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Future Circular Collider : le projet de collisionneur de 91 kilomètres du CERN

En mai 2026, le CERN a officiellement approuvé le Future Circular Collider (FCC) de 91 kilomètres comme successeur du Grand collisionneur de hadrons. Le projet de 19 milliards de dollars fait face à un déficit de 4 milliards d'euros et à des risques géopolitiques après la suspension du CEPC chinois. Une décision finale sur le début de la construction est attendue en 2028.

Le CERN a choisi le collisionneur FCC de 91 km : quelle est la suite ?
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Le CERN approuve officiellement le plan du futur collisionneur circulaire de 91 km

L'Organisation européenne pour la recherche nucléaire a annoncé la sélection d'un collisionneur de 91 km comme successeur du Grand collisionneur de hadrons. Le projet, d'un coût d'environ 19 milliards de dollars, vise à étudier le boson de Higgs en détail et à rechercher de nouvelles physiques.


Analyse : Comment le CERN a gagné la course pour l'avenir de la physique grâce à la pause de la Chine, mais fait toujours face à un déficit de 4 milliards de dollars

[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment

Le 22 mai 2026, le CERN a officiellement annoncé que le Future Circular Collider (FCC) de 91 km a été choisi comme successeur officiel du Grand collisionneur de hadrons. À première vue, c'est une décision de routine de la communauté européenne de la physique. En réalité, c'est le résultat d'un hasard géopolitique que le CERN a exploité avec une précision chirurgicale.

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Pourquoi c'est important. Depuis cinq ans, le monde de la physique des hautes énergies est en situation de duopole : l'Europe avec son FCC (91 km, 19 milliards de dollars) et la Chine avec son CEPC (100 km, estimé entre 5 et 7 milliards de dollars). Deux projets concurrents, deux prétendants au titre de « première usine à bosons de Higgs au monde ». Et fin 2025, quelque chose d'inattendu s'est produit : la Chine a mis en pause son CEPC.

La directrice générale du CERN, Fabiola Gianotti, a alors dit ce qui ne se dit habituellement pas en public : « La pause du CEPC est une opportunité pour le CERN. » Dans le langage diplomatique du CERN, cela équivaut à une danse de la victoire. Et maintenant, en mai 2026, avec la mise à jour de la Stratégie européenne pour la physique des particules, le FCC est devenu le seul acteur dans le domaine.

Mais le problème est que la fenêtre politique s'est ouverte, mais les portefeuilles n'ont pas complètement suivi.

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Le projet coûte 15 milliards de francs suisses (environ 19 milliards de dollars) pour la seule première phase — FCC-ee, un collisionneur électron-positon prévu pour le milieu des années 2040. La moitié de cette somme doit provenir des États membres du CERN. L'Union européenne a promis d'envisager 3 milliards d'euros en 2027. Des donateurs privés ont promis 860 millions d'euros (environ 930 millions de dollars) en décembre 2025. Mais même après cela, il reste un déficit d'environ 4 milliards de francs suisses.

Voilà ce que les gros titres ne disent pas : le CERN a gagné la course, mais il n'a pas l'argent pour la dernière ligne droite.


Chronologie et contexte

Architecture technique. Le FCC n'est pas un seul collisionneur mais deux dans le même tunnel :

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  • FCC-ee (électron-positon, années 2040) — fonctionne à des énergies allant jusqu'à 0,365 TeV. Son objectif est de produire et d'étudier les bosons de Higgs avec une précision sans précédent. Les collisions électron-positon fournissent un signal « propre », contrairement aux collisions de protons qui produisent beaucoup de débris.
  • FCC-hh (proton-proton, années 2070) — après la fin du programme FCC-ee, l'équipement sera démantelé et un nouvel accélérateur sera installé, faisant entrer en collision des protons à des énergies allant jusqu'à 100 TeV. C'est 7 fois plus puissant que le LHC actuel. Mais c'est un projet pour vos petits-enfants.

