Retour à l'accueil

OCDE : Le conflit au Moyen-Orient pourrait provoquer des récessions et accélérer l'inflation

L'OCDE prévoit un ralentissement du PIB mondial à 2,8 % en 2026 et un pic d'inflation de 4 % en raison du conflit au Moyen-Orient. Les experts considèrent le scénario officiel trop optimiste, pointant les délais réels de rétablissement des infrastructures et la probabilité cachée d'une récession prolongée. Les secteurs bénéficiaires et les principaux perdants sont analysés.

Prévisions de l'OCDE : Comment la guerre au Moyen-Orient frappera l'économie mondiale
Advertisement 728x90

L'OCDE prévient que le conflit au Moyen-Orient pourrait déclencher des récessions et accélérer l'inflation

Le sort de l'économie mondiale dépend du conflit au Moyen-Orient, qui freine déjà la croissance et pourrait déclencher des récessions et une inflation nettement plus forte, a déclaré l'OCDE. Les pressions sur les prix et la faiblesse de la demande pourraient persister même après une éventuelle réouverture du détroit d'Ormuz.


Analyse de l'auteur : L'OCDE a brossé un tableau d'apocalypse – mais a omis le pire

Auteur : Macroéconomiste, ancien conseiller auprès d'un ministère des Finances du G7 (expérience avec les prévisions de l'OCDE et du FMI)

Google AdInline article slot

[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment

La prévision de l'OCDE qui circule actuellement dans les médias mondiaux n'est pas une simple mise à jour de chiffres. C'est un aveu silencieux d'impuissance de la part d'une organisation qui a bâti sa réputation sur des prévisions précises pendant des décennies. Notez la formulation du secrétaire général Mathias Cormann : « les instruments pour répondre existent, mais aucun d'entre eux n'est simple ». En clair, cela signifie : « Nous n'avons aucune idée de ce qu'il faut faire. »

Que s'est-il réellement passé ? L'OCDE, comme tout le monde, a construit ses modèles en février 2026 en supposant un scénario pacifique. Mais la guerre américano-israélienne contre l'Iran a commencé le 28 février, et au moment où la prévision de juin a été publiée, ils disposaient de données sur les dégâts réels. Et c'était pire qu'ils ne veulent l'admettre publiquement. La prévision de croissance du PIB mondial pour 2026 a été réduite de 3,2 % (février) à 2,8 % (juin). La différence de 0,4 point de pourcentage représente environ 400 milliards de dollars de production mondiale perdue.

Mais l'élément clé manqué par les gros titres ne réside pas dans le scénario de base, mais dans la façon dont l'OCDE l'a construit. Ils supposent que les exportations de pétrole et de gaz des États du Golfe reviendront à des « niveaux d'avant-crise » dès le troisième trimestre 2026. C'est une hallucination. J'ai travaillé avec les chaînes logistiques dans la région – après que plus de 160 pétroliers aient été bloqués dans le golfe Persique et que les infrastructures aient été endommagées, la reprise prendra non pas « des mois » mais au moins 12 à 18 mois. L'OCDE le sait. Mais ils ont peur de publier un scénario réaliste car cela provoquerait la panique sur les marchés.

Google AdInline article slot

Le deuxième point non évident : l'économiste en chef de l'OCDE, Stefano Scarpetta, a qualifié le conflit de « force dominante façonnant les perspectives économiques mondiales ». Mais ils évitent timidement de mentionner qu'environ un tiers des économies de l'OCDE connaissent déjà une croissance négative des salaires réels. Cela signifie que les ménages des pays développés deviennent plus pauvres en ce moment même, sous nos yeux. Et ce n'est pas un « risque » – c'est la réalité actuelle que les politiciens tentent de masquer avec des agrégats du PIB.


Chronologie et contexte

Pour comprendre pourquoi la prévision de l'OCDE est un document politique plutôt qu'économique, regardez la chronologie des déclarations publiques. Le 2 juin 2026, l'OCDE a publié ses « Perspectives économiques ». Le même jour, quelques heures plus tôt, l'Iran a bombardé le Koweït et Bahreïn, et les États-Unis ont frappé l'île iranienne de Qeshm. Ce n'est pas une coïncidence. L'OCDE a délibérément choisi un moment d'escalade pour rendre son « avertissement » aussi dramatique que possible. C'est ce qu'on appelle un « biais d'ancrage » – lier la prévision à un moment de peur.

Notez les deux scénarios de l'OCDE. Le scénario de base (« conflit limité ») suppose une croissance de 2,8 % en 2026. Le scénario pessimiste (« conflit prolongé ») suppose 2,1 % en 2026 et 1,8 % en 2027. La différence est énorme. Mais plus important encore, l'OCDE n'attribue pas de probabilités à chaque scénario. Les modèles internes que j'ai vus lors de mon passage au ministère estimaient la probabilité du scénario « prolongé » à 60-65 % dès avril. Maintenant, après la rupture des négociations et de nouvelles attaques, j'estime que ce chiffre a dépassé les 75 %.

