Les banquiers plaident pour un assouplissement de la régulation des cryptomonnaies en Russie : propositions et enjeux
Des banquiers russes ont avancé des propositions inattendues, d’une grande libéralité, concernant une nouvelle loi sur les cryptomonnaies. Plutôt que de durcir le contrôle, ils suggèrent d’autoriser les échanges entre cryptomonnaies et droits numériques, de simplifier le fonctionnement des stablecoins et de laisser aux citoyens le temps de s’adapter aux nouvelles règles. Pour les détenteurs ordinaires de Bitcoin ou d’Ethereum, cela pourrait se traduire par moins d’interdictions et davantage d’opportunités — à condition que les autorités suivent ces recommandations.
Que proposent exactement les banques ?
L’Association des banques de Russie (ABR) a soumis un ensemble d’amendements au projet de loi « Sur la monnaie numérique et les droits numériques », actuellement examiné par la Douma d’État. Les principales initiatives incluent :
- Autoriser l’échange de cryptomonnaies contre des droits numériques russes — créant ainsi un pont officiel entre le monde décentralisé des cryptomonnaies et les actifs domestiques réglementés.
- Réglementer spécifiquement les stablecoins, qui ne sont pas du tout mentionnés dans la version actuelle de la loi, bien qu’ils soient fréquemment utilisés pour les transferts et le stockage de valeur.
- Instaurer des « listes blanches » de plateformes cryptographiques étrangères ou permettre les retraits de cryptomonnaies vers des portefeuilles non-custodians à l’étranger — avec une période de transition.
- Autoriser les transactions directes avec des entreprises des pays de l’EAEU sans obligation d’impliquer des exchangers ou des dépositaires russes.
- Élargir la liste des cryptomonnaies autorisées — le projet actuel couvre principalement BTC, ETH et SOL, mais les banques souhaitent plus de flexibilité.
- Supprimer l’obligation de révéler les bénéficiaires effectifs dans les chaînes de garde nominatives — afin de protéger la vie privée des utilisateurs.
- Offrir une protection juridique même pour les actifs qui n’auraient pas été déclarés avant l’été 2027.
Ces propositions constituent un cas rare où le secteur financier milite pour moins de restrictions plutôt que pour davantage de contrôles.
Pourquoi le Banque centrale et les banques sont-elles en désaccord ?
La Banque centrale avait initialement proposé un modèle très strict : interdire le transfert de cryptomonnaies depuis des portefeuilles custodians russes (contrôlés par des exchanges ou des banques) vers des adresses personnelles à l’étranger. L’argument était que cela permettrait de mieux tracer les flux de capitaux et d’empêcher les sorties de devises.
En revanche, les banquiers estiment que de telles règles risquent de pousser les utilisateurs vers l’économie informelle. Si les particuliers ne peuvent pas légalement transférer leurs actifs vers leurs propres portefeuilles à l’étranger, ils cesseront simplement d’utiliser les services officiels. Cela priverait le gouvernement de transparence — et donc de recettes fiscales.
Par ailleurs, ignorer les stablecoins dans la législation crée une véritable faille juridique. Après tout, USDT ou USDC sont souvent employés pour les paiements, les transferts et la gestion des risques, tandis que le Bitcoin, beaucoup trop volatil, l’est bien moins.
Qu’en est-il des portefeuilles cold storage ?
Un point particulièrement controversé concerne encore les cold storage — c’est-à-dire les portefeuilles hors ligne où les gens conservent en toute sécurité d’importantes sommes. Le projet de loi ne donne actuellement aucune directive claire quant à l’usage possible de tels portefeuilles s’ils sont enregistrés à l’étranger.
Anatoly Aksakov, président du Comité des marchés financiers de la Douma d’État, a reconnu que ce point nécessitait un affinement supplémentaire. Les amendements, y compris ceux des banques, ne seront pas examinés avant la deuxième lecture, celle-ci n’ayant pas encore eu lieu.
Ce qui compte
- Les banques réclament de la flexibilité, et non une liberté totale : elles soutiennent la régulation, mais souhaitent qu’elle soit pragmatique.
- Les stablecoins constituent un pilier essentiel du marché, et pourtant ils demeurent absents de la législation.
- Une période de transition jusqu’à l’été 2027 pourrait constituer un compromis pour des millions de Russes déjà détenteurs de cryptomonnaies.
- Une interdiction d’exporter des cryptomonnaies à l’étranger risquerait de saper la confiance dans le système officiel.
- Même si la loi est adoptée dans sa forme actuelle, la réalité du terrain pourrait inciter les autorités à revoir leur approche — comme cela s’est déjà produit avec les contrôles de change par le passé.
Qu’est-ce que cela signifie pour les citoyens ordinaires ?
Si les propositions des banques sont partiellement retenues, vous disposerez de davantage d’options pour conserver et utiliser vos cryptomonnaies en toute sécurité, sans risquer d’être soudainement considéré comme en infraction. Vous pourrez travailler légalement avec les stablecoins, retirer vos fonds vers vos propres portefeuilles et peut-être même les échanger contre de nouveaux actifs numériques russes. En revanche, si la loi reste telle qu’elle est aujourd’hui, de nombreux utilisateurs risquent de se tourner vers l’ombre, perdant à la fois leur protection et leur accès aux services officiels.
— Editorial Team