Les investisseurs anticipent une nouvelle hausse des taux de la BCE en septembre face à des pressions persistantes sur les prix
Les marchés intègrent une probabilité d'environ 65 % d'une deuxième hausse consécutive des taux de la BCE en septembre, alors que la hausse des prix de l'énergie commence à se répercuter sur les services et les salaires. Les analystes estiment que même si la hausse de juin était une « assurance », la BCE pourrait continuer à resserrer sa politique si l'inflation ne commence pas à ralentir.
La hausse des taux de la BCE en septembre n'est plus une « option » mais un scénario de base : pourquoi le marché a raison et les analystes ont tort
Auteur : analyste financier indépendant
Les marchés intègrent une probabilité d'environ 65 % d'une deuxième hausse consécutive des taux de la BCE en septembre. Le discours officiel évoque des « pressions persistantes sur les prix dans les services et les salaires ». Mais ceux qui négocient réellement l'euro et les obligations européennes voient un tableau bien plus alarmant. Ce n'est pas seulement que l'inflation ne ralentit pas. C'est que l'inflation sous-jacente dans la zone euro s'est établie à 2,5 %, et l'inflation des services a atteint 3,5 % — un sommet sur six mois.
Je vais expliquer pourquoi une hausse en septembre est presque garantie, quels mécanismes forceront la BCE à agir même en cas de baisse de la croissance, et donner un aperçu que la plupart des investisseurs négligent.
[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment
La hausse des taux de juin à 2,25 % était entièrement intégrée par le marché avant la réunion — la probabilité était de 99,4 %. Le véritable sujet de trading n'est donc pas juin, mais septembre. Et ici, à mon avis, les marchés sous-estiment encore la détermination de la BCE. Une probabilité de 65 % est trop faible ; le chiffre réel devrait être plus proche de 80-85 %.
Pourquoi ? Parce que le choc inflationniste dû à la fermeture du détroit d'Ormuz a cessé d'être purement énergétique. Il s'est répercuté sur les services par deux canaux : premièrement, la hausse des coûts de transport a automatiquement augmenté les prix du tourisme, de la restauration et du transport aérien ; deuxièmement, les ménages ont commencé à exiger une compensation pour la perte de revenu réel sous forme de salaires plus élevés, ce qui a déjà commencé à se manifester dans les conventions collectives en Allemagne et aux Pays-Bas.
Un point clé que beaucoup négligent : dans ses scénarios (de base, défavorable, sévère et modéré), la BCE a conclu qu'une hausse des taux était nécessaire dans les quatre variantes. Ce n'est pas une hausse « d'assurance », comme l'a dit Lagarde — c'est une étape forcée, sans laquelle l'inflation resterait au-dessus de l'objectif sur tout l'horizon de prévision.
Calendrier et contexte
Pour comprendre pourquoi septembre est presque inévitable, regardez la dynamique des indicateurs clés au cours du mois et demi écoulé :
| Indicateur | Mars 2026 (prévision) | Mai-Juin 2026 (réel) | Variation |
|---|---|---|---|
| Inflation annuelle IPCH | 2,6 % (prévision) | 3,2 % (réel en mai) | +0,6 pp |
| Inflation sous-jacente | 2,3 % (prévision) | 2,5 % (réel en mai) | +0,2 pp |
| Inflation des services | 2,9 % (février) | 3,5 % (mai) | +0,6 pp |
| EURIBOR 3 mois | 2,0 % (janvier) | 2,55 % (juin) | +0,55 pp |
| Rendement du Bund 10 ans | 2,2 % (mars) | 3,03 % (juin) | +0,83 pp |
Sources :
Particulièrement révélatrice est la hausse de l'inflation des services de 2,9 % à 3,5 % en seulement trois mois. C'est l'indicateur que la BCE surveille le plus attentivement pour évaluer les effets de second tour. Lors de sa conférence de presse du 11 juin, Lagarde a déclaré qu'aucun effet de second tour clair n'était encore visible, mais a reconnu que les risques étaient surveillés « de très près ». Traduction du langage diplomatique : ils voient déjà les premiers signes mais ne veulent pas paniquer les marchés.
Qui gagne et qui perd
Gagnants :
Les fonds spéculatifs qui parient sur des hausses de taux via les contrats à terme sur l'EURIBOR à court terme. L'anticipation d'une hausse en septembre est déjà intégrée dans la courbe, mais si la BCE procède à une troisième hausse en 2026 (probabilité estimée à 40-50 %), les positions actuelles pourraient générer des rendements de 15-20 % en 4 mois. Deutsche Bank affirme explicitement que la probabilité d'un taux à 2,75 % est plus élevée que celle de la fin du cycle à 2,25 %.
Les détenteurs de liquidités en euros via des instruments du marché monétaire. L'EURIBOR 3 mois est déjà monté à 2,55 % et continuera de progresser vers 2,80 % d'ici la fin de l'année si la BCE augmente ses taux en septembre.
Les positions courtes sur les obligations périphériques européennes. L'élargissement du spread BTP-Bund est l'une des transactions les plus fiables actuellement. À chaque signe de resserrement, les obligations italiennes chutent plus vite que les allemandes.
Perdants :
Les emprunteurs à taux variable — petites et moyennes entreprises en Italie, Espagne, France. Chaque hausse de 25 pb ajoute environ 1,5 milliard d'euros de charges d'intérêts totales sur les prêts aux PME dans la zone euro.