Pourquoi un horizon si lointain ? Le tunnel de 91 km, à une profondeur moyenne de 200 mètres sous la Suisse et la France, nécessitera l'excavation de 9 millions de mètres cubes de roche. Rien que le creusement prendra 5 à 7 ans. Viennent ensuite l'installation des aimants, des cavités radiofréquence supraconductrices, des détecteurs. Le calendrier est serré : la construction commencera en 2030 si le Conseil du CERN prend une décision finale en 2028.

Dates clés :

  • 2020 — La Stratégie européenne pour la physique des particules désigne une « usine à Higgs » comme priorité absolue après le LHC
  • 2025 — Étude de faisabilité achevée avec 1 500 experts
  • Décembre 2025 — La Chine met en pause le CEPC, l'exclut du prochain plan quinquennal
  • 22 mai 2026 — Le CERN approuve officiellement le FCC comme prochain collisionneur
  • 18 mai – 2 octobre 2026 — Consultations publiques en Suisse
  • 2 juin – 1er octobre 2026 — Débats publics en France (CNDP)
  • 2028 — Décision finale du Conseil du CERN sur le début de la construction
  • 2030 — Début de la construction du tunnel
  • 2045-2048 — Première mise en service du FCC-ee

Qui gagne et qui perd

Gagnant n°1 : Le CERN en tant qu'institution. En 2026, cette organisation fête ses 72 ans. Elle a survécu à la guerre froide, aux changements de paradigme technologique et à la découverte du boson de Higgs. Mais après 2040, lorsque le LHC s'arrêtera, le CERN n'aura plus de raison d'être. Le FCC lui donne 50 ans de vie supplémentaires. De plus, ils répètent un modèle qui a fonctionné dans les années 1980 : d'abord ils ont construit le LEP (un collisionneur électron-positon de 27 km), puis ils ont placé le LHC dans le même tunnel. Maintenant, ils passent à l'échelle supérieure avec 91 km.

Gagnant n°2 : Mark Thomson (nouveau directeur général du CERN). Thomson a pris ses fonctions début 2026, succédant à Fabiola Gianotti. Et il a immédiatement reçu le plus grand projet de l'histoire du CERN sur son bureau. S'il réussit à financer et à construire le FCC, il entrera dans l'histoire aux côtés de Rolf-Dieter Heuer (LHC). Sinon, son nom sera associé à un échec.

Gagnant n°3 : Les donateurs privés qui ont déjà promis 860 millions d'euros. Parmi eux, des noms de la liste Forbes — des milliardaires de la tech qui veulent toucher à la « physique fondamentale ». Pour eux, c'est de la philanthropie, des réductions d'impôts et une place dans l'histoire. Mais il y a un hic : leur argent ne représente que 5 % du montant requis. Cela ne sauvera pas le projet si les États refusent de payer.

Perdant : L'Académie chinoise des sciences et le CEPC. La Chine a passé des années à développer la conception technique du CEPC, a publié les rapports techniques finaux en 2025 et a reçu des critiques positives d'experts internationaux. Et en décembre 2025, le projet a été mis en pause. La raison officielle est une « réévaluation des priorités ». Officieusement, le prix est plus élevé que ce que Pékin est prêt à payer dans le climat économique actuel. Wang Yifang, directeur de l'Institut de physique des hautes énergies de l'Académie chinoise des sciences, a déclaré à l'époque : « Nous soumettrons une nouvelle demande en 2030 ; mais si l'Europe lance le FCC avant cela, nous envisagerons de rejoindre le FCC plutôt que de construire le nôtre. » C'est un aveu diplomatique de défaite.

Perdant n°2 : L'Allemagne — le plus grand contributeur annuel du CERN. L'Allemagne soutient le FCC en principe mais a rejeté le mécanisme de financement proposé via le budget de l'UE. Berlin ne veut pas que l'argent européen (dont l'Allemagne est déjà le plus grand contributeur net) aille à un projet qui profite principalement au CERN et à la Suisse. C'est une bataille de portefeuille européenne classique qui ne fera que s'intensifier.

