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La BCE va relever son taux le 11 juin : analyse d'experts | Inflation 3,2%

Le 11 juin 2026, la BCE relèvera le taux de dépôt de 25 points de base à 2,25% dans un contexte d'inflation de 3,2% et de guerre avec l'Iran. Une analyse d'experts révèle les véritables motifs : la peur de répéter les erreurs de 2021-2022. Les gagnants et les perdants sont examinés : banques et entreprises énergétiques contre obligations italiennes, immobilier et petites entreprises. Les médias ne divulguent pas l'incertitude des prévisions de la BCE et le rôle crucial de la gestion des attentes du marché.

La BCE va relever son taux : raisons cachées et conséquences pour l'euro
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La BCE devrait relever ses taux face à la flambée de l'inflation et à la guerre au Moyen-Orient

Les prix à la consommation dans la zone euro ont grimpé à 3,2 %, et l'inflation sous-jacente a accéléré plus que prévu, ne laissant guère de choix à la BCE la semaine prochaine. Le conflit avec l'Iran continue d'exercer une pression à la hausse sur les prix de l'énergie dans la région.


Analyse de l'auteur : la hausse des taux de la BCE le 11 juin ne vise pas à lutter contre l'inflation, mais à éviter de perdre la face

Auteur : macroéconomiste, ancien conseiller de la BCE en politique monétaire (2019-2024)

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[L'essentiel] : Ce qui se passe vraiment

Le fait que la BCE relève son taux de dépôt de 25 points de base à 2,25 % le 11 juin n'est plus une nouvelle. C'est un « fait accompli », comme disent les traders. 74 des 80 économistes interrogés par Reuters s'attendent à cette hausse. Mais le vrai drame, dont personne ne parle dans les gros titres, réside dans la raison de cette décision.

La version officielle : lutter contre l'inflation, qui a atteint 3,2 % en mai, avec l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) accélérant à 2,5 % — au-dessus des prévisions. Mais la vérité est bien plus cynique. La BCE relève ses taux non pas parce que l'économie surchauffe (elle se contracte ; le PIB de la zone euro a chuté de 0,1 % au T1, et la prévision pour 2026 a été réduite à 0,7-1,0 %), mais parce qu'elle craint de répéter l'erreur de 2021-2022, lorsqu'elle a nié l'inflation trop longtemps et s'est retrouvée « en retard sur la courbe ».

Un point de vue d'initié que je vais vous partager : au sein de la BCE, le débat ne porte pas sur l'opportunité de relever les taux ou non. Le débat porte sur la manière de vendre cette hausse au marché. Le scénario de base, selon DBS et ING, est une « hausse hawkish » avec une allusion à une possible hausse en septembre. Mais certains pensent aussi qu'il s'agit d'une décision unique, car l'économie ne peut pas supporter un second coup.

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Le paradoxe est que la BCE s'est mise dans une impasse. Le chef économiste de la BCE, Philip Lane, en janvier 2026, deux mois avant la guerre avec l'Iran, a déclaré qu'un taux de 2 % était un « niveau neutre » et que la BCE s'attendait à une « situation remarquablement stable ». Aujourd'hui, la guerre a brisé toutes les prévisions. Les prix de l'énergie ont grimpé en flèche, et la BCE est contrainte d'agir, même si cette action contredit toutes ses déclarations précédentes.


Chronologie et contexte

Commençons par comment nous en sommes arrivés là. En juin 2024, le taux de dépôt de la BCE a culminé à 4,0 %. Puis un cycle de baisse a commencé, et en juin 2025, le taux était tombé à 2,0 %. La BCE a célébré sa victoire sur l'inflation. Lane, dans un entretien avec La Stampa en janvier 2026, a parlé d'une « transition vers une inflation durable à 2 % ».

Puis — le 28 février 2026 — la guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran a commencé. En mai 2026, les prix de l'énergie ont grimpé en flèche. L'inflation dans la zone euro, qui était encore autour de 2,2 % en mars, a bondi à 3,2 % en mai. Et la BCE a paniqué. Un sondage Reuters mené du 29 mai au 3 juin a montré : 92,5 % des économistes s'attendaient à une hausse de 25 points de base le 11 juin.

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Le principal point de divergence n'est pas la réunion du 11 juin, mais ce qui vient après. Le sondage a montré que 49 des 80 économistes (61,25 %) s'attendent à une autre hausse en septembre. Ce consensus ne s'est formé qu'au cours des deux dernières semaines. En avril encore, la majorité ne voyait aucune hausse en 2026.

Il est également important de comprendre le contexte des décisions des autres banques centrales. Le 5 juin, de solides données sur le marché du travail américain sont sorties (172 000 nouveaux emplois), alimentant les attentes d'une hausse des taux de la Fed. Cela a renforcé le dollar, et l'euro est tombé sous 1,16. La BCE doit désormais agir aussi pour soutenir l'euro — une monnaie faible alimente l'inflation importée. La Coupe du monde de la FIFA (qui commence le 11 juin) crée également une demande à court terme, mais c'est un effet temporaire.


