour les anciens. Le marché craint que Ferrari ne se transforme d'un fabricant d'art en un fabricant de véhicules électriques chers mais grand public.
Chronologie et contexte
Le dévoilement a eu lieu le soir du 25 mai à Rome. Le matin du 26 mai, l'action s'est effondrée. Investisseurs et médias ont été unanimes dans leur négativité : AIR Capital a qualifié la Luce de « croisement entre une Honda Accord EV et une Tesla Model 3 ».
Citations les plus notables :
- Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini : « Cela ne ressemble pas à une Ferrari. Que dirait Enzo ? »
- L'analyste d'Oddo BHF, Anthony Dick : « C'est la réaction la plus forte du marché à un design automobile que nous ayons jamais vue. »
Un détail clé que beaucoup ont manqué : Ferrari avait déjà réduit ses plans d'électrification. Avant même le dévoilement de la Luce, l'entreprise a réduit son objectif de part des ventes de véhicules « purement » électriques d'ici 2030 de 40 % à 20 %. En d'autres termes, l'entreprise elle-même ne croit pas au succès. Et le deuxième modèle électrique a été reporté à 2028.
Gagnants et perdants
Perdant n°1 : Ferrari elle-même. Au cours des 12 derniers mois, l'action avait déjà chuté de 31 %. Cet effondrement érode davantage la confiance des investisseurs. Les concessionnaires disent aux analystes d'Evercore ISI qu'il y a une « demande extrêmement faible » pour la Luce un mois avant le lancement des ventes. C'est un désastre pour un modèle sur lequel l'entreprise comptait.
Perdant n°2 : Les fans de la première heure. Ceux qui ont acheté Ferrari pour le V12 et la silhouette emblématique. Ils se sentent trahis. Leur réaction est de se tourner vers le marché secondaire pour les modèles plus anciens, ce qui pourrait faire chuter les prix des classiques (par exemple, la 812 Competizione).
Perdant n°3 : Jony Ive (en termes de réputation). Le créateur de l'iPhone a reçu un tel contrecoup pour un design automobile pour la première fois. Son studio LoveFrom a essayé d'être « disruptif », mais le marché a dit « dégoûtant ».
Gagnant : Les concurrents. Porsche, malgré des ventes de Taycan en ralentissement, et même Lamborghini, qui a complètement annulé son plan de VE, semblent bien plus sensibles en comparaison. Les investisseurs fuient vers les actions Mercedes et BMW, qui n'essaient pas de briser leur identité aussi radicalement.
Ce que les médias ne disent pas
Tout le monde écrit sur le design, mais ils restent silencieux sur le prix et le positionnement.
La Luce démarre à 550 000 €. Cela en fait la voiture de série illimitée la plus chère de la gamme Ferrari. Elle coûte plus cher que la SF90 Stradale haut de gamme. Et c'est un hayon familial cinq places.
Le problème est le segment. Les gens riches achètent des VE pour la ville ou pour l'environnement (Porsche Taycan, Tesla Plaid). Un crossover familial à 640 000 $ est absurde. Pour ce prix, on pourrait acheter deux Rolls-Royce ou trois Lamborghini Urus (bien qu'avec des moteurs thermiques). Ferrari a créé un produit sans public cible : les anciens clients ne l'aiment pas, les nouveaux (riches Chinois) ne veulent pas passer d'une Maybach à un « étrange VE italien ».
Prévisions : 30 et 90 prochains jours
30 jours (jusqu'au 27 juin). La vague de haine va s'atténuer, mais l'action ne se rétablira pas. Les analystes d'Evercore ISI et de Bernstein réviseront leurs notations. Je m'attends à une consolidation à des niveaux 5 à 7 % inférieurs aux prix d'avant le dévoilement. Si les précommandes en Chine et aux États-Unis tombent en dessous de 2 000 unités par an (ce qui est presque certain), la baisse se poursuivra jusqu'à 310-320 € par action (contre environ 330 € actuellement).
90 jours (jusqu'au 27 août). L'aspect le plus dangereux est l'impact sur la marque. Si la Luce échoue dans les ventes, Ferrari devra passer en pertes les coûts de développement de la plateforme (des milliards d'euros). La direction annoncera probablement de nouvelles réductions des plans de VE. Cela déclenchera une nouvelle vague de baisse, montrant que l'entreprise ne sait pas où aller ensuite. Le plafond sera de 300 €, avec un plancher testant le plus bas de février de 269 €.
Prévision éditoriale
Actif : Actions Ferrari (RACE — NYSE / RACE — Milan). Direction : Nouvelle baisse modérée au cours des 24 à 72 prochaines heures de 2 à 3 % suite à la dynamique négative. Niveaux clés : 400 $ (support psychologique au NYSE) ; en cas de rupture, 385 $. Niveau de confiance : Élevé (75 %). Risque principal : Une commande publique inattendue d'un grand investisseur institutionnel ou une série ultra-limitée qui se vend instantanément (par exemple, la version « Assetto Fiorano ») pourrait inverser le sentiment. Surveillez les déclarations officielles de Ferrari depuis Maranello les 28 et 29 mai. Ceci est une opinion éditoriale, pas un conseil en investissement.
— Editorial Team