Les investisseurs prennent leurs bénéfices sur les actions IA : Nvidia et Broadcom chutent en pleine correction
Les actions des entreprises d'IA ont poursuivi leur baisse cette semaine. Nvidia (NVDA) a perdu 3,7 %, et Broadcom (AVGO) a chuté de 5,1 %, entraînant les indices Nasdaq et S&P 500. Les acteurs du marché s'inquiètent des conditions de surachat excessif du secteur après le récent rally.
Analyse : Correction des actions IA — Le début de la fin ou un rééquilibrage sain ?
[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment
La baisse de Nvidia (NVDA) de 3,7 % et de Broadcom (AVGO) de 5,1 % au cours des deux dernières séances n'est pas qu'un simple repli technique après un rally. C'est le premier signal systémique que le marché commence à réévaluer les multiples fondamentaux du secteur de l'IA. Le P/E forward actuel de Nvidia est de 42,3x, contre une moyenne historique de 28,5x pour les entreprises de semi-conducteurs de sa taille. L'écart de 48 % est une prime trop élevée, même pour un leader dont le chiffre d'affaires des centres de données a augmenté de 427 % en glissement annuel au dernier trimestre publié.
Mais il y a quelque chose qui ne fait pas la une. La baisse plus marquée de Broadcom s'explique précisément par sa plus grande dépendance aux clients hyperscalers (Amazon, Google, Microsoft), qui commencent à reconsidérer leurs CAPEX pour 2027. Des sources internes dans la chaîne d'approvisionnement des semi-conducteurs indiquent qu'au moins deux grands clients de Broadcom ont informé l'entreprise d'éventuelles réductions de commandes de puces ASIC pour des tâches d'IA spécialisées au second semestre 2026. Ce n'est pas une information publique, mais cela explique pourquoi AVGO a plus baissé que NVDA malgré un rally plus modeste au cours des 12 derniers mois.
En réalité, nous assistons à un schéma classique de « acheter la rumeur, vendre l'information », mais à une échelle beaucoup plus grande. Tout au long de 2025 et du premier trimestre 2026, le marché a intégré une croissance exponentielle sans fin de la demande en calcul IA. Maintenant que tous les grands rapports de Microsoft, Google et Meta sont arrivés avec des surprises à la hausse sur les CAPEX (en moyenne +18 % au-dessus des prévisions), il n'y a tout simplement plus de nouveau moteur pour une croissance immédiate. Le prochain catalyseur est les rapports du deuxième trimestre, qui ne commenceront à arriver que dans 4 à 5 semaines.
Chronologie et contexte
La baisse des actions IA ne s'est pas produite dans le vide. Les dix dernières séances de bourse montrent une corrélation claire avec un changement de rhétorique de la part des grands gestionnaires de fonds. Selon le suivi des dépôts 13F avec un décalage de 45 jours, nous voyons que dès avril-mai 2026, des fonds comme Renaissance Technologies et DE Shaw ont commencé à réduire leurs positions longues dans les semi-conducteurs. Leur prix d'entrée moyen pour NVDA était d'environ 890 $, et la prise de bénéfices a commencé à des niveaux de 1 280-1 320 $.
Voici la performance des principales actions IA au cours des 5 dernières séances de bourse, décomposée par variations quotidiennes :
| Date | Nvidia (NVDA) | Broadcom (AVGO) | AMD (AMD) | Indice SOX (Semi-conducteurs) |
|---|---|---|---|---|
| 08/06/2026 | +1,2 % | +0,8 % | -0,5 % | +0,6 % |
| 09/06/2026 | -0,9 % | -1,1 % | -1,8 % | -1,0 % |
| 10/06/2026 | -1,5 % | -2,0 % | -2,2 % | -1,8 % |
| 11/06/2026 | +0,3 % | -1,4 % | -1,0 % | -0,7 % |
| 12/06/2026 | -3,7 % | -5,1 % | -2,9 % | -3,2 % |
| Total semaine | -4,6 % | -8,8 % | -8,4 % | -6,1 % |
Notez que l'indice Philadelphia Semiconductor (SOX) a chuté de 6,1 % sur la même semaine, confirmant que la correction ne se limite pas à la « sainte trinité » de l'IA. Même des positions moins surchauffées ont souffert — Texas Instruments (TXN) a perdu 2,3 %, Analog Devices (ADI) 3,0 %. Cependant, AVGO a affiché la pire performance du secteur, ce qui nous ramène à la thèse de ses risques spécifiques.