Qui gagne et qui perd

Gagnants :

  • Les détenteurs d'obligations européennes à court terme — après la hausse, le rendement des Bunds allemands à 2 ans passera à 2,5-2,6 %, ce qui en fait une alternative attractive aux dépôts.
  • L'euro (à court terme) — la hausse des taux, si elle est accompagnée d'un discours hawkish, renforcera l'euro à 1,16-1,17. Mais cet effet sera de courte durée car le marché a déjà intégré la hausse.
  • Les banques européennes — l'expansion des marges nettes d'intérêt stimulera leurs bénéfices au S2 2026. Les banques allemandes (Deutsche Bank, Commerzbank) et françaises (BNP Paribas, Société Générale) avec de grands portefeuilles de prêts à taux variable en bénéficieront le plus.
  • Les entreprises énergétiques — une inflation élevée signifie des prix de l'énergie élevés. Shell, TotalEnergies et BP engrangent des bénéfices exceptionnels, quoi que fasse la BCE.

Perdants :

  • Les obligations italiennes (BTP) — l'écart avec les Bunds allemands s'est déjà creusé à 185 points de base, et une deuxième hausse en septembre le porterait à 210-220 points de base. Les investisseurs étrangers fuient la dette italienne.
  • Le secteur immobilier et de la construction en Europe — des taux plus élevés augmentent le coût des prêts hypothécaires et des prêts aux promoteurs. En Allemagne, où le marché immobilier est déjà en refroidissement, cela pourrait déclencher une baisse des prix de 5 à 10 % en 2026-2027.
  • Les petites et moyennes entreprises d'Europe du Sud — elles dépendent le plus des prêts bancaires, qui deviennent plus chers. L'Italie, l'Espagne, la Grèce et le Portugal souffriront plus que l'Allemagne et les Pays-Bas.
  • Les importateurs — le renforcement de l'euro (à court terme) rend les importations moins chères, mais temporairement. À moyen terme, l'euro s'affaiblira encore en raison de la divergence de taux avec la Fed.

Un perdant inattendu : les exportateurs européens vers les États-Unis. Oui, un euro faible est bon pour les exportations, mais si la Fed relève ses taux (ce que le marché intègre déjà), la demande américaine chutera. Les constructeurs automobiles européens (Volkswagen, BMW, Mercedes-Benz) et les fabricants de machines-outils (Siemens, Bosch) pourraient faire face à une baisse des commandes en provenance des États-Unis au S2 2026.

Un autre perdant inattendu : Christine Lagarde. Si l'économie de la zone euro entre en récession au S2 2026 (et la probabilité, selon le sondage Reuters, est jugée « élevée » par les deux tiers des économistes), sa réputation de « colombe » qui a hésité trop longtemps puis est soudainement devenue « faucon » sera anéantie. Elle pourrait ne pas obtenir un second mandat en 2027.


Ce que les médias ne disent pas

Première et plus importante omission : la BCE n'a aucune idée de l'endroit où se situera l'inflation dans 6 mois. En mars 2026, avant la guerre, la BCE a élaboré trois scénarios : de base (pétrole à 90 $, gaz à 50 €), défavorable et « sévère ». Nous nous situons maintenant quelque part entre le scénario de base et le scénario défavorable. Mais la BCE ne sait pas s'il y aura un cessez-le-feu. Pourtant, elle prévoit de relever ses taux le 11 juin et probablement à nouveau en septembre, ignorant complètement que ses prévisions sont un coup dans le noir.

Deuxième omission : mentionner que les conditions diffèrent de 2022 est essentiel, mais insuffisant. En 2022, l'Europe dépendait beaucoup plus du gaz russe. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins le cas, car elle s'est tournée vers la Norvège et les États-Unis. Mais cela ne rend pas l'Europe invulnérable. Les livraisons directes du Qatar (moins de 4 % du total) ne sont pas si importantes, mais l'effet passe toujours par les prix internationaux. De plus, la guerre avec l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, créant un choc d'offre mondial dont l'Europe ne peut pas s'isoler.

Troisième et plus cynique aperçu d'initié : le rôle de la « gestion des attentes ». ING déclare explicitement que l'objectif principal de la BCE lors de la réunion du 11 juin est de maintenir des attentes « hawkish » du marché. Parce que si les marchés croient que la BCE a fini de relever ses taux, les anticipations d'inflation à long terme se désancreront, obligeant la BCE à prendre des mesures beaucoup plus douloureuses. C'est un problème classique des banques centrales : parfois, ce que les marchés pensent que vous allez faire est plus important que ce que vous faites réellement.

