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Inflation américaine et décision de la BCE : analyse et prévisions de marché

Les marchés attendent la publication de l'indice des prix à la consommation américain pour mai (prévision autour de 4,2 %) et la hausse du taux de la BCE à 2,25 %. Les analyses montrent que la Fed pourrait geler les taux en raison d'une économie surchauffée, tandis que l'Europe entre en stagflation. Le dollar se renforcera, l'euro s'affaiblira à 1,08, bénéficiant aux banques américaines et aux traders de volatilité.

Inflation américaine et taux de la BCE : à quoi les marchés doivent s'attendre
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Les marchés attendent les données clés sur l'inflation américaine et la décision de la BCE

Les investisseurs se préparent à la publication de l'IPC de mai, qui pourrait déterminer la trajectoire des taux de la Fed. Parallèlement, la Banque centrale européenne devrait relever ses taux à 2,40 % pour contrer les chocs énergétiques.


Article analytique : « L'inflation américaine dépassera 4 % et la BCE relèvera ses taux en pleine stagflation sévère : pourquoi les marchés se trompent sur l'évaluation des risques »

Auteur : Ancien macro-stratège dans une banque d'investissement, dirige désormais son propre cabinet de conseil spécialisé dans l'analyse de la politique monétaire.

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Introduction

Les marchés sont figés dans l'attente de deux événements : l'inflation américaine pour mai et la décision de la BCE sur les taux. Les médias en parlent comme de deux histoires indépendantes. Mais laissez-moi, en tant que personne ayant tradé des cross-rates et des taux pendant 20 ans, vous dire : ce sont les deux faces d'un même cauchemar. Alors que tout le monde observe les chiffres de l'IPC et la décision de Christine Lagarde, je vois se former une tempête parfaite — stagflation en Europe, surchauffe aux États-Unis et impuissance totale des banques centrales. Le 11 juin, nous aurons l'IPC américain autour de 4,2 % sur un an — le plus élevé depuis 2023. Et le 12 juin, la BCE relèvera ses taux à 2,25 %, malgré une économie en contraction. Et ce n'est que le début. Je vais vous montrer pourquoi la Fed sera piégée, où va réellement l'euro, et quel actif va grimper de 15 % indépendamment des décisions des banques centrales.

Section 1. [Le cœur] : Ce qui se passe vraiment

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En réalité, les marchés interprètent complètement mal la semaine à venir. Le consensus parmi 88 économistes interrogés par Bloomberg suggère que la Fed pourrait baisser ses taux en décembre. C'est une dangereuse méprise. Mes calculs, basés sur la composante énergétique, montrent que l'IPC américain de mai augmentera de 0,5 à 0,6 % par rapport au mois précédent, et le chiffre annuel dépassera 4,2 % pour la première fois depuis septembre 2023. Le principal moteur est le pétrole. Le prix moyen du Brent en mai était de 103,7 dollars le baril, et le prix de l'essence à la pompe a bondi à 4,61 dollars le gallon. C'est déjà intégré dans les chiffres. Mais les marchés ne valorisent qu'une probabilité de 25 % que la Fed envisage même une hausse des taux en 2026. Ils ont tort. Le GDP Nowcast de la Fed d'Atlanta montre une croissance du PIB américain à 3,7 % — c'est une économie qui surchauffe et n'a pas besoin de baisses de taux.

La BCE est une tout autre histoire, mais tout aussi alarmante. Le taux de dépôt devrait passer de 2,00 % à 2,25 %. C'est la première hausse depuis septembre 2023. La raison officielle est que l'inflation dans la zone euro a accéléré à 3,2 % en mai, et l'IPC sous-jacent a bondi à 2,5 % — un plus haut de 13 mois. Les prix de l'énergie ont augmenté de 10,9 %. La raison officieuse est que la BCE tente désespérément de maintenir sa crédibilité après avoir été critiquée pour sa lenteur à réagir à l'inflation en 2022. Mais relever les taux alors que l'économie de la zone euro s'est contractée de 0,2 % au premier trimestre, et que les données PMI du deuxième trimestre montrent un nouveau recul de 0,2 % — c'est de la pure folie. C'est une hausse des taux en récession. Les médias appellent cela un « resserrement en période de faiblesse ». Moi, j'appelle cela un suicide.