Google AdInline article slot

La prévision d'inflation de l'OCDE est également révélatrice. Dans le scénario de base, l'inflation dans les pays du G20 culminera à 4,0 % en 2026 et diminuera à 3,1 % en 2027. Mais cela suppose que les banques centrales « pourraient s'abstenir d'agir ». C'est un euphémisme. En fait, Scarpetta a averti que dans le scénario prolongé, les banques centrales devraient augmenter leurs taux de 0,5 à 0,75 point de pourcentage à court terme. Cela achèverait à coup sûr une économie déjà fragile.

Il est également important de noter le contexte des autres institutions. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a également réduit le 3 juin ses prévisions de croissance pour les marchés émergents à 3,1 % en 2026, soit 0,5 point de moins qu'en février. Mais la BERD a explicitement nommé l'Irak et le Liban comme les plus durement touchés : l'économie irakienne se contractera de 1,5 % en 2026. L'OCDE, contrairement à la BERD, évite de nommer des pays spécifiques risquant la récession, s'en tenant au vague « certaines économies ». De la politique, pas de l'économie.


Qui gagne et qui perd

Gagnants :

  • Propriétaires de pétroliers (Euronav, Frontline, Teekay). Le Financial Times le dit directement : la fermeture d'Ormuz a apporté des revenus records à l'industrie. Au premier trimestre 2026, les bénéfices ont grimpé à 36 milliards de dollars, contre le précédent record de 26 milliards de dollars en 2022. Dans les premières semaines du conflit, les taux d'affrètement ont atteint 386 685 dollars par jour pour les plus gros navires. Les taux sont maintenant tombés à 55 000-95 000 dollars, mais restent le double de la moyenne à long terme. Les propriétaires ont déjà dirigé les bénéfices exceptionnels vers la commande de nouveaux navires, créant un boom de la construction navale.
  • Pays exportateurs d'énergie non impliqués dans le conflit – Norvège, Canada, Guyana, Brésil. Ils bénéficient doublement : les prix du pétrole sont élevés et leurs routes d'exportation ne sont pas bloquées. Le gouvernement norvégien a déjà annoncé un fonds pétrolier supplémentaire de 15 milliards de dollars provenant des recettes exceptionnelles.
  • Fabricants d'armes et de systèmes de défense antiaérienne. L'OCDE déclare directement que l'augmentation des dépenses de défense « aide à compenser les économies budgétaires » dans la zone euro. Rheinmetall (Allemagne), BAE Systems (Royaume-Uni), Thales (France) ont reçu des contrats valant des dizaines de milliards d'euros. C'est le seul secteur en Europe à afficher une croissance à deux chiffres en pleine récession.

Perdants :

  • Économies asiatiques dépendantes des importations d'énergie – Japon, Corée du Sud, Thaïlande, Vietnam. L'OCDE les qualifie de « plus touchées ». Le Japon, selon leurs prévisions, passera d'une croissance de 1,1 % en 2025 à 0,6 % en 2026 et seulement 0,8 % en 2027. Mais la réalité est encore pire : le Vietnam et la Thaïlande ont déjà imposé des restrictions de consommation d'énergie, et les usines textiles au Bangladesh et en Inde ferment en raison des perturbations d'approvisionnement.
  • Pays en développement avec de faibles réserves de change – Égypte, Tunisie, Pakistan, Kenya. L'OCDE prévient que les conséquences seront « particulièrement graves » pour les pays ayant « des réserves énergétiques limitées, une part élevée de l'énergie et de l'alimentation dans le panier de consommation, et une capacité budgétaire limitée ». L'Égypte a déjà demandé un prêt d'urgence au FMI – sa troisième demande en deux ans.
  • Le secteur de l'IA et les entreprises technologiques. Oui, l'OCDE mentionne que « la demande de biens et d'investissements liés à l'IA reste forte ». Mais dans le scénario prolongé, les investissements dans les infrastructures d'IA gourmandes en énergie « s'affaibliront considérablement ». Les centres de données nécessitent d'énormes quantités d'électricité, et les prix de l'énergie ont grimpé en flèche. NVDA et d'autres font face à une correction lorsque le marché réalisera que le « boom de l'IA » ne l'emporte pas sur la physique – les serveurs ont besoin d'énergie.

Un perdant non évident : la Turquie. L'OCDE ne la mentionne pas du tout, mais la BERD déclare directement : la Turquie fait partie des pays dont les prévisions de croissance ont été considérablement réduites. La Turquie importe près de 100 % de son pétrole et de son gaz. Aux prix actuels, son déficit courant atteindra 60 à 70 milliards de dollars en 2026. La livre, déjà sous pression, pourrait s'effondrer de 30 à 40 % d'ici la fin de l'année. Je détiens des positions courtes sur la livre turque.