Perdant silencieux : La physique aux États-Unis. Les Américains n'ont pas d'équivalent du FCC. Leur prochain grand projet est l'Electron-Ion Collider à Brookhaven (construction commencée, lancement dans les années 2030), mais c'est un objectif scientifique complètement différent. Et bien que le plan stratégique des physiciens américains envisage une contribution de 1 à 3 milliards de dollars au FCC, le Congrès n'a pas encore alloué un centime. Si les États-Unis restent sur la touche, leurs meilleurs jeunes physiciens iront en Europe — une répétition de la fuite des cerveaux des années 1950, mais en sens inverse.


Ce que les médias ne disent pas

Analyse n°1. La décision de mai 2026 n'est pas un « feu vert » mais un « feu orange ».

Les gros titres crient : « Le CERN approuve la construction ! » Réalité : Le Conseil du CERN (représentants de 23 États membres) a seulement inclus le FCC dans la Stratégie européenne pour la physique des particules mise à jour. C'est un signal politique, pas une obligation légale de commencer la construction. La décision finale n'interviendra pas avant 2028.

Qu'est-ce que cela signifie ? L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont trois ans pour négocier. Ils peuvent exiger des réductions de coûts (une « version allégée » avec deux détecteurs au lieu de quatre est en discussion, économisant environ 15 % — plus de 2 milliards de dollars). Ils peuvent insister pour redistribuer les contributions. Et ils peuvent simplement retarder la décision jusqu'en 2030, en espérant que la situation économique s'améliore.

Analyse n°2. Les consultations publiques de 2026 pourraient tuer le projet localement.

Le 18 mai 2026, un processus de consultation publique de quatre mois a commencé en Suisse sous la supervision de garants indépendants. Le 2 juin, un processus similaire commence en France sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).

Cela ressemble à une formalité bureaucratique ? Non. Dans les années 1990, lors de la construction du LHC, il y a eu de sérieuses protestations des riverains — bruit, vibrations, inquiétudes concernant les eaux souterraines. Maintenant, le tunnel passera sous le lac Léman et les contreforts alpins. Des groupes d'opposition se sont déjà formés, affirmant que la construction perturbera l'approvisionnement en eau de Genève et endommagera les terres agricoles en Savoie française.

Si la CNDP émet un avis négatif, le gouvernement français pourrait opposer son veto au projet. Et sans la France (l'un des deux pays hôtes), le FCC est impossible.

Analyse n°3. Le programme scientifique du FCC ne justifie pas 19 milliards de dollars face à d'autres défis.

C'est la question la plus inconfortable que les physiciens n'aiment pas aborder publiquement. Qu'apportera de nouveau le FCC ?

  • Affiner les propriétés du boson de Higgs à 1 % de précision au lieu des 10-20 % actuels
  • Rechercher la supersymétrie (SUSY) à des énergies inaccessibles au LHC
  • Étudier la matière noire via des signatures directes ou indirectes

Mais aucune de ces questions ne garantit une « percée ». Le FCC pourrait simplement montrer que le modèle standard fonctionne même à 100 TeV — sans nouvelles particules. Ce serait scientifiquement significatif (excluant la SUSY jusqu'à une certaine masse), mais cela ne changerait pas notre compréhension de l'univers comme l'a fait la découverte du Higgs.

La question se pose donc : 19 milliards de dollars sont-ils la bonne allocation des ressources ? Cet argent pourrait construire des dizaines de télescopes spatiaux, financer des percées dans la fusion (ITER coûte déjà 20 milliards d'euros) ou lancer une mission vers Europe (la lune de Jupiter) avec une sonde sous-glaciaire. Mais ces alternatives ne sont jamais discutées au CERN — car le CERN n'existe que pour la physique des hautes énergies.