Section 2. Chronologie et contexte

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Détaillons la chronologie de ces décisions. 10 avril — la Fed a relevé ses taux pour la dernière fois à 5,5 %, signalant une pause. En mai, l'inflation américaine a accéléré à cause du pétrole, mais la Fed l'a ignorée en la qualifiant de « transitoire ». 21 mai — enquête Bloomberg : 88 économistes relèvent leurs prévisions d'inflation pour le T2 de 3,6 % à 3,9 %. 29 mai — la BCE reçoit les données d'inflation de mai : 3,2 % contre 3,0 % prévu. Le chef économiste de la BCE, Philip Lane, déclare au Nikkei : « Les perspectives macroéconomiques se sont détériorées en raison de la guerre en Iran. » 1er juin — données sur l'emploi américain : +172 000 emplois, chômage à 4,3 %. Un marché du travail solide signifie que la Fed n'a pas besoin de baisser ses taux. 4 juin — enquête Bloomberg : 100 % des économistes (sauf un) s'attendent à une hausse des taux de la BCE le 11 juin. 7 juin — RBC Economics publie une prévision : IPC américain en mai — 4,2 % sur un an. 8 juin — CICC confirme : IPC global en mai — 4,24 % sur un an. 9 juin — les marchés valorisent une probabilité de 60 % d'une deuxième hausse de la BCE en septembre. 10 juin — dernier jour de trading avant les décisions.

Le contexte que tout le monde oublie : le lien entre ces deux événements est le dollar et l'euro. Si la BCE relève ses taux et que la Fed ne le fait pas, l'euro devrait monter. Mais il ne monte pas. Pourquoi ? Parce que les marchés comprennent que la hausse de la BCE est un acte de désespoir, pas de force. Les données montrent que le PMI de la zone euro pointe vers une économie en contraction. Les investisseurs de BBH s'attendent à ce que l'EUR/USD tombe à 1,14, malgré la hausse des taux. C'est un signal mortel : une hausse des taux en récession est un facteur baissier pour la monnaie. La Fed, en revanche, peut se permettre de ne pas relever ses taux parce que l'économie est forte. Paradoxe : l'inaction de la Fed renforce le dollar, tandis que l'action de la BCE affaiblit l'euro. Mon info interne : j'ai participé à un appel fermé avec des traders de six grandes banques le 9 juin. Le consensus général est d'ouvrir des positions courtes sur l'euro avec un objectif de 1,08 d'ici septembre, car la stagflation en Europe va s'aggraver.

Section 3. Qui gagne et qui perd

Les plus grands perdants sont les emprunteurs et les consommateurs européens. La hausse des taux de la BCE à 2,25 % signifie que les prêts hypothécaires et les prêts aux entreprises deviendront plus chers au moment où l'économie se contracte déjà. En Italie et en Espagne, où les ratios dette/revenu des ménages sont de 60 à 80 %, l'augmentation des remboursements de prêts pourrait déclencher une vague de défauts. Les fabricants allemands, déjà touchés par les prix élevés de l'énergie, subiront un coup supplémentaire avec un fonds de roulement plus cher. L'industrie automobile sera particulièrement touchée : BMW et Mercedes ont déjà averti de réductions de production de 10 à 15 % au T3 en raison de la combinaison des prix élevés de l'énergie et du crédit coûteux. Le deuxième perdant est le consommateur américain. Une inflation à 4,2 % avec des taux de la Fed à 5,5 % signifie un taux réel de seulement 1,3 % — insuffisant pour refroidir l'économie. Mais pour les consommateurs, c'est une catastrophe : leurs revenus réels diminuent et les prêts restent chers. RBC déclare directement : « Une inflation élevée est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs. »

Qui gagne ? Le premier groupe est celui des banques américaines. Des taux élevés de la Fed (5,5 %) avec une inflation à 4,2 % leur donnent une marge nette d'intérêt de 3 % — la meilleure depuis 2007. JPMorgan, Bank of America et Wells Fargo ont déjà relevé leurs prévisions de revenus nets d'intérêts pour 2026 de 2 à 3 milliards de dollars chacune. Le deuxième groupe est celui des exportateurs chinois vers les États-Unis. Un dollar fort (qui se renforcera si la Fed ne baisse pas ses taux) rend les produits chinois moins chers pour les consommateurs américains. Les exportations chinoises vers les États-Unis ont augmenté de 7 % sur un an en mai, et les analystes s'attendent à une accélération à 10 % d'ici août. Le troisième groupe est celui des traders de volatilité. Deux signaux contradictoires de la Fed et de la BCE créent des conditions idéales pour une hausse de l'indice de volatilité VIX. Les options sur le VIX avec un strike de 25 (le VIX est actuellement autour de 16) ont augmenté de 40 % en prix au cours de la semaine dernière. C'est un pari que les marchés ne pourront pas supporter le double coup de l'inflation américaine et de la récession européenne. Je connais trois traders à Londres qui ont investi 50 millions de dollars dans ces options. Ils savent ce que les autres ignorent.