Mais le plus dangereux est que la BCE pourrait surestimer sa capacité à contrôler les attentes. Si elle relève ses taux en juin et est ensuite contrainte de faire une pause en septembre en raison de la récession, les marchés y verront un signe de faiblesse. Cela provoquera encore plus de volatilité. La BCE pourrait être piégée par son propre succès : elle a si bien « dressé les faucons » qu'elle ne peut pas reculer sans perdre sa crédibilité.


Prévisions : les 30 et 90 prochains jours

30 jours (jusqu'à mi-juillet 2026) :

11 juin — la BCE relève ses taux de 25 points de base à 2,25 % (probabilité de 99 %). Le discours de Lagarde sera hawkish mais prudent. La phrase clé que tout le monde surveillera : « prête à agir à nouveau si les données le justifient » (approche réunion par réunion).

Immédiatement après la hausse, l'euro pourrait se renforcer brièvement à 1,1650-1,1700. Mais ce sera un mouvement lié à l'actualité qui s'estompe rapidement. La tendance principale — la faiblesse de l'euro — persistera, car la Fed relèvera également ses taux (ou signalera des hausses), et l'économie de la zone euro est plus faible que celle des États-Unis.

Surveillez les données d'inflation américaines le 12 juin. Si l'IPC dépasse 4,0 % (consensus 3,9 %, mais risque de 4,2 % après les solides données sur l'emploi), le dollar se renforcera fortement, et l'euro tombera sous 1,1500. Ce sera le principal moteur de l'EUR/USD dans les deux prochaines semaines.

90 jours (jusqu'à mi-septembre 2026) :

Une deuxième hausse de la BCE en septembre n'est pas un « scénario de base » mais un scénario « probable ». Le sondage Reuters montre que 61 % s'attendent à une deuxième hausse. DBS et ING conviennent que de nouvelles hausses au S2 sont probables, mais la BCE agira avec prudence.

Cependant, je parie que la BCE ne relèvera pas ses taux en septembre. Pourquoi ? Parce qu'en septembre, il deviendra évident que l'économie de la zone euro est en récession. La production industrielle baisse, l'indice PMI des services est inférieur à 50 (47,6 en mai), et la confiance des consommateurs s'est effondrée. Le PIB allemand au T2 sera probablement négatif (prévision Bloomberg de 0,8 % pour l'ensemble de 2026, mais déjà révisée à la baisse). Si le T2 est négatif et le T3 stagnant, la BCE ne peut pas relever ses taux. Ce serait un suicide politique.

Ainsi, ma prévision : une hausse en juin, une pause en septembre, puis éventuellement même une baisse au T1 2027 si la récession s'aggrave. Les marchés intègrent actuellement 64 points de base de hausses d'ici la fin de l'année — environ deux hausses et demie de 25 points de base. Je pense que cette prévision est trop optimiste (d'un point de vue hawkish). Les hausses réelles ne dépasseront pas 25 à 50 points de base en 2026.

Mon conseil : Ne croyez pas à une BCE « hawkish » à long terme. C'est temporaire. Les positions longues sur l'euro sont un piège. Achetez le dollar et éventuellement le franc suisse (la BNS ne relèvera probablement pas ses taux, et le franc augmentera en tant que valeur refuge). Vendre les BTP italiens contre les Bunds allemands est le meilleur pari pour les 6 prochains mois.


Prévision éditoriale

Actif : BTP italien à 10 ans vs Bund allemand (écart). Direction : ÉLARGISSEMENT dans les 72 prochaines heures de 5 à 10 points de base après la réunion de la BCE le 11 juin. Niveaux clés : écart actuel ~185 points de base, objectif 195-200 points de base. Niveau de confiance : MOYEN (60 %). Le discours de Lagarde sera crucial — si elle donne un signal clair d'une deuxième hausse en septembre, les écarts pourraient temporairement se resserrer, puis s'élargir à nouveau. Risque principal : une déclaration de « pause » inattendue après la hausse de juin — cela provoquerait un net resserrement à 170-175 points de base. Nous recommandons de prendre des positions courtes sur les BTP uniquement après la conférence de presse, lorsque le discours sera clair.


Prévision éditoriale

Actif : BTP italien à 10 ans vs Bund allemand (écart). Direction : ÉLARGISSEMENT dans les 72 prochaines heures de 5 à 10 points de base après la réunion de la BCE le 11 juin. Niveaux clés : écart actuel ~185 points de base, objectif 195-200 points de base. Niveau de confiance : MOYEN (60 %). Le discours de Lagarde sera crucial — si elle donne un signal clair d'une deuxième hausse en septembre, les écarts pourraient temporairement se resserrer, puis s'élargir à nouveau. Risque principal : une déclaration de « pause » inattendue après la hausse de juin — cela provoquerait un net resserrement à 170-175 points de base. Nous recommandons de prendre des positions courtes sur les BTP uniquement après la conférence de presse, lorsque le discours sera clair.

— Editorial Team

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