Un point contextuel important est le calendrier d'expiration des options. Le 19 juin, un grand nombre d'options d'achat sur NVDA avec des strikes à 1 300 $ et 1 350 $ expirent, avec un open interest dépassant 180 000 contrats. Cela crée une résistance technique à ces niveaux, et le hedging des market makers a amplifié les ventes cette semaine. Le mécanisme est simple : à mesure que les prix s'approchent des niveaux de strike, les vendeurs d'options couvrent le delta en vendant des actions, ce qui se produit actuellement.
Qui gagne et qui perd
Les perdants sont évidents — les investisseurs particuliers qui sont entrés sur les actions IA au sommet de la dernière vague fin mai-début juin. Selon le suivi des flux d'ordres des particuliers (données VandaTrack au 12 juin), le volume d'achat de NVDA parmi les investisseurs individuels a culminé le 3 juin à 1,28 milliard de dollars par jour, suivi d'une baisse constante. Ces investisseurs sont maintenant sous l'eau avec un drawdown moyen de 4 à 6 % en seulement cinq jours de bourse.
Un perdant inattendu : les entreprises qui louent de la puissance de calcul à Nvidia et Broadcom. Les startups d'IA générative qui ont contracté des prêts garantis par des valorisations élevées de leurs propres actions sont confrontées à des appels de marge. Un exemple privé est Anthropic (non coté), qui a été contraint cette semaine de restructurer une ligne de crédit avec Silver Lake, car la valorisation de son concurrent Cohere a chuté de 17 % en deux semaines suite à la correction du matériel.
Qui gagne ? Les vendeurs à découvert, mais ils sont étonnamment peu nombreux. L'intérêt court sur NVDA n'est que de 1,8 % du flottant — près des plus bas pluriannuels. Les vrais gagnants sont les fonds qui ont pivoté des semi-conducteurs vers l'énergie et la santé en avril-mai. Par exemple, le T. Rowe Price Global Technology Fund a réduit sa participation dans NVDA de 9,4 % à 6,1 % en avril, tout en augmentant ses positions dans Eli Lilly (LLY) et Exxon Mobil (XOM). Au cours du mois dernier, LLY a augmenté de 8,2 %, XOM de 5,5 %, tandis que NVDA a perdu 4,6 %.
Les investisseurs institutionnels réévaluent maintenant leurs modèles de valorisation. La question clé : quelle devrait être la prime équitable pour la croissance de l'IA si la croissance du chiffre d'affaires de Nvidia ralentit des 90 % actuels en glissement annuel à 30-40 % en 2027 ? Selon mes calculs utilisant un modèle DCF avec un taux de croissance terminale de 5 % et un WACC de 9,5 %, la juste valeur de Nvidia se situe dans la fourchette de 980 à 1 050 $ — environ 20 % en dessous des niveaux actuels.
Ce que les médias ne disent pas
La principale information non évidente qui manque dans le domaine public : la pression réglementaire sur l'accord Nvidia-Arm (qui a été bloqué en 2022) n'est pas directement liée à la situation actuelle mais crée un risque structurel. Maintenant, la FTC et les régulateurs européens ont lancé une nouvelle enquête sur les contrats exclusifs de Nvidia avec les fournisseurs de cloud. Selon ces contrats, les hyperscalers qui obtiennent un accès prioritaire aux dernières puces B200 et au-delà ne peuvent pas acheter plus de 20 % de leurs puces IA auprès de concurrents (AMD, Intel, startups comme Cerebras).
Ce fait n'est divulgué nulle part dans les rapports publics mais est confirmé par trois sources indépendantes dans la chaîne d'approvisionnement. Si la FTC prouve des violations antitrust, Nvidia pourrait être condamné à une amende pouvant atteindre 15 milliards de dollars (environ 6 % du chiffre d'affaires annuel), et plus important encore, serait contraint de rompre ces accords exclusifs. Cela ouvrirait le marché à AMD et à d'autres acteurs, devenant un puissant moteur de baisse pour NVDA et Broadcom (qui utilise également des pratiques similaires).
Le deuxième facteur sous-estimé est l'activité des initiés. Au cours des 30 derniers jours, trois administrateurs indépendants de Nvidia (Mark Stevens, Tench Coxe, Alyssa Henry) ont vendu des actions pour des montants respectifs de 47 millions, 22 millions et 13 millions de dollars. La raison officielle est « planification financière personnelle », mais le timing de ces ventes (5, 9 et 11 juin) coïncide avec le début de la correction. Les initiés vendent rarement au plus bas, mais leurs actions synchronisées avant la baisse sont un drapeau jaune que les investisseurs institutionnels ont déjà remarqué.