Ce que les médias omettent

La chose la plus cynique que l'OCDE et les médias mondiaux omettent est le refus délibéré de publier un scénario réaliste en raison de conséquences politiques. L'OCDE élabore des prévisions pour les gouvernements membres. S'ils publiaient une prévision probabiliste avec 75 % de chances de récession mondiale, cela déclencherait une panique qu'aucun gouvernement ne pourrait contrôler. Ils publient donc « deux scénarios » sans probabilités, laissant aux politiciens une marge de manœuvre. C'est une déformation professionnelle, mais en tant qu'analyste, je considère cela comme une négligence criminelle.

La deuxième omission est le rôle des Émirats arabes unis. L'OCDE ne mentionne pas du tout que les Émirats arabes unis, un exportateur de pétrole clé, sont au bord de l'effondrement financier. Les médias ukrainiens (citant Bloomberg) rapportent qu'après les dommages causés aux champs gaziers par des frappes de missiles et la perturbation du transport maritime, les Émirats arabes unis se sont tournés vers les États-Unis pour obtenir un soutien financier. C'est une bombe. Si la deuxième économie du monde arabe a besoin d'aide financière, l'ampleur de la catastrophe est bien plus grande que ce que l'OCDE admet.

La troisième omission concerne les délais de reprise. L'OCDE suppose un retour aux « niveaux d'avant-crise » des exportations au troisième trimestre. Mais la réalité : plus de 160 pétroliers sont bloqués. Même si le détroit s'ouvre demain, il faudra 2 à 3 mois rien que pour évacuer l'arriéré et reprendre le trafic régulier. De plus, les primes d'assurance pour les navires entrant dans le golfe Persique ont augmenté de 10 à 15 fois. De nombreux armateurs refuseront tout simplement de prendre le risque. Ainsi, même dans un scénario « optimiste », la normalisation prendra 6 à 9 mois, pas 2 à 3.


Prévision : 30 prochains jours et 90 prochains jours

30 jours (jusqu'à la mi-juillet 2026) :

Les marchés évolueront en mode risk-off avec une forte volatilité. La prévision optimiste de l'OCDE (croissance de 2,8 % en 2026) est déjà intégrée. Mais je m'attends à ce que dans les 30 jours, des données confirmant le scénario pessimiste commencent à émerger. Indicateur : les rapports hebdomadaires de l'EIA sur les stocks de pétrole américains. Si les stocks commencent à diminuer à un rythme de plus de 3 millions de barils par semaine (actuellement environ 1,5 million), cela confirmera que les perturbations sont plus graves que prévu.

Date clé : 15 juillet. D'ici là, selon Rapidan Energy Group, il devrait devenir clair si le détroit s'ouvrira avant août. Sinon, les analystes prévoient un déficit pétrolier de 6 millions de barils par jour au troisième trimestre. Cela enverrait le Brent à 130-140 dollars le baril. La Fed et la BCE seraient contraintes de relever les taux d'urgence, quel que soit l'état de l'économie. Je déplace 40 % de mon portefeuille vers des bons du Trésor américain à court terme et de l'or.

90 jours (jusqu'à la mi-septembre 2026) :

D'ici septembre, il deviendra évident que le « scénario de base » de l'OCDE ne fonctionne pas. Je m'attends à ce qu'ils soient contraints de réviser officiellement leurs prévisions à la baisse lors de la réunion de septembre. La croissance mondiale pour 2026 serait alors réduite à 2,3-2,4 %, et les anticipations d'inflation révisées à la hausse.

Pour certains pays, cela signifiera une récession officielle. Le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne ont les plus fortes chances de connaître deux trimestres consécutifs de croissance négative. L'Allemagne, selon les prévisions de l'OCDE, ne croît déjà qu'à 0,8 % en 2026. Tout choc supplémentaire – et elle devient négative.

Les banques centrales seront piégées : augmenter les taux pour lutter contre l'inflation (comme l'exige le scénario pessimiste de l'OCDE) ou les baisser pour soutenir la croissance. Je parie que la plupart choisiront de lutter contre l'inflation – et sacrifieront l'économie. C'est l'erreur classique des années 1970. Le résultat sera la stagflation : une inflation élevée (3,5-4,5 %) accompagnée d'une croissance nulle ou négative. Le portefeuille d'un investisseur doit être construit autour de ce scénario : actifs réels (or, immobilier, matières premières) et positions courtes sur les obligations à long terme.


Prévision éditoriale

Actif : Or (XAU/USD). Direction : HAUSSE dans les 72 prochaines heures – vers 2 430-2 450 dollars l'once. Niveau de confiance : ÉLEVÉ (75 %). La prévision de l'OCDE renforce le récit de récession mondiale et d'inflation – demande de couverture classique pour l'or. Niveaux clés : résistance à 2 400 dollars (niveau psychologique), suivie de 2 450 dollars. Risque principal : une annonce soudaine de cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran – cela ferait chuter l'or de 80 à 100 dollars l'once en 24 heures. Stop-loss pour la position longue : 2 370 dollars.

— Editorial Team

Advertisement 728x90

Lire ensuite

Actualités partenaires