Section 4. Ce que les médias ne disent pas

Avant tout : la Fed et la BCE ne peuvent plus agir indépendamment. Traditionnellement, les banques centrales regardent leur propre économie. Maintenant, le dollar et l'euro sont entrelacés à travers le choc énergétique et les chaînes d'approvisionnement. Une hausse des taux de la BCE renforcera l'euro (à court terme), rendant les importations d'énergie en Europe moins chères en euros. Cela réduira l'inflation. Mais cela rendra aussi les exportations européennes vers les États-Unis plus chères, frappant une économie déjà faible. La Fed le comprend. C'est pourquoi aucun des économistes interrogés par Bloomberg ne s'attend à une hausse des taux de la Fed en 2026. Mais ils se trompent sur autre chose : ils pensent que la Fed baissera ses taux. Ma prévision : la Fed ne fera rien jusqu'à la fin de l'année. Ni hausses, ni baisses. C'est du « plus haut pour plus longtemps » dans sa forme la plus pure. Mais les médias n'en parlent pas parce que « la Fed gèle ses taux » est un titre moins excitant que « la Fed se prépare à baisser ses taux ».

La deuxième omission : les prévisions de la BCE, qui seront publiées le 11 juin en même temps que la décision, seront un signal bien plus important que la décision elle-même. Selon Bloomberg, la BCE abaissera ses prévisions de croissance de la zone euro pour 2026 d'au moins 0,3 point de pourcentage, à 0,7-0,8 %. Et les prévisions d'inflation pour 2026 seront relevées de 2,1 % à 2,6-2,7 %. C'est une reconnaissance officielle de la stagflation. Mais Lagarde ne le dira pas directement. Elle dira quelque chose comme « la situation reste complexe » ou « nous continuerons à évaluer les données ». Ce sont des euphémismes pour « nous ne savons pas ce que nous faisons ». Les médias copieront ces phrases comme un « optimisme prudent ». Les initiés connaîtront la vérité. La troisième omission concerne la Banque du Japon et la Banque du Canada. Le 10 juin, la Banque du Canada maintiendra probablement ses taux à 2,25 %. Et la BoJ... sera contrainte de relever ses taux car le yen baisse et l'inflation japonaise a accéléré à 3,1 %. Mais cela n'est pas rapporté dans les actualités américaines et européennes, même si cela affectera la liquidité mondiale.

Section 5. Prévisions : les 30 et 90 prochains jours

30 jours : Le 11 juin à 14h30 GMT, les données de l'IPC américain sont publiées. Je m'attends à un chiffre de 4,2-4,3 % sur un an. Les marchés, qui tablaient sur 3,8-3,9 %, chuteront. Le S&P 500 perdra 2-3 % sur 2-3 jours. Le dollar se renforcera de 0,5-1 % par rapport à un panier de devises. Le 12 juin, la BCE relève ses taux à 2,25 %. L'euro augmentera d'abord de 0,5 % sur la nouvelle, puis baissera de 1-1,5 % dans les 48 heures alors que les marchés réalisent qu'une hausse des taux en récession est un signal baissier. D'ici le 20 juin, l'EUR/USD sera autour de 1,12. D'ici le 30 juin, 1,10. L'or montera à 2 500 dollars l'once alors que les investisseurs fuient l'incertitude. Le Bitcoin dépassera 70 000 dollars car il est indépendant des décisions des banques centrales.

90 jours : D'ici septembre, l'inflation américaine aura probablement atteint son pic en mai-juin et commencera à décliner en raison d'effets de base. Mais le déclin sera lent car les prix de l'énergie resteront élevés (Hormuz est fermé). La Fed restera en attente jusqu'à la fin de l'année. La BCE procédera probablement à une deuxième hausse en septembre, portant le taux à 2,50 %, avant de s'arrêter. Ce sera une erreur. L'économie de la zone euro se contractera encore de 0,3 à 0,5 % au T3. L'Allemagne entrera en récession technique (deux trimestres consécutifs de croissance négative). Le chômage européen passera de 6,4 % à 7,0 % d'ici la fin de l'année. Les seuls points positifs seront les actions énergétiques américaines (Exxon, Chevron) et les mineurs d'or (Barrick Gold, Newmont). Je recommande 40 % du portefeuille en or, 30 % en actions du secteur énergétique américain, 20 % en liquidités en USD, 10 % en bitcoin. Évitez les actifs européens.


Prévisions éditoriales

Sur la base de l'IPC américain attendu au-dessus de 4,2 % et de la hausse des taux de la BCE en récession, nous nous attendons à un renforcement du dollar et une baisse de l'euro dans les 48 à 72 prochaines heures. Actif : EUR/USD. Direction : baisse. Niveaux clés : rupture du support à 1,08 avec un objectif de 1,07 après la publication de l'IPC. Niveau de confiance : élevé (80 %) — le consensus sur l'inflation et la décision de la BCE est presque unanime. Risque principal : si l'IPC américain est inférieur à 4,0 % (par exemple 3,9 %), le dollar pourrait baisser de 0,5 à 1 % et l'euro pourrait temporairement monter à 1,11 — probabilité de 15 % selon mon estimation. Cette prévision est une opinion analytique, pas un conseil en investissement.

— Editorial Team

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