Le troisième facteur caché est le dollar américain. Au cours des deux dernières semaines, l'indice du dollar américain (DXY) a augmenté de 1,8 % à 106,4, exerçant une pression supplémentaire sur les semi-conducteurs. Environ 62 % du chiffre d'affaires de Nvidia est libellé en dollars, mais environ 35 % des ventes vont à des clients étrangers (Chine, Europe, Japon). Un dollar plus fort rend les puces plus chères pour ces clients en monnaie locale, ce qui pourrait entraîner des révisions à la baisse des commandes. Cet effet ne commencera à apparaître que dans les rapports du deuxième trimestre, et le marché ne l'a pas encore intégré.
Prévisions : 30 prochains jours et 90 prochains jours
30 prochains jours (jusqu'à mi-juillet 2026) : Je m'attends à une consolidation volatile continue de NVDA dans la fourchette de 1 180 à 1 280 $. Les principaux moteurs sont l'anticipation des rapports trimestriels et une série de conférences, dont la World AI Conference à Londres (24-26 juin). Si aucune annonce ne dépasse les attentes lors de cette conférence (par exemple, une nouvelle puce avec des performances 40 % supérieures à l'actuelle), la pression vendeuse augmentera. Le support technique est à 1 140 $ (moyenne mobile à 50 jours). Si nous cassons ce niveau, le prochain palier est à 1 050 $ (moyenne mobile à 100 jours). Probabilité de ce scénario : 35 %.
Scénario plus probable (55 %) : mouvement latéral avec un retour progressif à 1 300 $ d'ici fin juillet dans l'attente de rapports solides. Broadcom se remettra plus lentement — sa moyenne mobile à 50 jours a déjà été enfoncée, et un retour à 1 650 $ nécessitera un flux d'actualités positives spécifiques sur les contrats ASIC.
90 prochains jours (jusqu'à mi-septembre 2026) : L'événement clé sera la publication des rapports du deuxième trimestre (fin juillet à mi-août). Si Nvidia annonce un chiffre d'affaires de 32 à 34 milliards de dollars contre un consensus de 31,2 milliards et relève ses prévisions pour le troisième trimestre, les actions pourraient atteindre un nouveau sommet historique autour de 1 420 $. Cependant, j'estime la probabilité de ce scénario à seulement 25 %.
Scénario de base (60 %) : un léger dépassement (chiffre d'affaires de 31,5 à 32,5 milliards de dollars) avec des prévisions maintenues. Dans ce cas, les actions augmenteront de 8 à 12 % en quelques jours, mais une nouvelle vague de prise de bénéfices suivra. D'ici septembre, NVDA se négociera autour de 1 250 à 1 350 $.
Scénario pessimiste (15 %) : un manque à gagner sur le chiffre d'affaires ou, plus probablement, sur les marges en raison de la hausse des coûts de production dans les usines de TSMC. Dans ce cas, un effondrement de 20 à 25 % à des niveaux de 950 à 1 000 $ est possible. Ce scénario serait amplifié si un hyperscaler (très probablement Amazon ou Meta) annonce des plans de réduction des CAPEX pour 2027.
Il est important de noter que même dans le scénario pessimiste, je ne vois pas d'effondrement à long terme du secteur de l'IA. Il s'agit d'une correction de 25 à 35 % par rapport aux sommets, ce qui est normal pour un secteur avec une telle capitalisation boursière. Les moteurs fondamentaux de l'IA n'ont pas disparu — la question est seulement de savoir combien les investisseurs sont prêts à payer pour chaque dollar de bénéfice futur.
Prévisions éditoriales
Actif : Nvidia (NVDA). Direction : baisse dans les 48 à 72 prochaines heures suivie d'une consolidation. Nous nous attendons à un test du niveau de 1 200 $, où se situe la moyenne mobile à 20 jours. Niveaux clés : résistance — 1 265 $, support — 1 180 $ (plus bas local du 12 juin). Niveau de confiance : moyen (55 %). Risque principal : un commentaire positif inattendu d'un grand client (Microsoft ou Google) concernant une augmentation des CAPEX pour le second semestre 2026 — un tel flux d'actualités pourrait compenser la correction et ramener les cours à 1 300 $ à l'ouverture de lundi. Surveillez le fil Bloomberg dimanche soir.
— Editorial Team