Prévisions : 30 et 90 prochains jours

30 jours (juin 2026) :

  • 22-26 juin — Session du Conseil du CERN. C'est un événement clé. Lors de cette session, les États membres présenteront leurs positions préliminaires sur le financement. L'Allemagne confirmera probablement son soutien de principe, mais avec des réserves sur le mécanisme de contribution. La France (pays hôte) doit annoncer officiellement le lancement d'une évaluation nationale du projet — cela se fera dans le contexte des débats publics de la CNDP qui ont commencé le 2 juin.
  • Attendez-vous à la publication d'un plan financier détaillé. Le CERN doit montrer comment il entend combler le déficit de 4 milliards de francs suisses. Principales sources : le Japon (silencieux jusqu'à présent), les États-Unis (1 à 3 milliards de dollars — mais le Congrès n'a pas alloué), les Émirats arabes unis (intérêt inattendu, contacts au niveau des ambassadeurs). Si aucun engagement écrit d'au moins un pays non européen n'apparaît d'ici fin juin, les investisseurs dans les obligations du CERN (oui, ils émettent des euro-obligations) pourraient commencer à s'inquiéter.

90 jours (août 2026) :

  • Achèvement des consultations publiques en France (1er octobre). La CNDP publiera son avis dans la première quinzaine d'octobre. Scénario probable : « avis favorable avec 20 à 30 conditions environnementales. » Ce n'est pas un veto, mais pas non plus un blanc-seing. Le CERN devra dépenser 200 à 300 millions d'euros supplémentaires pour la protection des eaux souterraines et des mesures de réduction du bruit (travaux de nuit interdits, surveillance des vibrations 24h/24 et 7j/7).
  • La Chine fera une déclaration non officielle sur le CEPC. Attendez-vous à un commentaire de Wang Yifang lors de la Conférence internationale sur la physique des hautes énergies en août. Il dira très probablement que « la Chine continue d'étudier la possibilité de construire le CEPC, mais la priorité est la coopération avec les partenaires internationaux. » C'est une façon diplomatique de dire : « Nous ne construisons pas, mais nous voulons participer au FCC pour que nos scientifiques ne prennent pas de retard. » Si cela se produit, le CERN obtient une carte politique puissante pour convaincre les sceptiques en Allemagne.
  • Les négociations avec la Commission européenne sur les 3 milliards d'euros commenceront. Le budget de l'UE pour 2028-2034 est déjà en discussion. Le FCC sera en concurrence avec les projets de défense (après 2022, les priorités de l'UE ont changé), les initiatives climatiques et la transition numérique. Probabilité d'obtenir la totalité des 3 milliards d'euros : 40 %. Probabilité d'obtenir 1,5 milliard d'euros : 80 %. Un budget européen réduit est une voie directe vers un FCC « allégé » avec deux détecteurs.

Principal risque dans les 12 à 24 prochains mois : Une récession mondiale en 2026-2027 (certains économistes prédisent déjà un ralentissement dans la zone euro au second semestre 2026). Si l'économie se dégrade, l'Allemagne et la France pourraient geler leurs contributions au CERN. Contrairement aux États-Unis, où la science est financée par le Congrès (souvent indépendamment de la situation économique), en Europe, les budgets du CERN dépendent directement des ministères des Finances des États membres. En 2010, pendant la crise de la zone euro, le CERN a dû geler les salaires et retarder les mises à niveau du LHC de deux ans. Avec le FCC à 19 milliards de dollars, un tel retard signifierait repousser le lancement de 2045 à 2048 au moins.

Mais le CERN a traversé pire. Il a survécu à l'annulation du Superconducting Super Collider aux États-Unis en 1993 (un tunnel de 22 km avait déjà été creusé au Texas ; le projet a été abandonné). Il a survécu à la guerre froide, à la crise financière de 2008 et à la pandémie. Maintenant, il a ce dont il a le plus besoin pour réussir — la volonté politique et l'absence de concurrent. Il ne reste plus qu'à trouver 19 milliards de dollars. Des détails.

— Editorial Team

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