Les fonds immobiliers endettés en euros. Le secteur de l'immobilier commercial allemand montre déjà des signes de stress : les volumes de transactions ont chuté de 22 % par rapport au premier trimestre, et les taux de capitalisation ont commencé à augmenter.
Les traders de carry trade qui ont emprunté des euros pour acheter de la livre turque ou du forint hongrois. Avec la hausse de l'EURIBOR, le coût de financement de ces positions a augmenté de 55 pb depuis le début de l'année, et cette tendance va se poursuivre.
Ce que les médias ne disent pas
Aperçu manquant dans les analyses des grandes banques :
La hausse des taux de la BCE en septembre a déjà été indirectement confirmée... par les propres prévisions de la BCE, mais personne n'a fait le calcul simple. Regardez : dans son scénario de base, la BCE suppose une « hypothèse technique » — l'EURIBOR 3 mois à 2,8 % en 2027 et 2,7 % en 2028. L'EURIBOR actuel est de 2,55 %. Pour atteindre 2,8 % d'ici 2027, le taux de la BCE doit être augmenté au moins deux fois. La logique est simple : l'EURIBOR est généralement 25-30 pb au-dessus du taux de dépôt de la BCE en raison du risque de crédit bancaire. Si l'EURIBOR cible est de 2,8 %, le taux de la BCE devrait être d'environ 2,5-2,55 %. Cela signifie qu'à partir du niveau actuel de 2,25 %, deux hausses de 25 pb chacune (2,50 % puis 2,75 % — soit une en septembre et une en décembre).
Mais la partie la plus intéressante se trouve dans les scénarios. La BCE a publié pour la première fois un « scénario modéré » qui suppose une baisse rapide des prix de l'énergie. Et même dans ce scénario, la BCE admet elle-même que la hausse des taux de juin était la bonne décision. Réfléchissez-y : même si les prix du pétrole et du gaz s'effondraient demain, la BCE estime toujours que le taux devait être augmenté. Cela signifie que le régulateur ne croit plus au caractère « temporaire » du choc énergétique — il le considère comme un changement structurel.
Quoi d'autre est caché : les calculs de la BCE supposent que l'inflation ne reviendra à 2 % qu'à « l'automne 2027 ». Cela représente encore 15 à 18 mois au-dessus de l'objectif. Ce n'est pas ce que vous lirez dans les gros titres, mais c'est ce qui détermine la politique : la BCE resserrera jusqu'à ce que les prévisions montrent un retour à 2 % dans les 12 mois.
Prévisions : 30 prochains jours et 90 prochains jours
30 prochains jours (jusqu'à mi-juillet 2026) :
J'estime la probabilité d'une hausse des taux lors de la réunion du 23 juillet à seulement 30-35 % — c'est trop proche de la hausse de juin, et la BCE voudra attendre au moins un cycle complet de données d'inflation. Cependant, la rhétorique hawkish lors de la conférence de presse de juillet sera dure. Lagarde dira probablement carrément que « la réunion de septembre est une réunion active ». Cela entraînera un renforcement de l'euro à 1,092-1,095 et une légère baisse des indices boursiers européens (l'Euro Stoxx 50 pourrait perdre 2-3 %).
Date clé : la publication des données d'inflation des services de juillet le 31 juillet. Si l'indicateur reste au-dessus de 3,3 %, la probabilité d'une hausse en septembre passera à 80-85 % en 24 heures.
90 prochains jours (jusqu'à mi-septembre 2026) :
Une hausse de 25 pb en septembre (à 2,50 %) se produira avec une probabilité de 85 %, à moins d'une forte désescalade du conflit au Moyen-Orient. De plus, je m'attends à ce qu'après la hausse de septembre, les marchés commencent à intégrer une troisième hausse en décembre 2026 ou janvier 2027 avec une probabilité de 40-50 %. Deutsche Bank dit déjà que la chance d'un taux à 2,75 % est plus élevée que celle de la fin du cycle à 2,25 %.
Ce que cela signifie pour les actifs :
- EUR/USD : hausse à court terme à 1,095 d'ici mi-septembre, puis possible repli à 1,078 si les données de croissance du PIB de la zone euro pour le T3 sont plus faibles que prévu (prévision 0,2 % t/t).
- BTP italiens : les rendements à 10 ans atteindront 3,60-3,70 % d'ici fin septembre, spread avec les Bunds à 210-220 pb.
- Actions des banques européennes : rebond en juillet-août grâce aux attentes de revenus nets d'intérêts plus élevés, puis correction en septembre en raison de la détérioration de la qualité des prêts.
Prévision éditoriale
Actif : contrats à terme sur l'EURIBOR à court terme (décembre 2026) Direction : hausse du rendement (baisse du prix) Niveaux clés : le marché intègre actuellement 2,80 % pour décembre 2026 ; niveau cible 2,95-3,00 % d'ici fin septembre avec deux hausses de la BCE Niveau de confiance : élevé Risque principal : désescalade soudaine du conflit au Moyen-Orient, effondrement des prix de l'énergie, permettant à la BCE d'abandonner tout nouveau resserrement et de se limiter à une seule hausse. Probabilité de ce scénario : pas plus de 20 % sur un horizon de 90 jours.
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— Editorial Team